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Lettre ouverte des Drs Sofie Merckx et Dirk Van Duppen à la ministre De Block

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Sofie Merckx

Dans La Dernière Heure et La Nouvelle Gazette, De Tijd et Het Laatste Nieuws, la ministre Maggie De Block réagit aux très nombreuses critiques qu’elle a reçues ces derniers temps, entre autres du PTB, mais avant tout de patients. Sofie Merckx et Dirk Van Duppen, médecins généralistes à Médecine pour le Peuple et spécialistes de la santé au PTB, répondent à la ministre.

  • Maggie De Block : « Je peux tolérer beaucoup de critiques, mais à un moment, ça suffit ! Je les prend bien si les critiques sont constructives et s’appuient sur des faits avérés ou sur des informations correctes. Il faut que ce soit fondé ET poli ! »

Eh bien, madame la ministre, voici notre critique fondée de vos mesures d’économies, assortie d’une alternative très constructive.

Jeudi prochain, nous vous remettrons des centaines de témoignages vécus tout à fait fondés, concrets et polis de nos patients. Les quelques messages impolis ont été retirés.

Antibiotiques

  • Maggie De Block : « La Belgique est dans le top 5 des pays européens où on en consomme le plus par habitant. Or, plus on en prend, plus on développe le risque que des bactéries ne soient plus touchées, que le médicament n’aide plus quand on en a vraiment besoin. Si ça continue, certaines infections ne pourront plus être traitées. On devait réagir. » « On va diminuer le taux de remboursement à partir du 1er mai. (…) En 2017, on estime que les patients paieront 13,4 millions d’euros de plus. »

Pour rendre les antibiotiques plus chers pour le patient, vous allez faire passer ces médicaments de la catégorie de remboursement B (médicaments indispensables) à la catégorie C (médicaments de confort). Ainsi, le ticket modérateur, c’est-à-dire ce que le patient doit payer de sa poche, va doubler pour les assurés ordinaires et va tripler pour les patients bénéficiant de l’intervention majorée.

Il est faux d’affirmer qu’augmenter le prix d’un médicament fait diminuer sa consommation, et la situation aux Pays-Bas le montre bien. Aux Pays-Bas, le patient ne doit payer aucun ticket modérateur sur les antibiotiques ; en outre, grâce à l’application du modèle Kiwi, ceux-ci ne coûtent qu’un quart du prix en Belgique. Pourtant, la consommation de ces médicaments y est bien plus basse que dans notre pays.

En effet, en réalité, c’est le médecin qui prescrit ces médicaments. Au lieu de s’en prendre au patient, c’est contre un comportement de prescription irrationnel qu’il faut lutter.

​Dans ses recommandations pour lutter contre la surconsommation d’antibiotiques, la Commission belge de coordination de la politique antibiotique (BAPCOC) ​​n’a jamais recommandé d’augmenter le prix de ces médicaments.

​Rendre les antibiotiques plus chers pour le patient, c’est faire des économies sur le dos de celui-ci. En outre, ce sont surtout les patients les plus vulnérables, ceux pour qui le prix des antibiotiques va tripler, qui vont encore davantage reporter un traitement. Une bronchite peut alors se compliquer en pneumonie. Cela entraînera non seulement plus de coûts pour l’assurance-maladie, mais causera aussi davantage de souffrance au patient.

Anti-acides

  • Maggie De Block :  « Dire que je ne permets plus de rembourser les anti-acides, c’est faux ! Ce sont les grands emballages, ceux de plus de 60 comprimés, que ne le seront plus. Les autres resteront toujours bien remboursés. » 

Vous allez mettre fin au remboursement des plus grands conditionnements d’inhibiteurs d’acide gastrique. Soi-disant parce qu’il y a surconsommation. Il ne s’agit pas ici d’anti-acide ordinaire, mais bien d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), dont les plus connus sont l’Omeprazole et le Pantoprazole.

