Photo Solidaire, Salim Hellalet

Le PTB s’oppose à une intervention militaire en Syrie et en Irak

auteur: 

Koen Hostyn

Durant le débat en commission mixte de la Défense nationale et des Affaires étrangères, le PTB a été le seul parti à s’exprimer contre une nouvelle intervention militaire en Irak et en Syrie. Pour Raoul Hedebouw, les interventions en Afghanistan et en Libye démontrent  qu’une approche militaire ne résout absolument rien, bien au contraire. Durant sa prise de parole, Hedebouw a appelé le gouvernement fédéral à ne pas participer à l’attaque américaine, et à épargner sur les coûts d’une guerre plutôt que sur les soins de santé, l’enseignement et les pensions.

Ce jeudi 18 septembre, la commission mixte de la Défense et des Affaires étrangères s’est réunie au Parlement fédéral. En effet, suite à la demande américaine, l’armée belge se prépare déjà à des actions militaires contre l’Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. Selon la ministre de la Défense Pieter « Crembo » De Crem, plusieurs F16 pourraient être mis à disposition à court terme, avec le nécessaire soutien au sol. La Belgique offre en outre aux Américains l’utilisation d’avions C130 et d’unités spéciales. Le coût estimé n’est cependant pas négligeable : 14,55 millions d’euros par mois.

Petit détail : comme le gouvernement fédéral est « en affaires courantes », une participation de l’armée belge à une intervention militaire doit d’abord être soumise au Parlement. Mais ce processus ne devrait être qu’une formalité. En effet, en Belgique, il existe un très large consensus politique autour de la question de la participation militaire à de telles interventions. Les partis de droite comme le MR, le CD&V et la N-VA ont fait feu sur le ministre De Crem : les efforts qu’il propose sont selon eux insuffisants, et il faut libérer davantage de budget de défense. Mais aussi du côté de Groen, d’Ecolo, du PS et du sp.a, on est tout disposé à participer à une action militaire. Juste, pour Wouter De Vriendt, de Groen, notre opération ne peut pas « seulement » consister à jeter des bombes, il faut bien sûr aussi travailler au plan politique, diplomatique et humanitaire.

Un tel consensus est frappant, surtout au vu de ce qui se passe dans les pays voisins où il y a beaucoup plus de débat autour d’une éventuelle action militaire en Irak et/ou en Syrie. Dominique de Villepin, l’ancien ministre des Affaires étrangères français qui, en 2003, s’était opposé à l’attaque militaire de l’Irak au Conseil de sécurité des Nations unies, qualifie ce plan d’ « absurde » et de « dangereux ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, du Front de Gauche, il souligne la faillite de l’intervention en Irak et en Libye, celle-ci ayant seulement amené à davantage d’insécurité et de terrorisme. Aux Pays-Bas, durant le riche débat parlementaire du 10 septembre, le député Harry Van Bommel et son groupe SP ont refusé d’accorder leur soutien à l’opération. Van Bommel a entre autres précisé que « le SP a de fortes craintes que la lutte contre l’EI soit d’avance vouée à l’échec s’il n’y a aucune tentative sérieuse pour entreprendre des démarches au niveau politique et autres. »  Michiel Servaes (PvdA) avait quant à lui une liste interminable de questions à poser sur cette mission.

Car, effectivement, en Afghanistan, les Talibans sont toujours bien là. En Libye et Irak,  après les bombes occidentales, les groupes terroristes sont  apparus comme des champignons. La lutte contre Al Qaeda a mené à l’apparition et à l’essor d’un mouvement armé encore plus barbare, l’ISIS, prédécesseur de l’EI.  Mais cela, les parlementaires n’ont pas voulu l’entendre. Le futur ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a même déclaré que, en Libye, nos F16 avaient « bien fait leur boulot » et que ce qu’il advient ensuite « n’est pas de notre responsabilité ».

Lors de son intervention en commission, Raoul Hedebouw a tenu un discours très clair : le PTB est extrêmement choqué par les décapitations atroces commises par l’EI. Ces procédés barbares sont ignobles, tout comme le sont les objectifs politiques de cette organisation, et le PTB les condamne très fermement. Cependant, pour le PTB, une intervention militaire en Irak ou en Syrie non seulement ne constitue pas une solution, mais elle est une partie du problème. La guerre mène immanquablement à davantage de guerre, à davantage de misère et à davantage de terrorisme.

Le PTB plaide pour un partenariat régional, soutenu par l’ONU, qui s’attaque tant aux causes sociales du conflit, à la misère économique, au flux des armes vers l’EI qu’au financement de groupes réactionnaires dans la région. Pour le PTB, une opération militaire en Syrie sans accord régional et sans résolution des Nations unies est inacceptable.

