Photo Pavel Vinka/Flickr

Le choix des bombes en Syrie ne peut que renforcer le chaos

Sous pression des États-Unis, le gouvernement fédéral veut étendre l’intervention militaire belge à la Syrie et même la Libye, même sans mandat des Nations unies. Le choix des bombardements est inefficace contre le terrorisme et, dans le contexte chaotique syrien, il est en plus très dangereux. Le député fédéral PTB Raoul Hedebouw a interpellé le Premier ministre ce jeudi au Parlement.

Le ministre des Affaire sétrangères, Didier Reynders (MR), pourtant en mission dans un pays (le Liban) qui accueille plus d’un million de réfugiés, ne semble pas au courant que des millions de réfugiés fuient la guerre. Tandis que l’aide humanitaire pour l’accueil des réfugiés est largement insuffisante, Reynders veut dépenser l’argent du contribuable dans des guerres sans fin.

Pour le PTB, il est impossible de résoudre la crise des réfugiés sans analyser les causes et faire le bilan des interventions militaires de l’OTAN et cie depuis 15 ans. Ce n’est en effet pas une coïncidence qu’actuellement, une grande partie des réfugiés viennent du Moyen-Orient. C’est précisément leurs pays d’origine, l’Afghanistan, la Libye, l’Irak ou la Syrie que nos ingérences ont détruits. La seule solution durable pour s’en prendre aux causes de la crise des réfugiés est la paix, pas davantage de bombes et de chaos.

Une approche contreproductive contre le terrorisme

Selon le gouvernement, il est impératif de bombarder non seulement l’Irak, mais aussi la Syrie parce que des groupes terroristes franchissent la frontière. Ce raisonnement est extrêmement dangereux. Si Washington juge que des groupes terroristes ont franchi la frontière de la Turquie, du Liban, etc. verra-t-on l’armée américaine bombarder ces autres pays ?

Qui plus est, le ministre de la Défense britannique Michael Fallon, pourtant très favorable aux interventions occidentales, vient d’avouer que les frappes britanniques contre Daech ne fonctionnent pas en Syrie. Et quand bien même de telles frappes pourraient annihiler un groupe terroriste, elles en font immédiatement naître d’autres. Le PTB note qu’on a marqué récemment les 25 ans du début de la première intervention en Irak. Un quart de siècle de guerres au Moyen-Orient après, le résultat est catastrophique. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, a souligné que les interventions militaires créent plus de groupes terroristes : « Il y avait en 2001 un foyer de crise terroriste central. Aujourd’hui, il y en a près d’une quinzaine. C’est dire que nous les avons multipliés. »

Didier Reynders affirmait en novembre 2015 ne pas vouloir envoyer des troupes belges au sol en Syrie, car « cela serait vraisemblablement perçu comme une croisade ». Une telle « perception » augmenterait le risque d’attentats terroristes en Belgique. Apparemment, Didier Reynders ne s’imagine pas qu’une croisade aérienne peut avoir le même effet.

La Belgique aux ordres américains

L’initiative de Reynders semble motivée par une lettre d’Ashton Carter, ministre de la Défense des États-Unis, demandant à la Belgique de s’investir davantage. En automne 2015, l’ambassadrice américaine en Belgique, Denise Bauer, s’était déjà immiscée dans les affaires belges en demandant que la Belgique achète davantage de matériel militaire.

C’est évidemment pour mieux pouvoir les assister dans leurs guerres que les États-Unis veulent que la Belgique investisse plus de 9 milliards dans l’armée. Dans un contexte de tensions entre la Russie et l’OTAN, cette obéissance aveugle à Washington pourrait nous entrainer dans un chaos dangereux. Rik Coolsaet, professeur gantois en relations internationales, déconseille l’intervention belge : « Nous arrivons dans un jeu de pouvoir complexe avec toutes sortes de pays qui veulent avoir raison et l’objectif final n’est pas clair. Les risques d’une participation belge sont donc grands. Nous risquons de contribuer plus au problème qu’à la solution. »

Coolsaet a raison. Une quinzaine de pays sont actuellement impliqués dans les raids aériens en Syrie. Et pas toujours du même côté. Récemment, un avion turc a même abattu un avion russe. Israël a déjà effectué des frappes aériennes contre les soutiens du gouvernement syrien, bien que celui-ci se batte contre Daech. Des dictatures autoritaires comme le Qatar, l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis font partie de la coalition « pro-occidentale ». La Belgique n’a décidément rien à chercher dans ce chaos. 

Vers une solution durable : rendre aux gens les clés de leur pays

Des alliés belges, telle l’Arabie saoudite, soutiennent aussi des groupes rebelles, souvent des groupes fondamentalistes violents. C’est une ingérence directe dans les affaires intérieures d’un pays. Ainsi, pendant que l’Arabie saoudite combat officiellement Daech, le soi-disant État islamique, Riad est aussi en lien avec des groupes armés ayant comme objectif l’établissement par la force d’un tel État islamique. Ne serait-il pas temps d’exiger la fin de leurs ingérences plutôt que d’y ajouter une énième intervention étrangère ?

