Le F-35 est-il nécessaire à notre sécurité ?

auteur: 

Marc Botenga

L’achat envisagé d’avions de combat F-35 fait l’objet de débats enflammés. Sauf au Parlement, où le débat est soigneusement évité.

Pourquoi ne faut-il pas remplacer les avions de chasse F-16 par des F-35 ?

Les nouveaux F-35 coûteront 6 milliards d’euros. Avec ce montant, on pourrait relever tous les revenus de remplacement en Belgique au-dessus du niveau de pauvreté pendant quatre ans ! Et le prix d’un seul de ces avions de combat permettrait d’engager pendant un an 3.750 enseignants supplémentaires en Belgique. Il est carrément scandaleux que nos gouvernements trouvent sans problème des milliards pour des avions de guerre, alors qu’ils assènent aux familles, aux travailleurs, aux étudiants, aux jeunes qui terminent leurs études, aux pensionnés et aux personnes âgées qu’il n’y a plus d’argent pour les crèches, l’enseignement, les maisons de repos, l’approvisionnement public d’énergie, etc. Par ailleurs, il est également à souligner que cet achat de nouveaux avions de combat s’intègre parfaitement dans les stratégies de guerre de l’Otan.

Pourquoi le gouvernement refuse-t-il un débat démocratique sur la politique belge de défense ?

En Suisse, l’achat de nouveaux avions de combat a été rejeté par la population via un referendum. En Belgique, on refuse même un débat parlementaire et démocratique sur la question. La présidente de la Commission parlementaire de la Défense, Karolien Grosemans (N-VA), ne veut même pas réunir de commission jusqu’à ce que la décision soit prise ! (1)

Plus encore que de défense, il s’agit ici d’un choix fondamental de politique. Le gouvernement belge doit choisir entre les intérêts de l’Otan et ceux de sa population. L’Otan et l’UE exigent que les budgets de la Défense soient augmentés. En 2010, l’Otan a en effet fixé des objectifs ambitieux qui n’ont plus rien à voir avec la Défense, la « protection du territoire ». L’Otan veut ainsi pouvoir intervenir dans le monde entier, de la Colombie aux Philippines, là où son approvisionnement en énergie et en matières premières ainsi que ses marchés d’exportation sont menacés. Cet agenda de l’Otan est donc avant tout offensif et non pas défensif. (2)

Mais cela coûte de l’argent. Au sommet de l’Otan à Newport, au Pays de Galles, les 4 et 5 septembre 2014, la discussion sur l’augmentation des budgets militaires des Etats membres figurait comme l’un des défis les plus importants au programme. Les Etats-Unis en ont depuis longtemps assez d’être presque les seuls à porter les coûts de leurs guerres (plus de 70 % du budget de l’Otan est payé par les Etats-Unis). C’est dans cette stratégie que s’intègre l’achat par la Belgique d’appareils américains. Avec l’industrie de l’armement, les Etats-Unis ont, à l’intérieur de l’Otan, fixé un objectif à atteindre pour les dépenses en matière de défense par les Etats membres : 2% du Produit intérieur brut (PIB). Rien que pour la Belgique, cela signifierait une augmentation de 2,7 milliards d’euros par an ! (3)

Voulons-nous une Belgique qui, sans débat démocratique, économise sur les crèches et investit dans des avions de guerre, ou voulons-nous une Belgique où c’est la population qui détermine les priorités ? C’est là la question.

L’armée belge n’aurait donc pas besoin de nouveaux avions de combat ?

Les avions de chasse servent à attaquer et à bombarder. L’histoire récente montre que cette méthode n’a encore jamais, nulle part, suscité l’avènement de la paix et de la démocratie, bien au contraire.

La Belgique a ainsi pris part aux guerres d’Afghanistan et de Libye, guerres censées aider la population locale. Pour la guerre en Libye, il y a même eu au Parlement un consensus entre tous les partis politiques, MR, PS, cdH et même Ecolo. Dans les faits, en Afghanistan, il n’est toujours pas question de paix ou de stabilité. En Libye, c’est même pire. Le pays est totalement en ruines et la population est la proie de milices terroristes, qui contrôlent chacune leur part de territoire.

