Photo Solidaire

Les portes (fermées) de l'Europe fleuries en hommage aux migrants morts en Méditerranée

auteur: 

Riet Dhont

Lampedusa, le 1er octobre 2013, 360 corps s'échouent sur les côtes de Lampedusa des réfugiés venant de Libye, d'Afghanistan, de Niger, Érythrée. Il y a 3 semaines, 750 réfugiés, venant de Syrie, Palestine, Afghanistan, Irak, Soudan, se sont noyés. Depuis le 1er janvier 2014, 3 000 migrants ont perdu la vie dans la Méditerranée.

« Parfois, personne n'a de mots

pour une telle nuit de terreur

sombre, noire, menaçante

se taire est trop douloureux »

80 personnes, de toutes nationalités, se sont regroupées devant les portes de l'Europe, à la place de Luxembourg, à Bruxelles. Le groupe migration du PTB « Amitiés sans frontières » voulait rendre hommage aux victimes de l'Europe forteresse et a lancé un appel : « Fuir est un droit de l'homme. » La politique migratoire de l'Union européenne se durcit d'année en année. Et cette politique tue aux portes de l'Europe. Selon le dernier rapport de l'Office international de migration (OIM), 3 000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée depuis le 1er janvier 2014. Un record ! Les témoignages se sont succédés pour décrire cette réalité : « Il y a une guerre qui se passe en pleine mer contre des gens qui fuient la guerre. » Mohamed, porte parole de la Voix des sans Papiers : «  Ce sont des frères, des soeurs qui perdent leur vie aux frontières de l'Europe. Mais la dureté de cette politique se poursuit ici. Nous en sommes les témoins, nous qui occupons des locaux à Bruxelles depuis le mois de juillet pour pouvoir vivre légalement et contribuer à la société. »

« We shall overcome »

Sylvie Nawasadio, Congolaise, ex-Zap mama, est venue exprimer sa solidarité avec sa voix, ses chansons. Tous ensemble, le groupe a pris le chemin de l'esplanade de l'Europe, en chantant « We shall overcome » la chanson de la population noire de l'Amérique, qui se battait pour ses droits égaux, contre le racisme.

Au pied des institutions de l'Union européenne, la frontière était là : une barrière de près de 60 petits poteaux... à ne pas dépasser. Les manifestants ont alors décoré un poteau avec un ruban noir, et une rose rouge ou jaune... Le moment était très émouvant, mais très combatif aussi : « Ces frontières tuent, ces frontières bafouent les droits de l'Homme. Pour nous, ces frontières ne peuvent pas exister. We shall overcome some day... »

Différents appels ont été faits pour continuer la lutte. Notamment pour participer à la marche des sans-papiers qui aura lieu le 3 octobre 2014. Rendez-vous à 13h devant l’occupation au Boulevard Léopold II 184c Molenbeek.

Des poèmes en hommage aux victimes, récitées à la porte de l'Europe ont encore été échangés.

 

Ze komen om adem – Ann Van Dessel

Van ver over zee. Ze vragen niet veel.

Een plek op de wereld om even te blijven

Een haven, een stoel, een glas water misschien

 

Le chant du réfugié – Slim Daouzi

Je suis parti le feu dans le dos, l'espoir devant moi

Le coeur meurtri, les yeux enfumés

Je suis parti les mains déchirées, les pieds dans la boue

Je suis parti le feu dans le dos, l'espoir devant moi,

mon corps est parti, mais mon âme est restée

J'ai couru, marché, sauté, trébuché

pour un jour, pouvoir retrouver la liberté

Je suis arrivé, mais mon coeur est blessé

avec des menaces, et menottes, j'ai été hébergé

Je ne sais plus qui je suis, où je suis, je suis dépassé

j'écoute, je parle, je ne comprends pas, je pleure

papiers, dossiers, fonctionnaires, questionnaires

Un frère, une mère, ou parfois un cimetière

comme moi, ils feront ce chemin de souffrances

comme moi ils vivront la peur et la douleur

pour un rêve de bonheur et de douceur