Photo Solidaire, Vinciane Convens

Le PTB et le nécessaire rassemblement pour la reconquête sociale

Photo Solidaire, Salim Hellalet
Photo Solidaire, Salim Hellalet

Comment le PTB voit il le rassemblement des forces sociales ? Comment les élus du PTB voient-ils leur rôle dans ce rassemblement des diverses résistances ? Après l'appel du PTB-go!, comment continuer dans cette nouvelle séquence politique qui s'est ouverte depuis le 25 mai ?

Année 2015. Les travailleurs et travailleuses de Belgique connaissent une des plus importantes attaques contre leurs acquis sociaux depuis la Seconde Guerre mondiale. Saut d'index, sous-financement des services publics, allongement des carrière et âge de la pension à 67 ans, coupes budgétaires dans les subsides au monde associatif... Dans la continuité des politiques libérales appliquées partout en Europe, le gouvernement Michel-De Wever met en œuvre une politique de réformes tendant à faire payer la crise par les travailleurs tout en protégeant les plus nantis en Belgique. Parallèlement à ces multiples agressions à l'encontre du monde du travail se développe en Belgique un mouvement de résistance inégalé depuis les grèves de 1960.  Une manifestation nationale rassemblant 120 000 personnes, 3 grèves régionales tournantes de 24 h et une grève nationale : cela fait longtemps qu'un tel plan d'action n'avait vu jour dans le plat pays. Le caractère interprofessionnel du mouvement, le front commun entre les principales organisations syndicales et l'intensité égalée dans les différentes régions du pays sont des points forts de ce mouvement qui rendent possible une victoire et un recul du gouvernement de droite sur les mesures qu'il veut imposer.

Le PTB s'est engagé à faire tout son possible afin de soutenir cette diversité des résistances et de permettre des initiatives communes rendant possible l'expression de la diversité et de la richesse du mouvement. C'est ainsi que nous nous sommes réjouis de voir naître des dynamiques aussi élargissantes que Hart boven Hard en Flandre et de Tout autre chose du côté francophone du pays. Comme le dit le manifeste de Tout autre chose : « Nous croyons qu’il ne suffit pas de résister, de défendre les acquis, de préserver un modèle de société essoufflé. Que c’est d’un vrai débat démocratique que surgiront les alternatives. Qu’il faut bâtir tout autre chose. Qu’il faut intensifier le débat citoyen pour créer notre avenir commun. »

Aujourd'hui, devant l'importance des attaques contre les acquis des travailleurs, ce type de rassemblements citoyens de résistance, amis aussi de débat, sont d'une très grande importance.

Le travail de terrain au quotidien

Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les 9000 membres du PTB s'engagent au jour le jour de façon militante au sein de leurs organisations syndicales et associatives respectives afin de renforcer le mouvement anti-austérité qui se déploie actuellement. Afin de renforcer cette résistance dans la diversité, le PTB a également notamment contribué à des soirées de « #laresistancesociale on tour » dans les villes de Bruxelles, Liège, Charleroi, Leuven, Anvers, Gand... S'y sont succédé à la prise de parole une multitude d'orateurs d'obédiences politique, syndicale et associative très diverses comme la Ligue des droits de l'Homme, la CSC, la FGTB, le comité de lutte contre le TTIP, la FEF, le mouvement étudiant flamand, Together for dignity... 

Le festival ManiFiesta organisé par Solidaire – le magazine du PTB – a rassemblé plus de 12 000 personnes à la côte belge et a également été l'occasion de contribuer à la mise en place de multiples espaces d'échanges au sein de la gauche syndicale, associative et politique. Pas moins de 150 associations diverses se sont retrouvées au sein du village associatif du festival

La venue d'Eric Zemmour à Bruxelles a aussi par exemple été l'occasion pour Comac (mouvement de jeunes du PTB) de collaborer avec pas moins de 20 organisations afin d'organiser un apéro alternatif pour dénoncer le message de haine diffusé par l'auteur français. Ecolo-J , le MOC-Bruxelles, Together For Dignity, le CIRé , Asbl Garance, le MRAX, Comac, le CCIB, la CSC-Jeunes, l'Union Syndicale Etudiante, le Cercle féministe de l'ULB, La Voix des Sans-papiers, RésistanceS.be, et d'autres personnalités se sont ainsi retrouvés dans un café du quartier populaire des Marolles pour y dénoncer le racisme.

