Photo Billy Wilson / Flickr

Les climato-sceptiques au pouvoir à Washington

auteur: 

Jo Cottenier

Pour l’équipe de négationnistes climatiques que Donald Trump a mis aux commandes de la politique américaine de l’environnement, les scientifiques doivent laisser la place aux charlatans payés par les multinationales des énergies fossiles. 

Les dernières découvertes sur le réchauffement climatique sont effrayantes. Le 8 novembre 2016, par ailleurs jour de l’élection présidentielle, l’Organisation météorologique mondiale publiait des constats très inquiétants. La température mondiale moyenne a désormais augmenté jusqu’à dépasser d’environ 1,2°C le niveau préindustriel, et elle approche dangereusement le seuil de 1,5°C, fixé par l’accord de Paris sur le climat comme le chiffre maximal à ne pas dépasser. L’année 2016 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, plus chaude encore que 2015 et 2014, elles-mêmes des années de record. 

Mais, pour Trump et ses acolytes, le réchauffement climatique est un « hoax », une tromperie, une invention des Chinois pour nuire à l’économie américaine. Et Trump a promis de mettre fin à cette « arnaque ». 

« Pas prouvé »

Et il s’y est mis tout de suite. L’histoire la plus corsée est celle de la U.S. Environmental Protection Agency (EPA). Cette agence a été créée en 1970 pour faire face à l’impact de plus en plus grand des activités humaines sur la santé publique et l’environnement – y compris donc les émissions de CO2, également traitées par les scientifiques de cette institution.

Mais voilà, cela ne plaît pas aux négationnistes du climat, pour qui l’agence doit se limiter aux questions de pollution – qui, pour eux, ne concernent pas le réchauffement de la Terre. Trump a donc nommé un négationniste climatique, Scott Pruitt, à la tête de l’EPA. L’ONG Friends of the Earth a révélé que Pruitt avait reçu un petit 315 000 dollars de l’industrie des combustibles fossiles. Une des premières mesures de Trump a été de supprimer 35 % du budget de fonctionnement de l’EPA, argent qu’il a transféré au budget militaire qu’il veut augmenter de près de 10 % (54 milliards de dollars) au cours des deux prochaines années. 

Les fous du roi

Scott Pruitt n’est qu’un des nombreux climato-sceptiques au sein de l’équipe de Trump. Le grand problème, ce ne sont pas les négationnistes en soi, souligne James Hansen, climatologue et ancien expert de la NASA. Pour Hansen, les négationnistes climatiques sont en quelque sorte des « bouffons », des « fous du roi » qui, tôt ou tard, devront bien reconnaître qu’ils ont tort. Le grand problème, c’est que, sous Trump, ce sont eux qui ont le pouvoir. Et, derrière ces « fous du roi », il y a la « cour » elle-même – le capital. « Les capitaines d’industrie sont plus intelligents que leurs bouffons, observe Hansen. Ils ne peuvent pas faire comme s’ils ne connaissaient pas les dangers du changement climatique et les conséquences de celui-ci pour les prochaines générations. » Les études scientifiques ont montré que, pour rester au-dessous des 2°C de réchauffement, il faut laisser sous terre 33 % de toutes les réserves pétrolières, 50 % de tout le naturel gaz et 80 % de toutes les réserves de charbon. Cela signifie entre autres que les mines de charbon doivent être fermées, qu’il faut stopper l’extraction des sables bitumineux canadiens et que l’oléoduc Keystone XL qui doit transporter le pétrole issu de cette extraction, entre autres à travers l’État américain du Dakota du Nord, ne doit pas être construit. Il faut donc un basculement radical vers les sources d’énergie renouvelable. 

L’administration Obama avait au moins reconnu le problème, et, durant la présidence de Bill Clinton, le vice-président démocrate Al Gore l’avait déjà soulevé. Obama a approuvé un certain nombre de mesures, même si celles-ci restent modestes, comme le Clean Power Plan (CPP) censé concrétiser l’engagement américain dans l’accord de Paris sur le climat. Ce plan prévoyait une réduction de 32 % des émissions de CO2 dans le secteur américain de l’énergie d’ici 2030. Cet objectif est tout à fait insuffisant et bien trop tardif, mais cette mesure a tout de même été attaquée frontalement par les propriétaires des mines de charbon, combustible qui couvre toujours 30 % des besoins en énergie. 

« Cette très chère connerie de réchauffement climatique doit cesser. Notre planète est en train de geler, avec des records de basses températures, et les experts climatiques sont coincés dans la glace », a tweeté Donald Trump en janvier 2014. 

