Le 6 février, les travailleurs français, luxembourgeois et belges d’ArcelorMittal ont manifesté à Strasbourg. Ils voulaient interpeller les parlementaires européens sur l’avenir de leur industrie. La police les a accueillis comme des terroristes. (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)

La dictature du chiffre, la démocratie du nombre

David Pestieau

« lls remettent le couvert. Combien de temps allons-nous encore supporter ça? »1 Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld, est sortie de ses gonds à l’annonce de la manifestation des syndicats du 21 février. « La FGTB n’est plus un partenaire social », a déclaré Alexander De Croo, ministre des Pensions (Open Vld), suivi par une cohorte de faiseurs d’opinion. Or, récemment, le patron des PME flamandes, Karel Van Eetveldt, a pu déclarer tranquillement que les patrons du Nord pourraient appliquer une stratégie du choc en 2014 si le « politique » n’applique pas son programme ultra-libéral. Aucun ténor politique n’a dénoncé cette annonce d’un quasi-coup d’État2. Silence radio.

Si le monde du travail décide de se défendre contre la régression sociale, c’est le déchaînement

Mais, si le monde du travail décide de se défendre contre la régression sociale, c’est le déchaînement.

Les sidérurgistes de Belgique, du Luxembourg et de France voulaient interpeller la semaine dernière les députés européens à Strasbourg sur l’avenir de leur industrie. Une armada de policiers les ont accueillis comme des terroristes. Un jeune intérimaire sidérurgiste, John David, a perdu définitivement l’usage d’un œil à cause d’une balle en caoutchouc de la police. Simplement parce qu’il était venu défendre son emploi. Silence radio là-dessus. Pire, le ministre de l’Intérieur français, le social-démocrate Manuel Valls, a osé dire que « la colère des ouvriers devait être canalisée par les syndicats »3. Sur les policiers responsables : pas un mot.

Monsieur Mittal, l’adepte de la démocratie d’« une action, une voix », qui peut rayer d’un trait de plume 10 000 emplois, peut circuler tranquillement. Aucun ministre pour s’en prendre à sa dictature économique. Aucune loi pour le poursuivre pour la misère qu’il crée dans tant de familles. N’est-ce pas là de la violence ? Aucun policier pour l’arrêter.

Alors, De Croo, Rutten et consorts, ne nous faites pas la leçon ! Pour vous, un « bon » partenaire social, c’est celui qui accepte comme un béni oui-oui vos diktats : une manipulation de l’index, un blocage salarial pour six ans minimum, des heures sup qui détruisent l’emploi... Et un « mauvais » partenaire, c’est celui qui s’oppose à vos plans qui vont détruire emplois, pouvoir d’achat, conditions de travail et vont aggraver la crise. Eh bien, De Croo, Rutten et compagnie, heureusement que nous avons la chance d’avoir des « mauvais » partenaires. Ils ont sorti nos enfants des mines, ils ont obtenu les congés payés, ils ont construit une sécurité sociale... Heureusement que nous les avons encore.

Car ils ont toute la légitimité démocratique. Ils organisent trois millions de personnes de ce pays : des travailleurs qui se lèvent chaque matin, qui pointent et qui produisent les richesses de ce pays. Sans ces travailleurs, cette petite minorité que vous défendez et qui a le titre de propriétaire de nos machines et de nos entreprises,ne pourrait pas les faire tourner.
Et, oui, nous avons le droit de nous mêler des décisions qui nous concernent, de nous organiser, de résister. Et, oui, nous ne supportons plus votre dictature du chiffre. Comme vous le verrez encore ce 21 février.

1. De Standaard, 5 février 2013 • 2. Financieel Dagblad, 26 janvier 2013, cité dans de Wereld Morgen, 28 janvier 2013 • 3. Jeudi 7 février 2013