Mais notre politique de défense est également contreproductive au niveau diplomatique. Par exemple, c’est l’extension continus de l’Otan vers les frontières russes qui a mené à la tension actuelle entre l’UE et la Russie. Plus l’Otan construit de bases aux frontières russes, plus la position de Poutine se durcit. Philippe Migault, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, estime que l’UE et les Etats-Unis ont, par leur stratégie de refoulement et les sanctions contre la Russie, contribué à l’escalade du conflit en Ukraine (4). La journaliste britannique Seumas Milne affirme : « Il n’est pas nécessaire d’avoir de la sympathie envers l’autoritarisme oligarchique de Poutine pour reconnaître que ce sont l’UE et l’Otan, et non la Russie, qui ont causé la crise actuelle. » (5)

C’est une évidence : l’intervention militaire et le « roulage de mécaniques » augmentent les tensions internationales, peuvent aggraver les conflits, et mènent à une plus grande escalade. La plupart des conflits ne sont pas résolus par les armes, mais par les négociations. La Belgique doit mener une politique de sécurité progressiste, étendre ses efforts diplomatiques pour prévenir et résoudre les conflits, au lieu d’augmenter le budget militaire et d’acheter du matériel de guerre à un prix exorbitant. La réorientation de la défense belge vers des missions de paix est également possible. La Belgique s’est spécialisée dans le déminage, tant en mer que sur terre. Des soldats belges sont ainsi actifs dans le cadre de la mission de l’ONU au Sud-Liban. La Belgique devrait pouvoir étendre ce type de travail dans le cadre de telles missions de l’ONU, en concertation avec les pays concernés.

Mais l’achat de ces avions de combat ne fournit-il pas de l’emploi ?

Non. Même Denis Ducarme (MR) remarque que le vice-président du constructeur du F-35 admet qu’ « il n’y a pas de retombées économiques pour un marché comme la Belgique ». (6)

Si les négociateurs gouvernementaux sont vraiment préoccupés par l’emploi, ils feraient alors mieux de décider d’investir directement ces 6 milliards dans les besoins sociaux et écologiques. Il y a assez de pain sur la planche dans l’enseignement, les hôpitaux et les maisons de repos, la Poste, les transports en commun et autres services publics, dans l’isolation des bâtiments et la transition vers l’énergie renouvelable. Les investissements manquent dans des projets environnementaux, dans les travaux publics d’utilité sociale, dans la construction de logements sociaux. Le non-achat d’avions de combat favoriserait non seulement la paix à l’étranger, mais aussi le développement social et écologique dans notre propre pays.

 

1 http://www.independent.co.uk/news/world/americas/f35-fighter-jets-grounded-while-investigation-into-engine-fire-is-carried-out-9602437.html

2 http://www.n-va.be/persbericht/n-va-vraagt-hoorzittingen-over-peperdure-vervanging-f-16-door-f-35

3 http://www.intal.be/nl/article/de-navo-al-65-jaar-een-obstakel-voor-de-vrede

4 Plus de 70% du budget de l'OTAN vient des Etats-Unis.

5 http://www.vrede.be/standpunten/1520-andere-prioriteiten-dan-nieuwe-f-16-s

6 http://www.rtbf.be/info/dossier/ukraine-la-guerre-de-kiev/detail_expansionnisme-russe-consequence-de-la-politique-occidentale?id=8345520

7 http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/sep/03/nato-peace-threat-ukraine-military-conflict?CMP=twt_gu

8 http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_d-ducarme-mr-le-remplacement-des-f-16-devra-soutenir-l-emploi?id=8340776

 

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Commentaires

Si vis pacem para bellum Mais avec intelligence
En outre, ces avions sont inutiles (useless) en cas de confrontation armée comme le souligne la video suivante (en anglais). Voir les 3 premières minutes. http://www.youtube.com/watch?v=27qdB1D0s9M En d'autres termes, acheter "ça", c'est gaspiller la richesse belge au détriment de la population belge, mais au bénéfice d'un groupe militaro-industriel états-unien douteux, qui nous refile sa camelote à prix d'or depuis des décennies. Voir aussi les commentaires attachés à la video. C'est édifiant...
Bonjour, Il faut empêcher à tout prix l'achat de F-35, cet avion ne fonctionne pas, s'avère dangereux et hors de prix, il y aura de nombreux accidents, les stealth US sont des échecs cuisants, ce pour des raisons énigmatiques, sans doute des changements profonds en matière de sélection des cerveaux. Par ailleurs il n'y aura aucune contre partie pour notre industrie et les F-16 peuvent encore voler le temps nécessaire pour sortir de la crise. Il faut promouvoir le J-31 chinois et demander au Chinois de participer à son occidentalisation. Voilà un beau projet et il peut être entamé dès maintenant sans engagements.