Les géants du pétrole jubilent

Durant sa campagne, Trump a promis à corps et à cris qu’il allait mettre fin à la « guerre » contre les mineurs, ce qui lui a valu un important succès dans les États miniers comme la Virginie-Occidentale. Une des premières mesures présidentielles de Trump a été l’abrogation du Clean Power Plan et l’assouplissement de la Clean Water Rule, la réglementation stricte en matière de pollution des eaux qui contrarie avant tout l’industrie minière. « Cela sauvera 77 000 emplois dans l’industrie du charbon », a affirmé Trump. De la pure tromperie, ce qu’a même reconnu le magnat du charbon Robert Murray. En effet, au lieu d’un démantèlement accéléré, l’extraction du charbon connaîtra un démantèlement lent, puisque le gaz de schiste fournit de l’énergie moins chère. 

De leur côté, les géants du pétrole jubilent. Le soutien pour le passage à l’énergie renouvelable sera limité ; et Trump a approuvé la poursuite de la construction du très controversé oléoduc Keystone XL et du pipeline Dakota Access contre lequel luttent les Amérindiens du Dakota, ce qui équivaut à un feu vert pour continuer à exploiter les sables bitumeux canadiens et à extraire du gaz de schiste par fracturation hydraulique des roches. Les pipelines traversent tous les États-Unis en direction du Texas et des raffineries de l’Illinois, et ils ont été bloqués par Obama sous la pression des vives protestations, mais pas supprimés. 

Les géants du pétrole peuvent compter sur le fait que Trump leur laissera le champ libre. Trump menace même de torpiller l’accord de Paris, qualifié par Scott Pruitt de « mauvais accord ». Selon de nombreux experts, Trump ne pourra pas certes pas masquer la vérité sur le réchauffement climatique, mais il peut retarder encore davantage les mesures déjà insuffisantes au plan mondial. Cela peut mener à terme à des « points de basculement », à des mécanismes irréversibles débouchant sur des catastrophes de grande ampleur. Selon certains scientifiques, cela nous obligerait à diminuer au moins de moitié, chaque décennie, les émissions de CO2 des secteurs de l’énergie et de l’industrie !

Le silence d’ExxonMobil

Ce sont en fait les scientifiques d’ExxonMobil qui, déjà dans les années 1970, avaient au départ mis en garde contre un changement climatique. On sait désormais que la sixième plus grande multinationale au monde a tout fait pour étouffer le problème. Et qui voit-on maintenant au poste de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Trump ? Rex Tillerson, le CEO d’ExxonMobil. Ce ne sont donc pas seulement les fous du roi qui peuplent le cabinet Trump, mais aussi les empereurs et les princes eux-mêmes. Assez paradoxalement, Tillerson est un des seuls parmi eux à ne pas être climato-sceptique, ce qui ne l’a pas empêché de négocier sans scrupules avec l’entreprise d’État russe Rosneft un accord de coopération pour effectuer des forages dans la région du cercle polaire. 

Suprématie mondiale

Pour l’administration Trump, tout cela s’inscrit dans la logique du « Make America great again ». Pour la grandeur de l’Amérique et pour rétablir celle-ci dans sa position de superpuissance ayant le suprématie mondiale, Trump veut favoriser le grand capital américain sans la moindre entrave – et, à cet effet, les préoccupations climatiques ne sont rien d’autre qu’un boulet. Si l’économie américaine s’est bien mieux sortie de la grande crise de 2008 que l’Europe, c’est aussi à cause de la nouvelle ruée vers l’or, en l’occurrence vers les sables bitumeux du Canada, vers le pétrole et le gaz de schiste. Cette énergie bon marché a boosté l’économie américaine. Pour Trump, il s’agit là d’une des armes miracles dans la lutte avec les concurrents chinois et allemands, à côté de sa voie protectionniste. 

Tout cela montre les raisons fondamentales pour lesquelles le capitalisme ne remédiera jamais au problème du climat. Toutes les grandes entreprises sont dans une course sans merci et les États font tout pour les favoriser le plus possible. Pour les États-Unis, c’est en outre l’hégémonie mondiale qui est en jeu. Sur ce point-là en tout cas, Obama et Trump se rejoignent. 

Pouvoir et profit

Tout comme ses prédécesseurs et ses homologues étrangers, Trump veille sur les intérêts d’une élite économique prête à s’asseoir tant sur l’humanité que sur la nature afin d’assouvir sa soif illimitée de pouvoir et de profit. La misère, la famine ou les catastrophes naturelles importent peu à ce 1 % ; ils ont en effet les moyens d’y échapper dans leurs îles, domaines privés et villas de luxe situées dans des zones de nature protégée. 

