Photo: Salim Hellalet

La direction de la SNCB prépare-t-elle activement de nouvelles grèves ?

Après 48 heures de grève début janvier, la direction avait accepté de discuter des points qui fâchent les cheminots et qui menacent l'offre de service, sa qualité ainsi que sur la sécurité du rail. Après un mois de négociations, un nouveau protocole d'accord social est proposé. Pas de quoi rassurer les cheminots, et encore moins les navetteurs.

Un protocole à 1000 km des besoins du rail

Une saine ambition serait de développer l'offre de trains en Belgique. Deux mois après la COP 21 à Paris, à l'heure où Bruxelles suffoque dans les bouchons, où Anvers, Gand, Liège et Charleroi parlent d'un RER, le rail du 21ème siècle nécessite un investissement massif. En main-d'œuvre, en infrastructures, en matériel. 

La ponctualité, tant vantée comme étant une priorité pour la ministre Galant, nécessite également un niveau élevé d'emplois : du personnel formé et en suffisance. Un cheminot nous confiait récemment : « Avant, il existait du personnel et du matériel de réserve dans certaines gares, par exemple à Namur. Si le train Luxembourg-Bruxelles avait trop de retard, on pouvait à Namur assurer sans retard la partie de la ligne entre Namur et Bruxelles. Avec la réduction du personnel, tout ça a disparu. »

Enfin, quelques jours après le tragique accident de train en Allemagne et six ans presque jour pour jour après Buizingen, rappelons-nous aussi les conclusions de la Commission Buizingen. Des conditions de travail correctes, avec du personnel en suffisance, constituent un des facteurs-clés (en plus des investissements et d'une structure adaptée) pour assurer la sécurité du rail.

C'est pourtant tout le contraire que la direction du rail prévoit.

Une seule garantie : l'emploi va diminuer 

« 2.300 cheminots en moins » d'ici au 31 décembre 2018. Voilà ce que titraient les journaux cette semaine. La suppression de 6000 postes était une crainte des cheminots...  A juste titre, car c'est via (à terme) une diminution de l'offre de trains, la fermeture de gares, le passage par exemple à des shifts de 12 heures pour des aiguilleurs, que la direction comptait compenser cette diminution d'emplois.

Aujourd’hui, la direction s'engage à maintenir l'emploi à hauteur de 31.765 travailleurs (SNCB, Infrabel, HR-Rail et détachés notamment à TUC Rail et B-Logistics), soit 2.293 en moins qu'actuellement. Alors même qu'il faudrait au minimum maintenir l'emploi existant, voire l'augmenter pour faire face aux besoins du rail, la direction confirme donc clairement sa volonté de diminuer l'emploi d'au moins 2.300 cheminots. « Au moins », car, même si certains analystes parlent d'une « garantie d'emplois claire », rien n'est en fait garanti.

D'une part, la SNCB s'était déjà engagée dans le passé à garantir l'emploi, engagement qu'elle n'a pas respecté. Sans aucune sanction. D'autre part, la direction ne s'engage en réalité à rien du tout, car elle émet immédiatement des conditions pour respecter ce chiffre. En clair : si ces conditions ne sont pas respectées, la garantie d'emploi n'existe pas.

En outre, certaines conditions ne dépendent en rien de la SNCB – comme les prévisions de croissance du PIB ou le niveau des taux d'intérêt –  et sont donc totalement aléatoires. 

Ensuite, on sait déjà aujourd'hui que certaines conditions ne seront pas respectées.

Infrabel s'engage à garantir 11.009 emplois si le niveau de la dotation ne baisse pas. Idem pour la SNCB. Or, le Plan Galant prévoit... justement une baisse des dotations de 20% sur le rail belge.

