Caterpillar est comme Mittal et Ford, un cas typique du capitalisme actuel. Qui va des banques aux grands groupes industriels. (Photo Solidaire, Salim Hellalet).

Le coût insupportable du... capital

David Pestieau

« Dans le scénario d’une baisse des ventes de 15 %, nous garantirons un profit de 6 dollars de bénéfice par action. En cas d’une récession avec une baisse de 38,5 %, comme en 2009, nous nous engageons à un profit de 3,50 dollars par action. Et à être parmi les 25 % des entreprises les plus performantes. Dès le retour de la croissance, les objectifs 2020 seront remis à l’honneur, avec un profit maximal pour les actionnaires. Notre objectif : 20 dollars par action en 2018-2020. »1

C’était en septembre 2012. Douglas R. Oberhelman, président de Caterpillar Inc. ne cachait pas ses intentions à Las Vegas devant un public d’analystes boursiers. Il ajoutait qu’il reprendrait, si nécessaire, les mesures prises en 2009. Caterpillar a alors viré un tiers de ses ouvriers en deux mois. Ce qu’Oberhelman a depuis commencé à faire. Aux États-Unis, il attaque contrats de travail et salaires. En Chine, il a raboté les salaires de 20 %. Il licencie à Grenoble, en Australie, en Irlande. Pour souvent réembaucher à tarif réduit. Et à Charleroi, il veut jeter 1400 familles à la rue.

Des difficultés pour Caterpillar ? Nenni ! L'entreprise a fait 4,2 milliards d’euros de profit en 2012. Les dividendes ont été multipliés par trois en dix ans. Et le retour sur investissement chez « Cat » – 10,8 % – est le triple de la moyenne des 500 plus grandes entreprises américaines. Panne de croissance économique ? Les riches actionnaires de « Cat » comme Bill Gates ne veulent rien savoir : leurs dividendes doivent être garantis, quitte à faire un massacre social.

Caterpillar est, comme Mittal et Ford, un cas typique du capitalisme actuel. Qui va des banques aux grands groupes industriels. Une poignée de multinationales impose la dictature des dividendes, le cours boursier devenant l’indicateur suprême de leur force. Pour eux, la crise est l’occasion idéale d’écraser leurs concurrents, d’attaquer emplois, salaires et conditions de travail. Et d’accumuler du capital. Ces grandes sociétés sont assises sur une montagne de cash : 1 700 milliards de dollars chez les entreprises non-financières américaines, 2 000 milliards d’euros chez les européennes2. Ils ne veulent pas investir, attendent une reprise hypothétique et réservent le profit à leur actionnariat.

Caterpillar est, comme Mittal et Ford, un cas typique du capitalisme actuel. Qui va des banques aux grands groupes industriels.

Ce système est malade de ce coût insupportable du capital, qui bloque l’économie et n’offre pas d’avenir au monde du travail. Lucas, métallo chez « Cat » le résume : « Le problème, c’est la soif insatiable des actionnaires pour le profit. On veut maximiser le profit, même si on doit licencier 1 400 personnes. C’est là que le bât blesse. On est devant un groupe qui a bénéficié de toute une série d’aides à l’emploi, de déductions fiscales, d’intérêts notionnels, un package énorme. Et les instances politiques ont une incapacité de se mettre devant ça. »3

Cette soumission à la dictature des dividendes doit s’arrêter. Dès maintenant en interdisant les licenciements boursiers. Et en travaillant à construire une autre société basée sur les besoins des gens et pas du profit.

1. Caterpillar, Oberhelman : « Analyst Meeting at MinExpo » 24 septembre 2012 (résumé du rapport) • 2. De Tijd, 2 mars 2013 • 3. Controverse, RTL, 3 mars 2013

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