Des parlementaires relais du mouvement social

Les parlementaires élus le 25 mai s'étaient engagés à être les relais du mouvement social. Et c'est ce qu'ils font au jour le jour. Le 6 novembre, lors de la plus grande manifestation nationale que le pays ait connu contre l'austérité, au départ du podium installé le long de la manif, j'ai traversé la ville de Bruxelles à vélo pour aller relayer le message des 120 000 manifestants dans l'arène parlementaire. Lors du débat sur le budget, les parlementaires PTB ont également saisi l'occasion pour relayer les centaines d'histoire qu'ils avaient entendu dans les quartiers et les entreprises en résistances comme illustré dans cette vidéo. Les députés du PTB s'étaient également engagé à continuer à vivre comme les travailleurs qu'ils représentent avec un salaire ouvrier. C'est ce qu'ils font au jour le jour tout en dénonçant, comme l'a fait Youssef Handichi au parlement bruxellois, les incroyables salaires que reçoivent les ministres et parlementaires et les conséquences sur la facilité avec laquelle ceux ci votent des sauts d'index et des augmentations des accises.

À la demande et en collaboration avec le monde associatif, j'ai pu relayer, en le citant, la demande du Collectif Stop art. 63§2 pour un moratoire sur la chasse aux chômeurs. Ce collectif mène le combat déjà depuis des mois contre les injustes mesures excluant des milliers de personnes de leur droit au chômage.

C'est ainsi également qu'il a été possible de déposer une question écrite, à la demande du réseau « nucléaire stop kernenergie » sur la désignation d'experts au sein de l'agence fédérale de contrôle nucléaire

À la demande du mouvement associatif toujours, les députés PTB ont participé à la délégation du Cracpe afin d'assurer la solidarité avec les travailleurs sans papiers dans le centre de Vottem.

Nous recevons ces derniers temps beaucoup de message, et pas seulement de sympathisants, nous indiquant combien leur fait du bien le fait d'entendre une autre voix dans les parlements. Rendre espoir aux travailleurs qui combattent pour leurs droits est une des finalités essentielles de notre travail parlementaire. De même, beaucoup de personnes actives dans les mouvements et fronts sociaux soulignent également positivement le changement du PTB quant à son sectarisme passé quant il participait à des actions et initiatives communes. Nous voulons continuer dans cette voie de collaborations multiples au sein du mouvement progressiste en Belgique.

Quoi après l'appel du PTB-go?

Le 6 octobre, une déclaration conjointe de différents signataires de l'appel du PTB-go! a été publiée sous le titre « Un rassemblement pour la reconquête sociale ? » sur le site du journal le Soir ainsi que sur les sites des différents personnalités et organisations politiques qui ont soutenu l'appel du PTB-go!. Elle est notamment consultable sur le site du journal Solidaire.

Cette déclaration part d'abord du constat d'un bilan positif de l'appel à voter du PTB-go : « “On n’a pas manqué le rendez-vous” : lors des élections du 25 mai 2014, le PTB-go! a largement rempli ses objectifs. Pour la première fois depuis 30 ans, des élu-e-s de la gauche de la gauche siègent dans les assemblées parlementaires. Une voix différente se fait déjà entendre et elle sera indispensable dans le contexte politico-social que nous allons vivre. » Mais elle aborde aussi la question de savoir « comment continuer » à travers un riche débat au sein des différentes personnalités et organisations présentes dans la dynamique.

Le PTB y a défendu l'avis qu'une nouvelle séquence politique s'ouvrait depuis le 25 mai. Selon nous, la mise en place d'un gouvernement de droite et l'accélération des attaques contre les travailleurs qui en est la conséquence pose la gauche politique devant de nouveaux défis et exige un rassemblement d'une tout autre ampleur que la dynamique électorale de l'appel du PTB-go!. « La bataille qui va devoir s’engager contre la politique d’austérité des différents gouvernements (et à des degrés divers) exige un rassemblement d’une bien autre ampleur », reprend la déclaration du 6 octobre.

Pendant la campagne électorale, nombreux ont été les personnalités et représentants d'organisations syndicales et associations qui nous ont dit : « On vous soutient dans votre dynamique, mais nous ne pouvons pas exprimer ouvertement ce soutien dans un contexte électoral. » Aujourd'hui, c'est à toutes ces personnes que le PTB veut tendre la main : que pouvons-nous mettre sur pied pour avancer dans ce processus de rassemblement pour la reconquête sociale ? Ensemble, trouvons des solutions. C'est le sens de la citation suivante de la déclaration du 6 octobre : « Il faut donc que se crée un mouvement le plus large possible pour lutter contre ces politiques et mettre sur un pied une véritable reconquête sociale. Hors du contexte électoral, l’entreprise sera sans doute plus aisée même si nous connaissons les difficultés à surmonter. Celles et ceux qui ne voulaient pas ou ne pouvaient pas adhérer à un appel électoral (notamment en raison de leur statut et de la menace que faisait peser sur les uns et les autres une prise de position trop marquée) pourront plus facilement participer à la création d’un tel rassemblement. Monde du travail, allocataires sociaux, secteurs de la santé, de l’enseignement, de la formation ou de la culture (et combien d’autres…) : tous seront touchés par une austérité dont on ne peut pas encore mesurer toute la brutalité. Ce sont bien les représentant-e-s de tous ces secteurs qui doivent se retrouver dans ce rassemblement. Syndicalistes tant de la CSC que de la FGTB qui seront déjà en première ligne, représentant-e-s du monde associatif dans toute sa force et sa diversité, comme du monde culturel, intellectuel ou universitaire, personnalités indépendantes et bien entendu militant-e-s politiques qui, au-delà de leur appartenance partisane, se reconnaissent d’abord dans un combat anticapitaliste et écologiste dont la priorité immédiate et absolue est la lutte à la fois contre l’austérité et pour l’égalité. »