La SNCB va même plus loin : elle ne garantit le chiffre de 19.128 emplois « qu'à la condition que les autres hypothèses avancées par la SNCB, entre autres en ce qui concerne les tarifs [lisez : la hausse des tarifs voulue par Jo Cornu, le CEO de la SNCB], l'augmentation de la productivité, la simplification administrative et la stabilisation de la redevance infrastructure, soient intégralement réalisées. »

Enfin, on constate qu'Infrabel et SNCB fixent des conditions qui sont contradictoires. La SNCB conditionne le maintien des emplois au fait que la « redevance infrastructure » (le montant que la SNCB doit payer pour rouler sur les rails d'Infrabel) soit gelée. Tandis qu'Infrabel demande que la redevance Infrastructure payée par la SNCB... augmente[1] ! C'est soit l'un soit l'autre.

La direction reporte les points qui fâchent... pour mieux revenir sur ceux-ci ?

Les mesures de hausse de la productivité sont certes retirées du protocole d'accord social. Mais il n'est toutefois pas indiqué que ces mesures sont retirées. Elles seront simplement discutées à part, dans la Commission paritaire nationale.

Ainsi, il pourra y être question d'une augmentation du temps de travail des conducteurs de trains. Les conditions de repos entre les prestations, notamment en ce qui concerne le repos minimal après une prestation de nuit, peuvent également être remises sur la table. La suppression de jours de congé également.

Pour le reste, c'est un recul social généralisé sur les cheminots

Le protocole d'accord social prévoit plusieurs mesures qui constituent des reculs forts pour les conditions de travail des cheminots, et une brèche ouverte dans leur statut.

Une mesure choque particulièrement : elle concerne les cheminots déclarés « médicalement inaptes » et les cheminots « disponibles par suppression d'emploi ».

La première catégorie concerne les cheminots dont la santé se dégrade, ce les rend inaptes à faire le travail pour lequel ils ont été engagés. Un exemple qui arrive souvent : un poseur de voie a des problèmes de dos ne sait plus effectuer cette tâche sur les voies.

La seconde catégorie concerne les cheminots dont le poste de travail a été supprimé. C'est le cas par exemple avec la fermeture d'une gare (comme c'est prévu par le gouvernement et la direction).

Le protocole d'accord prévoit bien de trouver un nouveau poste de travail adapté à chaque travailleur inapte ou déclaré « disponible ». Mais, si ce n'est pas le cas, la direction propose pour les travailleurs avec moins de 35 ans d'ancienneté de les licencier... avec un an de revenu de garantie. Dans le cas des travailleurs âgés ayant de nombreuses années d'ancienneté, c'est moins que dans le secteur privé (en particulier pour les employés).

Prenons un exemple : un poseur de voie de 55 ans (30 ans de service) souffre de problèmes de dos mais est encore apte à réaliser d'autres tâches. Si le protocole d'accord social est adopté, sans replacement chez Infrabel, il sera simplement mis dehors avec une indemnité de salaire d'un an. Avec une quasi-certitude de ne pas retrouver du travail sur le marché. Le signal de la direction, c'est un « merci, et au revoir ».  

La direction de la SNCB prépare-t-elle de nouvelles grèves  ?

La direction refuse en réalité de revenir en arrière. Plus fondamentalement, tant Jo Cornu (le patron de la SNCB) que Luc Lallemand (le patron d'Infrabel) acceptent le cadre du gouvernement : le plan Galant et la préparation de la libéralisation du rail.

En remettant des propositions qui sont dans les faits quasiment identiques que celles qui ont provoqué les 48 heures de grève en janvier, la direction marque son absence de volonté de réaliser une concertation. « Le fossé entre la direction et les syndicats est très profond » titrait justement De Tijd. « Pas encore de paix en vue », titrait De Morgen. A qui la faute ? A la lecture du protocole d'accord, on ne peut que conclure : la direction qui, avec son intransigeance et ses mesures dangereuses pour la qualité du service et pour la sécurité, jette de l'huile sur le feu.

 

[1]          Voir De Tijd, 10 février 2016.

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