Pour finir, le PTB veut également un débat sur le coût de cette intervention militaire. Une telle guerre est très chère. Quelques mois de guerre en Libye ont coûté en 2011 à la Belgique plus de 40 millions d’euros. En Afghanistan, le coût annuel de la participation belge en 2012 s’est élevé à près du triple de ce qui était prévu. Les millions d’euros consacrés par la Belgique aux guerres en Afghanistan et en Libye sont autant d’euros d’argent du contribuable dépensés en vain. Et, aujourd’hui, le ministre De Crem propose d’à nouveau dépenser 15 millions d’euros par mois pour une nouvelle intervention en Irak et en Syrie. Entre-temps, la coalition dite « suédoise » a annoncé qu’elle comptait consacrer de fortes sommes à l’achat de nouveaux avions de chasse, dont la facture pourrait aisément atteindre les 6 milliards d’euros.

Alors qu’il faut économiser dans l’enseignement, les soins de santé et les pensions, Didier Reynders (MR), Pieter De Crem (CD&V), Theo Francken (N-VA) et Elio Di Rupo (PS) veulent se joindre à la guerre d’Obama. Si l’on veut faire des économies, ne pourrions-nous pas commencer par la guerre ?

 

 

L’intervention de Raoul Hedebouw à la Commission de la Défense nationale du 18 septembre 2014 


Monsieur le Ministre,

La situation en Syrie et en Irak est dramatique pour les populations – des populations dont la sécurité n’est pas garantie et qui fuit en masse. Les décapitations atroces commises par « l’Etat islamique » (EI) sont des procédés barbares, ils sont ignobles, tout comme le sont les objectifs politiques de cette organisation, et le PTB les condamne très fermement.

Cependant, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si des bombardements constituent une solution à ce problème. Pour le PTB, une intervention militaire en Irak ou en Syrie non seulement ne constitue pas une solution, mais elle est une partie du problème. La guerre mène immanquablement à davantage de guerre, à davantage de misère et à davantage de terrorisme.

Chers collègues,

Quel est le bilan de l’intervention en Afghanistan ? En Libye ? En Irak ? En Afghanistan, les Talibans sont toujours là. En Libye et en Irak, après les bombes occidentales, les groupes terroristes sont  apparus comme des champignons. La lutte contre Al Qaeda a mené à l’apparition et à l’essor d’un mouvement armé encore plus barbare, l’EIIL, prédécesseur de l’EI. 

Et quel sera le bilan d’une nouvelle intervention en Irak ? Selon Phyllis Bennis, de l’Institute for Policy Studies, cela devrait être désormais très clair : « Chaque bombe leur amène davantage de partisans. » Logique, puisque tout conflit entraîne des dommages collatéraux, faisant des victimes innocentes dans des familles, dans des fêtes de mariage, ou touchant des cibles civiles imprévues. Chacune de ces personnes brutalement frappées ont soudainement une raison de haïr « l’Occident ».

Monsieur le Ministre,Nous constatons qu’il existe aujourd’hui un très grand consensus parlementaire sur une nouvelle intervention, ce que nous déplorons. La Belgique manque d’un vrai débat public et démocratique sur l’utilité de cette intervention. Il en va tout autrement dans les pays voisins.

Dominique de Villepin, l’ancien ministre des Affaires étrangères français qui, en 2003, s’était opposé à l’attaque militaire de l’Irak au Conseil de sécurité des Nations unies, qualifie ce plan d’ « absurde » et de « dangereux ». Je le cite, lui qui ne peut être suspecté de nourrir de grande sympathie pour le PTB : « Il est plus que temps que les pays occidentaux, l’Europe et les Etats-Unis, tirent les leçons des expériences accumulées depuis l’Afghanistan. Ces dernières années, nous avons assisté à plusieurs interventions militaires. L’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Mali. Avec quel résultat ? En 2001, il y avait un seul centre de crise terroriste dans le monde. aujourd’hui, il y en a une quinzaine. Nous les avons donc multipliés. »


Aux Pays-Bas, durant le riche débat parlementaire du 10 septembre, le député Harry Van Bommel et son groupe SP ont refusé d’accorder leur soutien à l’opération. Van Bommel a entre autres précisé que « le SP a de fortes craintes que la lutte contre l’EI soit d’avance vouée à l’échec s’il n’y a aucune tentative sérieuse pour entreprendre des démarches au niveau politique et autres. Contrairement à ce qui est généralement affirmé, l’EI n’est en effet pas seulement un groupe de radicaux qui se livrent à des atrocités. L’EI est aussi l’avant-poste d’une révolte largement soutenue par les sunnites contre le gouvernement au pouvoir. Depuis l’invasion américaine illégale, les sunnites ont été systématiquement marginalisés. L’ancien Premier ministre Al-Maliki y a largement contribué. Combattre l’EI sans s’attaquer à la cause de l’essor de ce mouvement est irréaliste. »