En tant que médecin généraliste, vous savez certainement qu’il y a de nombreux patients pour qui la prise de longue durée ou même chronique d’IPP est médicalement totalement justifiée. Si un important reflux d’acide gastrique dans l’œsophage n’est pas traité, cela peut entraîner des ulcères à l’œsophage, des saignements ou des lésions précancéreuses. Toutes les directives evidence based disent aussi qu’il faut prescrire des inhibiteurs d’acide gastrique de manière chronique pour protéger l’estomac des patients qui doivent prendre des anti-inflammatoires (comme les patients rhumatoïdes), des corticostéroïdes (patients souffrant de rhumatisme, de maladies systémiques, d’affections pulmonaires ou de cancers) ou des médicaments pour fluidifier le sang (anticoagulants) à partir d’un certain âge.

  • Maggie De Block : « Les autres (plus petites boîtes) resteront toujours bien remboursés. »

Vous passez ici sous silence le fait que vous voulez faire passer les autres conditionnements de la catégorie de remboursement B à la catégorie C. Cela signifie que le coût de ces boîtes va doubler pour l’assuré ordinaire et même tripler pour les assurés bénéficiant de l’intervention majorée. Ou bien avez-vous changé d’avis quant à cette mesure ?

Enfin, vous voulez aussi augmenter fortement le prix des sprays nasaux pour le patient. Maggie De Block : « Ici aussi, on protège les patients. Les produits vasoconstricteurs attaquent les muqueuses. Ils provoquent une addiction en cas d’emploi de longue durée. Cela cause aussi une rhinite chimique. Une étude menée par deux universités nous a montré que 49  % des patients examinés font une surconsommation. Alors que les corticostéroïdes sont plus efficaces et moins nocifs. Ils sont meilleurs pour la santé. Et il sont en vente libre, sans prescription, à un prix comparable à celui des décongestionnants naseaux. »

Vous oubliez, Madame la ministre, qu’une fois qu’un médicament est en vente libre, l’industrie pharmaceutique peut faire de la publicité ciblant le consommateur. Comme c’est déjà le cas actuellement avec les publicités télévisées pour des sprays nasaux décongestionnants en cas de rhume. Et c’est la publicité qui est l’une des raisons principales de la surconsommation de ces médicaments. Il est en effet prouvé que le publicité direct to consumer advertising est la forme la plus forte de la publicité. Votre mesure ne réduira quasiment pas l’utilisation de décongestionnants, mais elle stimulera certainement la surconsommation de sprays nasaux aux corticostéroïdes, en vente libre.

En outre, vous savez également qu'en cas de simple rhume, les sprays nasaux aux corticostéroïdes sont même contre-indiqués. Ils ne sont censés être utilisés qu'en cas de rhinite allergique ou de sinusite chronique.

  • Maggie De Block : « Et pour ceux qui doivent utiliser des corticostéroïdes de manière chronique, ils sont disponibles sur prescription, et toujours remboursés, même s’ils le sont un peu moins. »

Madame la ministre, vous pourriez dire franchement et clairement que vous voulez faire passer ces sprays nasaux de la catégorie de remboursement B à la catégorie de remboursement Cx. Cela signifie un remboursement d'encore à peine 15 % au lieu de 75 % comme c'est le cas actuellement. En conséquence, le patient paiera donc 85 % de sa poche. Ces sprays nasaux coûtent actuellement de 10 à 15 euros par flacon. Actuellement, le patient paie 2 à 4 euros de ticket modérateur. Dans la catégorie Cx, le patient paie de 8 à 13 euros, soit au moins le triple. Ensuite, les patients bénéficiant d'une intervention majorée dans la catégorie B n'ont plus de remboursement majoré dans la catégorie Cx. Pour eux, le ticket modérateur sera donc multiplié par 8.

Toutes vos mesures concernant ces trois groupes de médicaments, Madame la ministre, sont tout simplement des  mesures d’économies effectuées sur le dos du patient. Vous justifiez vos mesures en soutenant qu'elles visent à lutter contre la surconsommation, mais ce raisonnement ne tient pas la route. Ces mesures vont à l’encontre des directives de l’evidence based medicine et elles amèneront avant tout les patients vulnérables à se priver de ces médicaments, avec toutes les conséquences médicales et humaines que cela comporte.