La résistance des barons du pétrole et des mines rappelle la longue obstination des producteurs de tabac qui, pendant des années – et à l’encontre de toutes les évidences et preuves scientifiques –, ont refusé d’admettre que fumer nuisait à la santé. Ils savaient parfaitement qu’ils mentaient, mais le capital n’a pas pour but de sauver le monde mais de générer du profit. Pour changer cela, il faudra donc changer le système économique lui-même. 

La fine équipe fossile

Dans son gouvernement, Trump s’est entouré d’un éventail de personnalités très peu portées sur la défense de l’environnement et de la planète. Et c’est le moins que l’on puisse dire.

Myron Ebell, le directeur de la politique de l’énergie et de l’environnement au Competitive Enterprise Institute et climato-sceptique influent, a été à la tête de l’équipe de transition de Trump pour l’EPA, l’agence pour l’Environnement américaine. Il a accusé le très respecté climatologue Kevin Trentberth de faire partie d’une « bande » qui manipule les données.

Anthony Scaramucci, conseiller de Trump et membre de l’équipe chargée de préparer la présidence de celui-ci, a comparé l’idée que l’être humain est responsable du réchauffement de la planète avec la croyance que le soleil tourne autour de la Terre. 

David Schnare, membre de l’équipe de transition de Trump, a quitté l’EPA pour fonder, avec des fonds octroyés par l’industrie pétrolière, une ONG spécialisée dans les poursuites judiciaires… contre l’EPA et dans les attaques contre les scientifiques du climat. En tant qu’avocat, il a poursuivi certains scientifiques du climat et a voulu les contraindre à rendre publics leurs documents privés et leurs e-mails.

Thomas Pyle, à la tête de l’American Energy Alliance, un groupe qui a des liens très étroits avec l’industrie du pétrole, a dirigé l’équipe de transition de Trump pour le ministère de l’Énergie. Un mémo de Pyle qui a fuité résume les intentions du gouvernement Trump en matière de climat : (1) le retrait de l’accord de Paris sur le climat, (2) le démantèlement du Clean Power Plan et (3) l’approbation des projets de pipelines pétroliers.

Scott Pruitt a été nommé à la direction de l’EPA. Auparavant, Pruitt, lui aussi avocat, s’en est pris à l’EPA pour défendre les intérêts de l’industrie des combustibles fossiles. Bien que 97 % des scientifiques s’accordent à établir que l’activité humaine est la cause du changement climatique, Pruitt affirme que « les scientifiques sont toujours en désaccord pour préciser dans quelle mesure le réchauffement de la Terre est la conséquence de l’activité humaine ».

Rick Perry, ancien gouverneur du Texas et également très proche de l’industrie pétrolière, est le nouveau ministre de l’Énergie. Lorsque Perry était lui-même candidat à l’investiture présidentielle, il avait promis de démanteler entièrement ce ministère. En 2010, il a affirmé dans son livre que la Terre était en train... de se refroidir. Lorsque son administration de l’État du Texas a rédigé un rapport sur la montée du niveau de la mer, toute référence au changement climatique en a volontairement été supprimée.

Ryan Zinke est ministre de l’Intérieur. Il vient de l’État minier du Montana et lui aussi affirme qu’il n’existe aucune base scientifique solide prouvant le changement climatique. 

Quant au ministre de la Justice, Jeff Sessions, il a déclaré à plusieurs reprises que le dioxyde de carbone n’était pas polluant.

Ironiquement, le ministre des Affaires étrangères de Trump, Rex Tillerson, ex-CEO du géant pétrolier ExxonMobil, est pour ainsi dire le seul au sein du gouvernement à reconnaître le changement climatique. Il a cependant déclaré en 2013 que l’énergie alternative n’avait aucune chance, affirmant que l’énergie éolienne, solaire et de la biomasse ne constituerait qu’1% de l’énergie totale d’ici 2040. Interrogé sur ce qu’il pensait de la protestation des mouvements de défense de l’environnement et de la population locale contre le pipeline Keystone XL, Tillerson a répondu : « Ma philosophie, c’est faire du profit. »

(Extrait de : Trump and Climate Catastrophe, John Bellamy Foster, Monthly Review, février 2017)

Le PTB appelle à participer à la manifestation du 24 mai à Bruxelles pour dire « non » à Trump, à sa politique et à ses homologues européens.

  • Pour les droits sociaux
  • Pour la paix
  • Pour un monde durable
  • Contre le sexisme, le racisme et la discrimination

Programme :

  • 17h : rassemblement à la gare du Nord (Bruxelles)
  • Prises de paroles (activistes de Standing Rock ea)
  • 18h : marche de protestation
  • 20h : concert (Jaune Toujours ea) + Foodmarket

www.trumpnotwelcome.be

Article publié dans le mensuel Solidaire de mai 2017Abonnement.