Il y a cent cinquante ans, ceux qui voulaient retirer les enfants des mines étaient déjà taxés de « yaka ». Heureusement, ils n’ont pas reculé. Et c’est cet esprit que le monde du travail peut retrouver aujourd’hui. (Photo Literatuurplein.nl)

Les « yaka », le PS et le PTB

David Pestieau

Après 25 ans de pouvoir, un an avant les élections, le PS a décidé de refonder son discours. Plus à gauche. Réjouissant, devrait-on dire. Sauf qu’il y a comme un doute : le PS n’opère-t-il pas ce changement de discours par peur de ses actes au gouvernement ? « Di Rupo a oublié les travailleurs », a ainsi déclaré un ouvrier délégué au congrès de dimanche.1

La Libre Belgique analyse un des moteurs de ce changement : « La cible du PS est implicite, mais présente en permanence : la gauche débordant de la gauche PS, qui a fait frémir plus d’une chaumière socialiste aux communales. »2 Entendez : l’émergence du PTB et de la gauche syndicale contestataire.

Le PS n’opère-t-il pas ce changement de discours par peur de ses actes au gouvernement ?

« Je ne pose pas un regard négatif sur le PTB  enchaîne Laurette Onkelinx, ce sont aussi des aiguillons, mais les militants du PTB le disent eux-mêmes : ils ne sont pas là pour participer à la gestion publique. » Et Alain Mathot, député-bourgmestre de Seraing, renchérit : « Je continuerai à me battre face à ces démagogues. Entre leurs “yaka” et la réalité, il y a un fossé. »3

La réalité ? La réalité, c’est que, pendant qu’Alain Mathot, Laurette Onkelinx et compagnie votaient les intérêts notionnels en 2005 sans états d’âme, le PTB prévenait déjà du danger. A coups de révélations sur la fiscalité des entreprises, de campagnes sur la taxe des millionnaires, il a poussé à ce que la fiscalité des plus riches redevienne un point central du débat politique.

Et le PTB n’a-t-il pas montré dans la pratique qu’une médecine de qualité et gratuite était possible avec ses 11 maisons médicales de Médecine pour le Peuple, qui soignent 25 000 patients ? Et que c’est grâce au modèle kiwi initié en Belgique par le Dr Dirk Van Duppen, de Médecine pour le Peuple, que certains médicaments commencent aujourd’hui à baisser de prix ?

Le principe « rue-conseil-rue » qu’applique le PTB a depuis longtemps été oublié par le PS. Le PTB a aussi pu récemment faire baisser la facture de 1 500 locataires sociaux à Molenbeek et le prix du sac poubelle à Herstal. Et nous participons en coalition à la gestion du district anversois de Borgerhout.

Mais nous ne sommes effectivement pas pour être au pouvoir comme vous l’exercez au PS, pour accompagner les politiques néolibérales au nom du moindre mal. Pour y dénoncer en paroles la politique de la Commission européenne, mais appliquer l’austérité qu’elle défend et voter le traité européen budgétaire.

Je résume votre argment massue contre le PTB : « Ne le suivez pas, vous qui trouvez que ce monde ne tourne plus rond. Restez bien dans les lignes de la pensée dominante qui fixent ce qui est réaliste à ce qui “ne met pas en danger la compétitivité des entreprises” » Il y a cent cinquante ans, ceux qui voulaient retirer les enfants des mines étaient déjà taxés de « yaka ». Heureusement, ils n’ont pas reculé. Et c’est cet esprit que le monde du travail peut retrouver aujourd’hui. Et c’est l’espoir que porte le PTB.

1. Ter Zake, 22 avril • 2. La Libre, le 22 avril 2013 • 3. Sud-Presse, 22 avril 2013

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