  •  Maggie De Block : « On a diminué les prix de plus de 1 300 médicaments l’an passé. »

Les baisses de prix que vous évoquez, Madame la ministre, concernent des produits dont le brevet a expiré et qui, de ce fait, ont dû diminuer de prix. Ou il s'agit de produits qui, malgré le fait qu'ils soient depuis longtemps hors brevet, continuaient à être vendus à des prix bien trop élevés. Les marges pour faire baisser les prix des produits qui ne sont plus sous brevet sont toutefois encore bien plus grandes, ce que nous prouve l'exemple néerlandais. Il n'est donc absolument pas logique que vous fassiez payer davantage le patient pour 3 catégories de médicaments qui ne sont plus sous brevet ( sprays nasaux, anti-acide gastrique et antibiotiques).

  • Maggie De Block : « Moi, j’aimerais faire encore plus baisser la facture à charge du patient. Mais le contexte budgétaire est ce qu’il est. Je dois faire avec, en agissant pour le mieux. »

Madame la ministre, il existe bel et bien une alternative. Aux Pays-Bas, une forme d’appel d’offres – connue sous le nom de modèle Kiwi – est appliquée à l’assurance-maladie, optimalisant ainsi les prix trop élevés pour certains médicaments. Pour exactement le même médicament, même dosage et même conditionnement, l’inhibiteur d’acide gastrique Pantoprazole coûte dans une pharmacie belge 23 euros, et aux Pays-Bas 2 euros. Chez nous, l’Omeprazole coûte 15 euros, contre 1,5 euro aux Pays-Bas. Le spray nasal aux corticostéroïdes Flixonase coûte chez nous 10 euros, mais 2 euros aux Pays-Bas.

Cela fait dix ans qu’avec le PTB nous faisons campagne pour ce modèle Kiwi. Aux Pays-Bas, en Allemagne et désormais également en Suède, celui-ci est appliqué à tous les produits qui ne sont plus sous brevet. Nous avons calculé que si on ne l’appliquait qu’à un seul antibiotique comme l’Augmentin, on économiserait davantage que ce que vous voulez obtenir sur tout le groupe d’antibiotiques en faisant payer plus cher par le patient. Si nous appliquions les prix néerlandais pour le Pantoprazole et l’Omeprazole aux volumes vendus en Belgique, l’Inami et le patient économiseraient sur ces deux médicaments respectivement 51,9 et 28,2 millions d’euros en optimalisant le prix demandé par l’industrie pharmaceutique. Madame la ministre De Block, il y a bel et bien une alternative.

En savoir plus sur le modèle kiwi

 

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Commentaires

Bravo Sofie et aussi à votre confèrele docteur Dirk En espérant que Hippocrate réveillera le docteur Deblock la tirant par les pieds dans son sommeil A moins que déjà il soit trop tard que la politique la complètement écartée du chemin amenant aux soins des patients pour nous appauvrir encore et encore et enrichir le gouvernement actuel
encore une fois, je ne peux que constater que vous avez une fois de plus totalement occulter la situation des milliers de malades atteints de fibromyalgie à qui la ministre De Block à supprimer leurs 60 séances de kiné par an pour ne plus leur donner que 18 1x dans leur vie. pour beaucoup de ces malades, ces soins kiné étaient l'u, des seul traitement qui leur permettaient de tenir le coup avec cette maladie d'on il n'existe à ce jour toujours aucun traitement de guérison. notre pays compte près de 300.000 malade de cette maladie ! allez-vous vous aussi les oublier ? allez-vous vous aussi garder le silence sur cette mesure inacceptable pour ces malades qui doivent payer le prix de l'incompétence de notre ministre de la santé et de notre gouvernement tout entier qui laisse faire ? il y a là urgence pour tous ces malades qui ne peuvent plus se soigner !
Je vous remercie de tout mon cœur continuer la lutte