Une solution durable devra passer par un accord de paix entre Syriens, mais aussi par un regain de souveraineté. Une Syrie souveraine impliquera que ce seront aux Syriens eux-mêmes de décider de leur sort sans ingérence étrangère. Ce seront aussi les Syriens qui seront les mieux placés pour en finir avec le terrorisme sur le terrain. Toute intervention étrangère éloigne davantage une telle perspective. Et ce tandis qu’un processus de négociations et de cessez-le-feu est en cours. La Belgique devrait essayer de contribuer à ce genre de dynamiques, plutôt que d’obéir aveuglément aux ordres des États-Unis.

 

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Commentaires

C'est le langage de la sagesse et une analyse que je partage tout à fait, si tant est que l'on puisse figer la situation au Moyen-Orient qui évolue chaque jour comme vous le signalez au gré des interventions extérieures qui attisent un peu plus cruellement et cyniquement la déstabilisation dont sont victimes les populations. La guerre que poursuivent les Etats-unis est perdue depuis longtemps et ils auraient quitté l'Irak bien avant s'ils n'avaient été sous la pression des consensus privés de soldats avec qui ils avaient passé des contrats. Ceux qui, en Europe, avaient cautionné cette guerre et s'étaient portés candidats pour une alliance avec les USA en portent la principale responsabilité. M. Reynders étaient de ceux-là. Après avoir assassiné arbitrairement, sans autre forme de procès au niveau de Cour criminelle de La Haye, successivement le président irakien puis le président libyen, ils n'avaient d'autre alternative que de quitter les lieux, tout du moins provisoirement. Ils ont été complètement dépassé par la tournure que prenaient les événements et n'ont rien laissé derrière eux que le chaos, des pays affaiblis et sans plus aucune infrastructure ni organisations sociale et politique. Aujourd'hui, c'est un président français qui arme aussi bien l'Arabie saoudite que l'Egypte et se tourne vers l'Iran. Ils iront jusqu'au bout du dépit et les projets qui sont sur la table de ce certains gouvernements européens sont de créer rien moins que des camps sur place pour neutraliser les rebelles. Alors, à ce stade de la folie humaine, la seule ingérence cohérente que nous puissions mener, c'est d'accueillir dignement et d'assurer la sécurité des gens qui viennent se réfugier en Europe. Là-bas, c'est loin d'être fini.
Je suis tout à fait en phase avec ce qu'écrit, Raoul Hedebouw ainsi que le commentaire de Catherine Beaugier. Il faut tout de même insister et très lourdement sur le fait , qu'en agissant de la sorte, nous bafouons nous aussi le droit international, nous prenons une posture d'un pays paria, telle une république bananière. Qu'opposer à un pays ou un groupe terroriste qui violerait l'intégrité de notre territoire sous le prétexte fallacieux de légitime défense comme l'évoque ce cher monsieur Reynders, cireur de pompes attitré des EU. Nous allons nous exposer ainsi que notre population à des dérives incontrôlables en nous privant d'un quelconque recours de droit. Est-ce bien le rôle d'un état microscopique comme la Belgique ? Le MR semble se sentir pousser des ailes de belligérance, encouragé en cela par l'éminence grise de ce gouvernement aux relents de plus en plus nauséabonds. Il est temps de calmer le jeu et de recadrer ces boutes au feu de pacotille. N'est pas la première puissance militaire du monde, qui veut !
Merci madame Beaugier, Pourquoi ne pas accompagner Raoul Hedebouw au créneau ! C'est de gens comme vous que l'on a besoin !
Ce n'est pas notre guerre. Deux guerres mondiales cela suffit. Les fanatiques resteront toujours des fanatiques. A chacun sa merde. Notre misère nous suffit. Ici chez nous ont survit nous sommes déjà en guerre avec ce gouvernement Pas de travail, exclusion des chômeurs, pensionné au bord d'être des SDF.je continue. ..!!
manque déja 2 milliards dans les caisses, bin pourquoi pas, c'est le contribuable qui paie ! on a rien à faire là-bas, a moins que le gouvernement pense qu'on a pas assez de réfugiés ! Les américains , eux, n'en prennent pas. Ils préfèrent les flottilles de bateaux de munitions , ça rapporte ça au moins ! Imaginez le nombres de chomeurs aux USA s'il n'y avait plus de guerres ! 300.000 soldats hors Etats-unis ! Ne pas oublier aussi les nouveaux avions qu'on est obligé de leur acheter puisque les fixations des bombes nucléaires, stationnées en Belgique sont équipées pour les nouveaux chasseurs U.S. ! ( bien joué ! ) Il faut trouver coute que coute des conflits ( quitte à les créer ! ) Quand aux migrants, qu'ils passent par Zeebrugge prendre un ticket pour l'Angleterre, on ne dois pas les retenir, On a pas signé les accords du Touquet nous !
Votre analyse est pertinente. j'irai même plus loin en prenant davantage de recul avec un Occident qui voit son poids mondial relatif se réduire (économique, politique), USA en tête et veut malgré tout se maintenir sur l'échiquier à coup de bombes. Les USA ont cru désintégrer la Russie en participant au démembrement de l'URSS, c'est raté. A force de jouer à qui perd gagne avec les Etasuniens, ce ne sont plus des migrants mais des troupes armées qu'on va devoir affronter. Hélas, dans ce jeu, l'Europe est une loque.