Manif « monstre » à Paris contre la Loi Travail

auteur: 

Alice Bernard

Enorme, géant, historique. Les mots ont du mal à décrire l’événement d’hier à Paris : un million de manifestants contre la Loi Travail. Face à l’intransigeance du gouvernement (socialiste) français, la résistance ne faiblit pas, elle grandit.

En ajoutant les manifestations dans les villes de province mais aussi à Marseille, Lyon ou encore Toulouse, il y a eu au total 1 300 000 manifestants dans tout le pays. C’est la plus grande manifestation depuis le début de la mobilisation contre la Loi Travail, il y a 3 mois.

Des centaines de milliers de travailleurs, mais aussi des demandeurs d’emploi, des retraités et des étudiants ont fait le déplacement. D’autres sont restés aux piquets de leurs entreprises en grève. Comme l’explique François, délégué CGT chez Industeel, au Creusot, en Saône-et-Loire (800 salariés), fabricant de tôles pour la pétrochimie : « Nous sommes venus défiler avec une dizaine de collègues, mais 80 % du personnel est en grève. Le gouvernement essaie de nous avoir à l’usure mais on est de plus en plus mobilisés. Cette loi qui va nous faire travailler plus pour gagner moins, on n’en veut pas. »

« Comment le gouvernement peut-il continuer à ne pas écouter le peuple ? »

Après les pétitions, les manifestations, les grèves et les occupations de lieu de travail, l’intersyndicale opposée à cette loi a débuté une campagne de votation citoyenne sur les lieux de travail et dans les quartiers. De quoi confirmer ce que les sondages montrent depuis des semaines : 80 % des Français rejettent cette Loi Travail. Et tout le monde se demande combien de temps le gouvernement va rester sourd aux légitimes revendications du monde du travail.

« Le mouvement s’est installé dans la durée et on est à chaque fois plus nombreux. Tout reviendra à la normale quand le gouvernement se sera décidé à l’entendre », analyse Olivier Mateu, secrétaire de l’UD CGT 13, dans l’Humanité.

Un mouvement lancé par les jeunes

Les organisations de jeunesse avaient ouvert le bal des manifestations contre la loi Travail dès le 9 mars dernier. Quatre mois plus tard, les jeunes restent mobilisés en dépit de l’entêtement du gouvernement et des violences policières. « Je suis mobilisée depuis le début, on fait pratiquement une manifestation par semaine », s’exclame Louise, 20 ans. « On ne lâchera rien jusqu’au retrait », ajoute sa copine. « Je suis une future salariée, je veux pouvoir travailler dans de bonnes conditions et avec un salaire digne. Pas question de travailler douze heures par jour. » Lorenzo est venu lui aussi, à la veille de sa première épreuve du bac. Sa colère est aussi grande que la manif : « Comment le gouvernement peut-il continuer à ne pas écouter le peuple ? »

Eric Pecqueur, délégué CGT de Toyota Valenciennes : « Dans cette loi, il n’y a rien de bon pour les travailleurs, ça va aggraver les conditions de travail et augmenter le pouvoir des patrons. Ça ne créera aucun emploi. Dans notre usine, on est 3 600, si on passe de 35 heures à 45 heures de travail, c’est 1 000 emplois en moins. » Noël, syndiqué FO venu d’Aveyron, est parti à 3h30 du matin pour monter dans un car puis un train. « Je suis saisonnier, et ne travaille que 9 mois par an, mais je fais quand même 27 heures supplémentaires par mois. Pour le moment, elles sont majorées à 25 %, mais si on m’enlève ça, je serai encore plus précaire qu’aujourd’hui. »

La CGT doit rencontrer le gouvernement vendredi. Mais le syndicat a déjà prévu deux nouvelles dates de manifestations, « au cas où », les 23 et 28 juin.

Un bel encouragement pour tou-te-s celles et ceux qui ici en Belgique se préparent pour le 24 juin, journée nationale d’actions et de grèves contre la Loi Travail, version Peeters.

 

Ne cherchez pas trop les différences entre les (projets de) lois belge et française de « modernisation du travail ». Il n’y en a que très peu. Elles donnent aux patrons la possibilité d’allonger la journée de travail jusqu’à 11h (en Belgique) ou 12h (en France) et la semaine jusqu’à 45 ou 50 heures. Les horaires de travail pourraient être communiqués seulement un jour à l’avance. Les jeunes seront encore plus confrontés aux contrats précaires : réforme de l’apprentissage, intérim à vie... Chaque travailleur aura son « compte-carrière » personnel. La primauté sera donnée à la convention d’entreprise, ce qui remet en cause les garanties fixées par la loi et les conventions collectives sectorielles. Les syndicats sont mis hors jeu, les salariés se retrouvent seuls face au patron. En bref, liberté totale pour le patronat, recul historique des droits pour les salariés.