Une action contre la présidente Park en Corée du Sud. (Photo Korean Confederation of Trade Unions)

Le mouvement social sud-coréen souffle un vent de paix

auteur: 

Tony Busselen

C'est aussi capricieux que la météo et, ces dernières semaines, c'est passé de « prometteur » à « très incertain » puis à « peut-être une petite possibilité » : c'est le processus de paix dans la péninsule coréenne. Après des années, la paix  entre les deux Corées semble enfin possible. Bien que les médias n'évoquent que le jeu de rapprochement-rejet-rapprochement entre Trump et Kim, c'est avant tout le mouvement social sud-coréen et le président Moon Jae-in qui sont à la base de ce vent de paix.

Les images des dirigeants coréens Moon Jae-in et Kim Jong-un tout sourire et se serrant la main au poste frontière de Panmunjeom ont marqué un moment historique. Leur déclaration commune du 27 avril encore plus. Ils ont en effet affirmé vouloir œuvrer ensemble à une péninsule coréenne « sans armes nucléaires, par une entière dénucléarisation ». Cela signifie aussi que tous les sous-marins et bombardiers américains pouvant transporter des armes nucléaires doivent se retirer de la région.

Les deux Corées déclarent aussi vouloir élaborer un accord de paix définitif qui mette fin à la guerre entre les deux pays. Cette guerre qui a débuté en 1950 s'est clôturée en 1953 par un accord de cessez-le-feu, mais aucun traité de paix n'a jamais été officiellement signé. Formellement, le conflit perdure donc jusqu'à aujourd'hui. Toutefois, il y a désormais du changement qui s'annonce.

C'est un virage complet, tant pour la Corée du Nord que pour la Corée du Sud. Les deux anciens présidents sud-coréens, les conservateurs Lee Myung-bak et Park Geun-hye, avaient pendant dix ans fermé hermétiquement la porte à toute négociation.

Park est arrivée au pouvoir en 2012. Pendant sa présidence, elle a mené une politique de droite dure, face à laquelle de nombreux citoyens se sont révoltés. Le moteur de cette résistance a été le syndicat progressiste sud-coréen KCTU. Au départ, ce syndicat de 800 000 membres se battait surtout contre la très longue semaine de travail. Le gouvernement Park avait en effet encore augmenté celle-ci à maximum 68 heures par semaine. Certains secteurs n'avaient même aucune limite en matière de temps de travail.

Cette lutte a pris de plus en plus d'intensité. Lors de manifestations en novembre 2015, il y a eu d'importantes violences policières contre les grévistes. Des centaines de syndicalistes ont été arrêtés, y compris le président et le secrétaire général du KCTU. Suite à cela, la liberté syndicale a également rejoint les motifs des protestations.

Durant la même période ont éclaté de grands scandales de corruption. La présidente Park a été accusée de fraude lorsque les liens très étroits qu'elle entretenait avec les grandes multinationales sud-coréennes comme Samsung et Hyundai ont été mis au jour. En novembre 2016, 1 million de Sud-Coréens descendaient dans la rue. Le Parlement a voté la suspension des pouvoirs de la présidente et, quelques mois plus tard, en mars 2017, la Cour constitutionnelle a prononcé la destitution immédiate de Park et celle-ci a été arrêtée et condamnée à une lourde peine de prison.

Tout cela a grandement bouleversé la donne. En mai 2017, c'est le modéré Moon Jae-in qui a remporté les élections. Il a immédiatement fait libérer les plus de 6000 syndicalistes et opposants. La résistance sociale qui avait lancé une nouvelle dynamique en 2016 a donc permis l'avènement d'une politique de paix. Le nouveau président Moon s'est déclaré prêt à un dialogue avec la Corée Nord, sans exiger de changement de régime et sans viser l'absorption du Nord par le Sud.  

Après les deux rencontres entre Kim et Moon, l'enthousiasme pour le dialogue et le rapprochement entre le Nord et le Sud est plus grand que jamais. Le Monde Diplomatique de juin a publié les résultats d'une enquête effectuée au lendemain du sommet de Panmunjeom. Il en ressort que 78,3% des Sud-Coréens approuvent les actions de leur président, et que 64,7% ont confiance dans le fait que la Corée du Nord maintiendra la paix – avant le sommet, c'était seulement 14,7%.

Photo ZUMAPRESS (via Belga)