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La politique budgétaire du ministre Jamar : « Restez scandaleusement riches »

auteur: 

Koen Hostyn

Ce mercredi 12 novembre, la Commission parlementaire des Finances et du Budget se réunissait pour se pencher sur les chiffres du budget du nouveau gouvernement fédéral. Marco Van Hees a pris la parole pour le PTB. Il a fait remarquer que ce ministre, responsable également de la Loterie nationale, met tout le monde à forte contribution. Mais, quoi qu’il en soit, le lot gagnant échoit toujours aux super-riches. Le slogan de ce gouvernement n’est donc pas « Devenez scandaleusement riches », mais plutôt « Restez scandaleusement riches ». 

Le ministre du Budget Hervé Jamar (MR) a ouvert les débats en lisant à haute voix, pendant une heure, mot pour mot, sa note de 17 pages. Pas vraiment un signe pouvant inspirer confiance chez l’opposition qui, plus tôt, avait déjà coincé le ministre alors qu’il citait des chiffres mensongers. Ce mercredi non plus, par exemple, le ministre n’a pas été à même d’expliquer comme il se fait que, dans le tableau dans lequel, lors d’une séance marathon fin octobre, il annonçait 3,7 milliards de « nouvelle politique », il ne subsiste aujourd’hui que 1,2 milliard.

Peu de nouveaux éclaircissements

Sur base des explications du ministre, nous n’avons que peu d’éclaircissements nouveaux, dans les chiffres des économies. Bien sûr, nous savions déjà que ce gouvernement voulait démanteler l’État en un temps record et imposer un plan de restrictions sévères au monde du travail. Mais comment cela va-t-il être mis en œuvre, exactement ? Car, en 2018, ce gouvernement entend économiser plus de 10 % sur les coûts en personnel de l’État fédéral, et même plus de 25 % sur les crédits de fonctionnement, les moyens d’investissement et les subsides que ce même État fédéral dépense annuellement. Et, dans certaines institutions, comme la SNCB, les coupes sombres vont encore être plus profondes. La façon dont tout cela va devoir être organisé dans la pratique, sans que les missions principales de l’État s’en trouvent affectées, reste une grande énigme.

Une autre grande énigme dans les tableaux des restrictions, c’est l’année 2019. Ce gouvernement, qui a l’ambition d’exercer le pouvoir jusqu’en 2019, n’ose donner ses chiffres que jusqu’en 2018. Et, à propos de ces mêmes chiffres, il y a déjà toute une discussion aussi. Car, aux yeux de la Commission européenne, le gouvernement fédéral donne d’ores et déjà une estimation de budget trop optimiste, et de 6 milliards d’euros ! Et comme on peut le voir dans tous les autres pays européens qui ont emprunté résolument la voie des économies, les chiffres du budget ont l’air de plus en plus mauvais d’une année à l’autre. Le puits que l’on droit creuser est de plus en plus profond, sans lumière aucune au fond.

« Restez scandaleusement riches ! »

Lors des conversations budgétaires, le député du CD&V qui participait à la Commission est parvenu à consacrer plus d’attention à la Loterie nationale, une autre compétence du ministre Jamar. Une chose dont aucun parti de la majorité ne voulait entendre parler, c’est d’un impôt sur les grosses fortunes. Ce n’est donc nullement un hasard si, dans les journaux de ce mercredi matin, le ministre Jamar a annoncé qu’il fallait continuer à fermer la porte à une telle taxe des millionnaires, alors que, pourtant, quelques gros calibres du CD&V avaient suggéré l’inverse.

Dans son intervention, Marco Van Hees, député PTB, faisait remarquer qu’il existe un grand parallèle entre la Loterie nationale et la politique budgétaire du ministre Jamar. Tout le monde y contribue, mais seuls quelques individus s’en vont avec tout l’argent. Mais, au contraire de la Loterie, les lots importants ne sont distribués qu’aux super-riches. Le slogan de ce gouvernement n’est donc pas « devenez scandaleusement riches », comme le dit le slogan de la Loterie nationale, mais plutôt « restez scandaleusement riches ».

Marco Van Hees insiste sur le fait que les efforts des nantis ne contribuent que pour 2 % au total des efforts. Les grandes fortunes, comme les Spoelberch et Albert Frère qui, avec leurs groupes AB InBev et GBL, ont payé l’an dernier 0 euro d’impôt, pourront donc poursuivre tranquillement leur bonhomme de chemin. Et, avec #LuxLeaks, nous voyons aussi comment ils ont organisé une évasion fiscale massive qui pourra se poursuivre en toute quiétude sous notre gouvernement. Ce gouvernement dirige ses flèches contre la petite fraude sociale, mais la grande fraude fiscale reste hors d’atteinte. 

La semaine prochaine, ce sera au tour du ministre des Finances Johan Van Overtveldt de présenter sa déclaration politique. Marco Van Hees sera de nouveau de la partie pour empêcher le ministre de noyer le poisson.

 

 

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