Il existe d'autres avis concernant ce nécessaire rassemblement, et nous respectons ces avis. Dès le départ, nous avons toujours dit au PTB que, dans la situation belge, l'addition des gauches radicales n'était pas une solution au problème du rassemblement. En novembre 2012 déjà, dans les colonnes du journal La Gauche, je déclarais : « (...) ce n’est un secret pour personne, au PTB on n’a jamais cru à l’hypothèse d’une unité des gauches dites radicales comme étant LA solution pour faire avancer la gauche de la gauche. » La place du PS dans le paysage politique belge francophone, la taille limitée des composantes de la gauche radicale belge, la place importante qu'ont les organisations syndicales dans notre pays... tant de particularités qui ne nous permettent pas de « copier-coller » des formules appliquées dans d'autres pays européens. C'est ainsi donc que l'appel du PTB-go! n'a jamais été un cartel d'organisations de la gauche radicale. Comme le reprend bien la déclaration initiale (consultable au lien suivant : http://ptb.be/go) : « C’est pourquoi nous avons décidé d'appeler à voter en faveur des listes  PTB-go! (Gauche d'Ouverture) qui regroupent autour du PTB des personnalités indépendantes, des militants syndicaux et associatifs et d’autres forces de gauche (le PC et la LCR). Nous ne partageons pas l'ensemble du programme du PTB et nous pouvons même avoir des divergences importantes, mais ce parti s'est ouvert et est en évolution. » 

À aucun moment il n’a été question d'un programme commun des différentes organisations et personnalités initiatrice de l'appel du PTB-go!. Et c'est cette approche qui a justement fait la force de la campagne. Chacun a pu mener sa campagne électorale avec ses angles d'attaques spécifiques. Beaucoup de personnalités soutenant l'appel n'étaient pas forcément d'accord sur tous les thèmes, ni sur toutes les propositions du PTB. Mais cela ne posait aucun problème.

Que la LCR trouvait le profil du PTB pas assez radical n'a posé aucun problème, chacun pouvant mener sa propre campagne. Au PTB, nous avons décidé, il y a quelques années, que nous devions faire beaucoup plus attention à notre communication politique et que nous devions arrêter de parler uniquement pour un public de convaincus. Nous comprenons qu'il existe d'autres points de vue sur le sujet.

De même, les multiples critiques de la LCR à l'égard du PTB sur le manque de critiques du PTB à l'égard de la « bureaucratie syndicale » faisaient partie de cette diversité de rassemblement dans la campagne. Du côté du PTB, nous ne partageons pas cette analyse du syndicat composé d'une « base combative », d'une part, et d'une « bureaucratie syndicale prête à lâcher le combat », d'autre part. La réalité est beaucoup plus nuancée que cela. Bien sur que le PTB encourage des centaines de ses membres à s'investir dans le fait syndical en Belgique, mais cela se fait dans le respect de la démocratie syndicale. Les députés PTB travailleront effectivement avec l'ensemble du mouvement syndical. L'heure doit être aujourd'hui à un rassemblement, à une collaboration et à des débats qui ne se limitent pas aux cercles de la gauche radicale.

Le PTB estime que, dans la phase actuelle, il faut élargir les perspectives de rassemblement. Beaucoup de personnes s'engageant dans la résistance sociale se retrouvent dans le monde associatif, syndical et culturel. Certaines d'entre elles se retrouvent encore dans une certaine gauche de partis traditionnels comme le PS et Ecolo. C'est à ces personnes-là, qui recherchent une alternative à l'austérité, que nous voulons aussi tendre la main.  Évidemment, dans le stade actuel,  cette dynamique doit être plus large qu'un parti politique. Avec les organisations syndicales non pas seulement comme initiatrice d'une dynamique, mais également comme co-organisatrices de celle-ci, comme ce fût le cas par exemple le 27 avril 2013 à La Géode à Charleroi. Les formes exactes et le timing précis de ce type de dynamique ne peuvent être que le fruit de discussions au sien de toutes ses composantes.

Dans les semaines et les mois à venir, le PTB continuera à aider aux rassemblements de la reconquête sociale.

Étiquettes

Ajouter un commentaire