Jos D’Haese : « Le mouvement pour le climat est en train de se reconstruire et nous voulons le renforcer. D’autant plus qu’il y a toujours davantage de liens entre la lutte sociale et la bataille pour le climat. » (Photo mediActivsta / Flickr)

Le PTB invite à marcher pour le climat | « Peu de questions sont aussi collectives que celle du climat »

Pas de panique si, le 29 novembre, en traversant Paris, vous voyez s’agiter devant, derrière et à côté de vous les drapeaux rouges et multicolores du PTB. En effet, le parti s’implique à fond pour faire du Climate Express une réussite.

Le Climate Express veut mobiliser 10 000 Belges à participer à la grande marche pour le climat du 29 novembre à Paris. Le PTB et son mouvement de jeunes veulent en envoyer 800. Un grand nombre de sections affrètent elles-mêmes un car. Au PTB, Jos D’Haese est un des responsables de la mobilisation pour Paris. Et il est intarissable sur le sujet.

Pourquoi le PTB trouve-t-il si important que, bientôt, à Paris, on soit nombreux à descendre dans la rue ?

Jos D’Haese.

Jos D’Haese. D’abord, parce que le sommet de l’ONU sur le climat à Paris est vraiment crucial. Ça fait bien longtemps que nous attendons une suite à l’accord conclu en 1997 à Kyoto et qui se terminait en 2012. Depuis lors, il n’y a plus d’accord qui engage tous les pays du monde à réduire leurs rejets et à veiller à ce que notre planète reste habitable. S’il ne se dégage pas à Paris un bon accord, nous serons partis pour un réchauffement de la Terre totalement incontrôlable.

Il y a une deuxième raison. Après le sommet de Copenhague en 2009, le mouvement international pour le climat a connu un certain passage à vide. Il y avait alors de grands espoirs, mais le sommet a été un flop. Ce mouvement est en train de se reconstruire et nous voulons le renforcer. D’autant plus qu’il y a toujours davantage de liens entre la lutte sociale et la bataille pour le climat. Quoi qu’il advienne à Paris, nous aurons besoin d’un mouvement pour le climat très fort, à la fois vert et rouge, non seulement pour imposer un accord sur le climat, mais aussi pour faire en sorte qu’il soit appliqué. Et, en l’absence d’accord, pour veiller à que certains engagements soient pris quand même.

Vous parlez d’un mouvement pour le climat avec un côté rouge et un côté vert. Cette image apparaît également dans la campagne du PTB « Red is the new green ». Pouvez-vous nous expliquer la signification de ce slogan ?

Jos D’Haese. Il y a longtemps qu’on applique des solutions dites vertes, comme les écotaxes, les mécanismes de marché et le commerce des droits d’émission de CO2, mais elles ne marchent pas. Face à ce capitalisme vert, nous voulons une approche sociale et collective. Peu de questions sont aussi collectives que celle du climat. Nous vivons tous sur la même planète. Nous ne pouvons pas résoudre ce problème simplement en introduisant quelques mécanismes de marché ou en éteignant plus tôt la lumière. Nous devons travailler sur une échelle beaucoup plus grande.

Et nous devons aussi le faire d’une manière sociale. Le changement climatique affecte aujourd’hui les personnes qui sont les plus faibles, dans le Sud, mais aussi dans notre pays. À l’avenir, cela ne fera qu’empirer. Ce sont déjà ces personnes qui sont touchées par les mesures prises actuellement pour aborder la problématique du climat. Pensez au nouveau tax shift du gouvernement, avec ses écotaxes et son augmentation des accises. À cela nous opposons « Red is the new green », pour une approche sociale et équitable de la question.

Une approche collective avec des entreprises publiques d’énergie, qui misent sur 100 % d’énergie renouvelable, parce que ce ne sont bien sûr pas les multinationales l’énergie qui le feront pour nous. 

Ne serait-il pas quand même possible que le capitalisme réussisse à sauver le climat ?

Jos D’Haese. Malheureusement, avec le scandale des moteurs diesel, nous avons vu que c’est justement le contraire. Volkswagen a triché avec ses moteurs diesel afin de contourner illégalement les normes de rejet. Quand c’est le profit qui est le moteur, tous les moyens sont bons pour contourner les investissements verts, qui augmentent les coûts et réduisent les marges bénéficiaires. Cet exemple douloureux montre à nouveau que nous ne pourrons pas y arriver avec ce système. La pensée à court terme de la course au profit ne peut pas apporter de solution.

Dans ce numéro de Solidaire, la scientifique et militante indienne Vandana Shiva déclare : « Oubliez les négociations sur le climat. Même la science et la démocratie n’y ont aucune influence. La seule chose qui compte dans les négociations, ce sont les entreprises. »

Jos D’Haese. Elle met le doigt sur le problème. Quand on voit où le sommet sur le climat va chercher son argent… Ce sont entre autres BNP Paribas, EDF et Ikea qui paient cette conférence. Ce ne sont pas particulièrement les entreprises les plus vertes. Ça en dit long…

Il y a un autre fait qui montre que Vandana Shiva a raison. Le nouveau président du GIEC, le groupe d’experts climatiques de l’ONU qui fait la synthèse de la recherche scientifique, c’est le Sud-Coréen Hoesung Lee, qui vient de l’industrie. Il l’a emporté sur notre compatriote Jean-Pascal van Ypersele, qui est un véritable scientifique du climat. Ce n’est pas bon signe.

Mais cela ne signifie pas que nous ne devons pas aller à Paris. Au contraire, car tout cela montre que la solution doit venir des gens, de la pression d’en bas. Il y a une mobilisation mondiale, et nous ne pourrons faire la différence que si suffisamment de personnes se font entendre.

C’est donc maintenant, selon vous, qu’il faut agir.

Jos D’Haese.  Il y a longtemps que les climatologues considèrent 2015 comme une année charnière. Pour garder la Terre habitable, l’année 2015 est l’année où les émissions devaient commencer à baisser. Nous n’y sommes pas encore du tout, et cela rend le problème encore plus urgent. Il faut absolument que quelque chose se passe. Ces émissions doivent diminuer rapidement, sinon la planète va se réchauffer encore plus. En ce moment, nous en sommes déjà à un réchauffement de 0,85 °C. Nous savons que c’est entre 1 et 4 degrés que se situe le point de basculement où toute la glace des pôles va fondre et où le niveau des océans peut s’élever fortement. Nous ne sommes plus tellement loin des 1 °C. Ce n’est pas pour rien que « Act now » est un des principaux slogans du mouvement pour le climat. Et il est plus que jamais d’application.

Article publié dans le mensuel Solidaire de novembre 2015. Abonnement.