Les travailleurs de Ryanair en grève à Zaventem. (Photo Solidaire, Jan Dereymaeker)

Les grévistes de Ryanair : plus hauts en couleur et au moins aussi combatifs que nos Diables rouges

Quand Michael O’Leary, le grand patron de Ryanair, a brisé une grève de son personnel au Portugal, le personnel de cabine n'a pas hésité et s'est lancé dans une grève à l'échelle européenne. 

(Lire « Le personnel de Ryanair exige le respect et lance une grève européenne les 25 et 26 juillet »)

À Zaventem, 99 % du personnel a participé à la grève. Bien que certains d'entre eux ne travaillent que depuis quatre mois à  Ryanair, ils sont déjà animés, aujourd'hui, de la combativité d'un syndicaliste expérimenté. Comment en est-on arrivé là ? Quelles sont les revendications des grévistes ? Comment cela va-t-il se poursuivre ? 

Un salaire mensuel de 800 euros

Parmi le personnel qui travaille à Ryanair avec Zaventem comme point de départ, il n'y a que deux Belges. Leurs autres collègues viennent de Slovaquie, de Roumanie, d'Espagne, du Portugal, d'Italie... Il y a même un Argentin, un Congolais et un Sénégalais. Tous plus hauts en couleur que nos Diables rouges et au moins aussi combatifs. En outre, certains d'entre eux ne sont en service que depuis quelques mois. Tous estiment que ça ne peut plus durer : « Nous aimons voler, nous voulons proposer de bons services aux passagers, mais nous voulons également le respect de la part de nos patrons. Certains d'entre nous ne reçoivent que 800 euros de salaire à la fin du mois ! »

À Ryanair, être malade équivaut à un délit

Quand on travaille à Ryanair et qu'on tombe malade, il faut venir l'annoncer soi-même au local des équipages. Si on est malade pendant plus de deux jours, il faut avoir un certificat médical, mais on n'est pas payé... Ainsi, Angelo, un steward italien, est resté sept semaines à Barcelone avec un pied brûlé. Seul son hôtel à été payé. Quant à son salaire, il a pu faire une croix dessus. C'est comme si on était retourné cent ans en arrière.

Tout le monde connaît tout le monde

À Zaventem, la grève a été bien suivie. 75 % des vols ont été annulés et ceux qui ne l'ont pas été ont dû rester au sol eux aussi : il n'y avait pas assez de personnel de cabine disponible.

Un steward portugais explique que « dans le courant de la semaine, la plupart des travailleurs avaient reçu un coup de fil de la direction pour se présenter. Mais ils ont refusé de le faire. En effet, nous sommes vraiment sous-payés. Seules les heures de vol sont payées. Il s'agit par exemple de six heures, alors que nous sommes partis de chez nous pendant plus de dix heures ! »

La plupart des membres du personnel habitent Zaventem, où ils louent un appartement ou une petite maison à 2, 3 ou 4 collègues. Cela présente des tas d'inconvénients, mais aussi le grand avantage que tout le monde se connaît. Les 90 travailleurs du personnel de cabine se connaissent très bien.

Fiers de leur grève

La grève a débuté très tôt le matin, dans le hall des départs, où le personnel à l'arrêt a distribué une lettre aux voyageurs. Titre de la lettre : « Ce que dit Ryanair et ce que nous, nous avons à vous dire. » Les passagers qui se rendent au contrôle des bagages expriment beaucoup de compréhension envers la grève. Quelques voyageurs demandent pourquoi le vol ne peut pas se poursuivre. Le personnel leur explique que ce n'est pas eux, mais la direction de Ryanair qui a voulu cette grève, en refusant de négocier. La presse est présente et de plus en plus de membres du personnel désirent témoigner ouvertement de la situation déplorable. « Souvent, notre horaire est modifié au tout dernier moment », déclare un steward italien. « Ce que nous demandons, c'est le respect et un syndicat qui prendra nos intérêts à cœur dans le pays où nous résidons et, pour nous, il s'agit de la Belgique. » La plupart des stewards et hôtesses expriment leur sympathie pour le syndicat qui les soutient, la CNE et la LBC, les syndicats des employés de la CSC.

Une solidarité par-delà les frontières

À Zaventem, une délégation de Brussels Airlines est venu témoigner son soutien : « Chez nous, c'est exactement la même chose qui se passe avec la reprise par la Lufthansa. Là, c'est Eurowings, la compagnie low cost, et ça doit toujours aller plus vite et moins cher. Chez nous aussi, la rémunération est un élément important, sur la table des négociations. »

Ce qui fait que cette grève est unique, c'est la solidarité européenne. Elle est portée par un personnel de cabine qui n'a encore jamais fait grève et qui subit de fréquentes intimidations. Il n'y a pas qu'à Zaventem que la grève a été un succès. À Charleroi, en Italie, au Portugal et en Espagne aussi, beaucoup de vols ont dû être annulés.

Reste à voir quelle sera la réaction de Ryanair. Mais le personnel de cabine est bien décidé. Il parle d'un syndicat européen, du rôle social de l'Europe et d'une prochaine grève. « Il ne faut pas attendre trop longtemps », suggère un steward portugais.

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