Chers collègues,

Avec le PTB, nous proposons de nous attaquer aux véritables causes de ce problème. Nous plaidons pour un partenariat régional, soutenu par l’ONU, qui s’attaque tant aux causes sociales du conflit, à la misère économique, au flux des armes vers l’EI qu’au financement de groupes réactionnaires dans la région. Une opération militaire en Syrie sans accord régional et sans résolution des Nations unies est pour nous inacceptable.

Les Etats-Unis veulent attaquer l’EI avec, entre autres, le Qatar et l’Arabie saoudite. Mais des opposants à l’EI comme la Syrie et l’Iran sont laissés en dehors de ce partenariat, ce qui n’a pas de sens. Les questions régionales doivent avoir une solution régionale dans laquelle on discute avec toutes les parties. Ces solutions doivent permettre aux peuples de la région de recouvrer leur souveraineté.

Nous proposons de mettre la pression sur la Turquie, membre de l’Otan, pour qu’elle ferme sa frontière avec la Syrie, et sur l’Arabie saoudite et le Qatar pour qu’ils cessent toute forme de soutien ou de financement aux groupes réactionnaires de la région. Ce n’est pas pour rien que les associations pacifistes belges comme Intal et l’ASBL Vrede exigent que l’on arrête les livraisons d’armes. Au bout du compte, c’est avec des armes occidentales que l’EI combat.

Monsieur le Ministre,

Pour finir, le PTB veut également un débat sur le coût de cette intervention militaire. Nous avons entendu les chiffres du ministre De Crem : 14,5 millions par mois peuvent être investis dans cette nouvelle guerre.  

Une telle guerre est très chère. Quelques mois de guerre en Libye ont coûté en 2011 à la Belgique plus de 40 millions d’euros. En Afghanistan, le coût annuel de la participation belge en 2012 s’est élevé à près du triple de ce qui était prévu.

Les millions d’euros consacrés par la Belgique aux guerres en Afghanistan et en Libye sont autant d’euros d’argent du contribuable dépensés en vain.


Les partis à la table des négociations montrent qu’ils empruntent une voie tout à fait néfaste et  optent pour une politique de guerre asociale. Alors qu’ils veulent détériorer le pouvoir d’achat par toute une batterie de mesures qui doivent rapporter 17 milliards d’euros, ils décident d’acheter des avions de chasse dont la facture s’élèvera aisément à 6 milliards d’euros.

Alors qu’il faut économiser dans l’enseignement, les soins de santé et les pensions, Didier Reynders (MR), Pieter De Crem (CD&V), Theo Francken (N-VA) et Elio Di Rupo (PS) veulent se joindre à la guerre d’Obama.

Si l’on veut faire des économies, ne pourrions-nous pas commencer par la guerre ?

 

 

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Commentaires

Voilà ce que parler veut dire! Les récents propos de M. Di Rupo, expliquant que l'agression militaire doit se doubler d'une aide humanitaire et "d'accompagnement"(?)rappellent furieusement (et hypocritement) les propos de tous les colonisateurs, notamment les colonisateurs belges et leur "mission civilisatrice"(lisez spoliatrice) au Congo...qui peine toujours à s'en remettre. Pas un homme, pas un euro pour la sale guerre impérialiste!
C'est bien connu, pour gagner les guerres, il faut de l'argent. Il est bien connu aussi qu'en belgique nous en manquont. Dèlors pourquoi, au lieu de mettre presque tous nos postes indispensables en difficulté, ne pas demander de l'argent aux pays qui en ont et ne savent qu'en faire: ex; la Suisse. Quant à décider de l'envoi de forces belges sans passer par l'aval du parlement alors que le nouveau gouvernement n'est pas encore formé, c'est une grave entorse à la démocratie et à la loi dans ce pays. Notre pays a toujours eu dans ce domaine une politique de neutralité, il conviendrai à mon sens de la garder. Se défendre quand l'on est attaqué est une chose normale, l'inverse ne l'est pas. A l'heure ou l'on se demande par exemple si l'on saura encore payer les pensions dans un avenir proche, si l'on saura faire face aux soins de santé toujours plus nécessaires, à une juste et réelle réforme de notre enseignement, à la politique de l'emploi, ceux qui prennent ces décisions sont des irrèsponsables et des inciviques.