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Les éboueurs gantois en grève : « L’arrogance du management doit cesser »

auteur: 

Koen Hostyn

Ce lundi, les négociations ont démarré avec une médiatrice. Afin de mettre la pression, le mouvement citoyen Hart Boven Hard a organisé un bus de solidarité depuis le piquet de grève avec des travailleurs en grève, sous le mot d'ordre « les travailleurs ne sont pas des déchets ».

Mardi 26 mai, les éboueurs de Gand se sont mis spontanément en grève suite à une évaluation négative d’un travailleur plus âgé. La goutte qui a fait déborder le vase d’un mécontentement profond, présent depuis longtemps – les éboueurs avaient d’ailleurs déjà mené une action à la mi-mars. Vendredi 29, le bourgmestre de Gand Daniël Termont (sp.a) a fait réquisitionner les grévistes par la police. Une décision qui essuie de nombreuses critiques.

Suite à l’action de grève démarrée spontanément chez Ivago, l’intercommunale gantoise de collecte des déchets (un partenariat public-privé), le bourgmestre Termont (sp.a) a fait réquisitionner quelque 90 éboueurs, dont seulement une trentaine se sont finalement présentés au travail. Depuis le début de l’action, la détermination à faire grève n’a cessé de s’étendre : mercredi, c’était une cinquantaine de travailleurs qui s’étaient croisé les bras, sur un total d’environ 190 ; le lendemain, ils étaient 150… Chez Ivago, le mécontentement est assurément très profond.

Critique sur les réquisitions

Suite à son ordre de réquisition, le bourgmestre Termont ne s’est pas rendu populaire chez les grévistes. « Pourquoi, dès le troisième jour de grève, doit-il être question de réquisitions ? Par exemple, lors d’une grève précédente, cela avait duré 11 jours », interroge un travailleur. Les grévistes se demandent aussi pourquoi le bourgmestre, qui évoque des raisons de santé publique, a précisément choisi de faire nettoyer le centre de Gand : les intérêts commerciaux et le tourisme seraient-ils la préoccupation prioritaire ? Ils rappellent également que le parti du bourgmestre, s'il était socialiste comme son nom l'indique, devrait choisir le camp des travailleurs.

En outre, ces réquisitions ont été ordonnées précisément le jour même où l’Open Vld lançait une nouvelle attaque sur le droit de grève. Ce qui soulève pas mal de questions. Est-il bien correct de mettre sur le même pied le désagrément d’un sac-poubelle malodorant avec la nécessité de s’occuper des patients dans les hôpitaux ou avec un service minimum des policiers ou des pompiers ? Si on élargit davantage cette comparaison, c’est uniquement pour encore plus limiter l’impact du droit de grève.

Pour Tom De Meester, du PTB Gand, ces réquisitions sont inadmissibles : « Au lieu de forcer des travailleurs en grève à reprendre le travail, le bourgmestre ne ferait-il pas mieux d’aller sur place pour mettre de l’ordre dans la gestion désastreuse du personnel ? » La manière dont les autorités communales de Gand laissent empirer la situation est incompréhensible. Pourtant, en tant que partie prenante dans le conseil d’administration, elles peuvent parfaitement intervenir et contraindre la direction à écouter les revendications du personnel.

Malaise profond

Aujourd’hui, les grévistes exigent qu’il soit mis fin à l’arrogance du management d’Ivago. Ils veulent le retrait de l’évaluation négative du travailleur plus âgé, ce qui a déclenché la grève, et la mutation de deux managers responsables.

La grève de cette dernière semaine de mai ne tombe toutefois pas du ciel. Il y a deux mois, 150 travailleurs d’Ivago avaient déjà mené une action pour un règlement correct des salaires et pour dénoncer l’arrogance du management.

« J’ai pu constater chez les travailleurs à quel point la situation est malsaine », explique Tom De Meester qui était en visite au piquet de grève dès mercredi. « La politique d’évaluation est dure et vise uniquement à exclure des gens. Plusieurs personnes m’ont raconté qu’on leur rend la vie impossible pour les pousser à la porte. Le mécontentement est profond, et les travailleurs ont le sentiment de n’être absolument pas entendus. »

En outre, une grande incertitude plane sur l’avenir de l’entreprise. La Ville prendra-t-elle ses responsabilités pour qu’Ivago revienne dans les mains du public ? Ou l’entreprise sera-t-elle, comme Indaver à Anvers, vendue à l’entreprise Katoennatie de Fernand Huts ?

Services publics forts

Cette grève met une fois de plus en évidence que la population ne peut se passer d’un service public de qualité. D’un service où le personnel est motivé, non seulement parce que les salaires sont payés à temps, mais aussi parce qu’on donne aussi aux éboueurs le temps et la marge nécessaires pour, par exemple, s’attaquer aux déchets sauvages. En outre, il faut mettre fin au climat répressif en vigueur chez Ivago. Il est inacceptable que le service d’Ivago soit purement basé sur la rentabilité, histoire de préparer l’intercommunale à une privatisation complète.

Le PTB soutient la grève chez Ivago et veut un service public de collecte des déchets qui fonctionne correctement. Il s’oppose à toute atteinte au droit de grève et exige le respect pour le travail difficile effectué tous les jours par les travailleurs d’Ivago pour la ville et ses habitants. Il appelle les Gantois à aller rendre une petite visite au piquet de la Proeftuinstraat, afin de constater par eux-mêmes, en parlant avec les hommes et les femmes d’Ivago, que ceux-ci mènent cette action tant pour leurs conditions de travail que pour garantir un bon service de collecte des déchets à tous les Gantois.

Ce lundi 1er juin, une nouvelle discussion a repris entre la direction et les syndicats, avec un médiateur. En attendant, de nouvelles réquisitions par la police sont prévues les prochains jours. L’affaire est donc à suivre…

 

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