Raoul Hedebouw, député fédéral et porte-parole du PTB (ici avec Antoine Deltour), proposait en avril dernier à la Chambre d'envoyer un message de soutien au lanceur d'alerte. (Photo Solidaire)

LuxLeaks : les lanceurs d'alerte condamnés, les fraudeurs épargnés

Triste jour pour la démocratie. Ce 29 juin, les lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Haletont été condamnés par un tribunal luxembourgeois à respectivement 12 et 9 mois de prison avec sursis et à une amende. Ils étaient à l’origine du scandale LuxLeaks. Les fraudeurs, eux restent intouchés.

Pour rappel, le scandale LuxLeaks concernait des arrangements fiscaux très limite entre des multinationales et l’État du Luxembours, par l’entremise de la firme d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Le tout, sous le regard bienveillant de Jean-Claude Juncker, à l’époque Premier ministre luxembourgeois, qui continue aujourd’hui à sévir comme président de la Commission européenne.

Antoine Deltour et Raphaël Halet, anciens employés de la firme, avaient décidé ne pas pouvoir se taire et ont dévoilé à la presse des centaines de documents qui révélaient comment, une fois encore, les multinationales tentaient de se soustraire à toute forme d’impôt.

La Justice contre les justiciers

Malheureusement, la justice vient de décider que les fraudeurs sont moins coupables que les citoyens qui les dénoncent. Un jugement au lourd parfum de justice de classe. Ainsi, durant le procès, un policier en charge de l’enquête a livré un témoignage éloquent, dont le journal Le Monde a rendu compte : « Lors de son enquête, le commissaire Hayard a pu avoir accès au matériel informatique d’Antoine Deltour (...) Comme aucune trace de transaction financière suspecte n’a été trouvée sur ses comptes, le policier a rapidement cherché un autre motif. Antoine Deltour était "déclaré anticapitaliste", a-t-il lâché, à la barre du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Pour preuve, des propos postés sur Facebook où M. Deltour déclarait "avoir du mal à accepter" que le "commun des mortels" ne puisse pas échapper à l’impôt comme les grosses multinationales. »

Voilà qui en dit long sur les motivations qui poussent à poursuivre un homme qui a décidé de dénoncer une injustice flagrante.

Cette décision arrive alors que le ministre de la Justice Koen Geens prépare lui-même un projet de loi dangereux pour le secret des sources des journalistes.

Il est temps d'obliger nos gouvernements à poursuivre les grands fraudeurs, plutôt que de punir les citoyens qui les dénoncent.