Photo Davide Oliva, Flickr

Le droit de grève doit être respecté à CNHi comme ailleurs

L'an dernier, les 800 travailleurs du constructeur de tracteurs Case New Holland Industrial (CNHi), dans la zone portuaire anversoise, faisaient grève contre la pression au travail. La direction avait dépassé plusieurs limites sur le plan des droits syndicaux pour briser la grève. Les syndicats lui ont intenté un procès. Ils demandent que le tribunal confirme leurs droits syndicaux et mette un terme à l'agressivité des patrons.

Du cri d'alarme à la grève générale

Le lundi 20 mars 2017, l'équipe de jour de la section Logistique se présente au travail. Les hommes constatent qu'après plus d'un an de signaux d'urgence et de promesses de la direction, celle-ci n'a toujours rien entrepris contre le manque structurel de personnel. En outre, il leur manque les outils les plus élémentaires pour effectuer convenablement leur travail. La situation devient intenable. Lassés, les ouvriers de la Logistique décident d'arrêter le travail. Les hommes de la section Expédition et réception les rejoignent.

Un entretien avec la direction est organisé. Au début, la concertation se déroule de façon constructive mais, à la demande des ouvriers de rétribuer l'heure et demie d'arrêt de travail, la directrice du personnel réagit par la négative. Pourtant, la responsabilité en incombe à la direction puisque, depuis plus d'un an, elle n'a rien changé aux conditions de travail pénibles. Les travailleurs des trois sections décident donc de poursuivre leur interruption de travail.

La direction s'obstine et veut appliquer la perte de salaire. Le mercredi, elle franchit un nouveau pas : elle introduit auprès du tribunal civil une requête unilatérale. De la sorte, elle espère pouvoir imposer de lourdes astreintes – jusque 2 500 euros – aux travailleurs et à leurs délégués pour « entrave au travail volontaire ». La direction fait appel à des huissiers qui doivent venir constater sur place que les gens qui désirent travailler sont empêchés de le faire.

Mais que constatent les huissiers ? Qu'il n'y a pas de volontaires... Tous les travailleurs sont solidaires et refusent de reprendre le travail tant qu'il n'y aura pas de solution à leurs problèmes. Là-dessus, la direction franchit encore un nouveau pas : elle réquisitionne quelques managers et employés d'autres sections afin qu'ils reprennent le travail des ouvriers en grève. Elle les présente comme des volontaires et demande aux huissiers de faire leur constat. Le but est de briser la grève par la voie juridique.

Les travailleurs des autres sections ont vent de l'attitude extrêmement agressive de la direction. Par solidarité et parce qu'ils sont confrontés aux mêmes problèmes, ils décident de mettre cette fois toute l'usine à l'arrêt. C'est ainsi que, d'un petit cri d'alarme, le mouvement se mue en grève générale. 

Il y a quelques années, syndicats et organisations patronales ont conclu un « gentlemen's agreement ». Il y est dit que les conflits doivent être résolus mutuellement et non en y incorporant tribunaux ou huissiers. CNHi a foulé aux pieds cet accord. La direction, manifestement, n'a pas été en mesure de proposer une solution constructive, bien que les travailleurs lui en aient donné toutes les possibilités. Elle s'est rendue au tribunal et a fait venir des huissiers. Comme elle l'avait déjà fait par le passé dans l'autre filiale du groupe, à Zedelgem. Elle se moquait bien de cet accord. Il n'y a pas de « gentlemen » à la direction de CNHi…

La solidarité l'emporte sur les briseurs de grève

Soutenue par les grands patrons de Zedelgem et de la maison mère en Italie, la direction a choisi l'affrontement avec huissiers, astreintes et intimidations, mais la grève a tenu bon. Les autres filiales du groupe ont dû être mises à l'arrêt elles aussi par manque de matériel, puisque les pièces n'arrivaient plus.

L'engagement de briseurs de grève est l'attaque la plus grave possible contre des travailleurs en grève. C'est une pratique qui a été souvent utilisée dans les premières années du mouvement ouvrier. À l'époque, il n'existait guère de concertation sociale et les employeurs croyaient que tout leur était permis. Entre-temps, dans la plupart des pays, cette pratique a été interdite, et c'est le cas en Belgique aussi. Le fait que CNHi l'a quand même appliquée est très inquiétant. Contre cette pratique, la solidarité a été utilisée par les travailleurs. Toute l'usine s'est mise à l'arrêt.  Le mécontentement dans les autres sections était grand. La répression de la direction à l'égard des travailleurs en grève a été la goutte qui a fait déborder le vase. Grâce à la solidarité massive et à l'unanimité entre les syndicats, la direction s'est retrouvée sous pression. Les patrons italiens ont dû venir sur place. C'est ainsi que des négociations ont pu être obtenues. Un peu plus tard, elles débouchaient sur une proposition. Les syndicats l'ont présentée aux travailleurs, qui l'ont approuvée à 55 %, ce qui a mis un terme à la grève.

Se battre pour nos droits

Les syndicats FGTB et CSC n'en sont pas restés là. La direction a été trop loin et avait foulé aux pieds plusieurs droits. Primo, le non-respect du gentlemen's agreement. Ici, toutefois, les tribunaux ne sont pas compétents. C'est un arrangement que syndicats et patrons sont censés respecter mutuellement. Secundo, l'engagement de briseurs de grèves, afin que les huissiers aient quelque chose à constater. FGTB et CSC se sont donc rendus au tribunal.  Marc Pottelancie (FGTB) et Peter Van Herck (CSC) : « Nous demandons la condamnation par principe de CNHi, pour ces faits. Cela concerne tous les syndicalistes et travailleurs, car c'est notre droit de grève qui est en jeu. » 

Le PTB soutient les syndicats et les travailleurs et il était également présent à l'audience du tribunal, le 25 juin 2018. Fred Van Aelst, militant du PTB et ancien délégué à CNHi : « Je suis ici aujourd'hui parce que, durant les 42 années que j'ai travaillé à CNHi, je n'avais jamais vu ça. Dans le passé aussi, il y a eu plusieurs conflits à l'usine, mais nous sommes toujours parvenus à les résoudre. Il est incompréhensible qu'en raison de l'attitude de la direction, un conflit comme celui-ci doive se transformer en grève générale. J'espère que le juge comprendra la gravité de l'attaque contre le droit de grève et qu'il prononcera une condamnation de principe de CNHi. De plus, je félicite les travailleurs pour leur solidarité et les syndicats FGTB et CSC pour leur opposition à ces pratiques déplorables. »

Le prononcé aura lieu le 24 septembre.

 

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