Photo Solidaire, Vinciane Convens

Manifestation du 6 novembre :: Témoignages de syndicalistes

Plus de 120 000 manifestants selon les estimations les plus prudentes. Nous nous sommes promenés dans la manifestation et avons rencontré quelques syndicalistes.  (Photos Dieter Boone)

Catherine Mathy, Déléguée Centrale générale (FGTB) Charleroi-Hainaut

« Je suis là avec mes collègues du secteur du nettoyage, entre autres. Nous sommes là pour dire qu’on ne touche pas à notre salaire.

Dans notre secteur, l’idée de travailler jusque 67 ans est inadmissible. Notre métier est très pénible. On va nettoyer avec une canne ?

Notre métier est très pénible. On va nettoyer avec une canne ?

Il est plus que temps de faire un cadastre des fortunes et de les taxer. Quand on sait qu’il y a eu 12 000 millionnaires en plus en Belgique l’année dernière, qu’on les fasse payer eux, pas nous.

Cette manifestation n’est pas une fin soit. On va continuer les actions. Et si on doit bloquer les entreprises qui font de gros bénéfices grâce à nous, on le fera, avec nos petits bras ! (Rires) »

 

Katrien Verwimp, Présidente de la CSC-Transcom

« Dans beaucoup de secteurs, comme le transport et la logistique, les dockers, etc. nous n’avons eu aucun problème pour mobiliser nos affiliés. Aujourd’hui, les cheminots doivent travailler mais ils sont en colère : en plus des mesures que le gouvernement fédéral qui vont les toucher de plein fouet, leur patron, Jo Cornu, n’arrête pas de faire des provocations dans la presse. Il ne faut pas s’étonner que les travailleurs du rail veuillent multiplier les actions ! Et, plus globalement, les prochaines actions de grève, dans les semaines qui viennent, sont très importantes.

Les prochaines actions de grève sont très importantes

Ce qui nous fait le plus mal dans les mesures gouvernementales, en plus du saut d’index, c’est le fait que l’on veuille prolonger les carrières sans garantie d’emplois pour les jeunes. Dans la logistique, un secteur ou les femmes sont nombreuses, on n’accepte pas que les crédit-temps diminuent.

Ce matin, on apprenait que de grandes entreprises et des riches belges avaient un accord avec le fisc pour planquer leur fortune au Luxembourg pour ne pas payer d’impôts. C’est là que l’argent est, c’est là qu’il faut le prendre. »

 

Fabian Boons et Alain Pidutti, Délégués MWB-FGTB ArcelorMittal

« Pour nous, à Arcelor, ce n’était pas facile de venir aujourd’hui car nous avons connu tellement d’actions ces derniers mois… Certains sont fatigués. Mais nous voulions venir absolument car c’est notre rôle de syndicalistes.

Cela va donner, ou redonner, confiance aux travailleurs

C’est une première manifestation. Le fait qu’elle soit aussi massive vous nous aider pour la suite. Cela va donner, ou redonner, confiance aux travailleurs.

Quand j’entends certains dirigeants politiques dirent qu’il n’y a pas d’alternative, je dis que c’est pour eux qu’il n’y a pas d’alternative. Eux veulent faire des cadeaux fiscaux aux patrons et, en même temps, toucher à l’index et geler les salaires des travailleurs. C’est le choix politique qu’ils font. C’est contraire aux nôtres et nous sommes là pour le dire aujourd’hui. »

 

Égidio Di Panfilo, Secrétaire général du SETCa Liège

« La mobilisation est un terrible succès. Les messages des syndicats sont très bien entendus par les travailleurs. Le SETCa est actif dans tous les secteurs, à part les services publics, et nous sentons que la colère des travailleurs vient de partout.

La colère des travailleurs vient de partout

On n’a jamais connu un gouvernement aussi à droite depuis la guerre. Et cette droite a des « totems » : saut d’index, pension à 67 ans, blocage salarial. Ces points là, selon nous, ne sont pas négociables. Si on accepte cela, nous ne pourrons plus revenir en arrière, ni trouver de solutions.

On vient d’apprendre que des milliardaires cachaient leur argent au Luxembourg avec l’aval du fisc. Allons chercher l’argent de ce côté.

Et on assiste à une attaque globale contre la gauche. On s’en prend aux Mutualités, aux syndicats, aux organisations progressistes. Il faut déstabiliser le gouvernement très vite pour que cela cesse. »

 

Josiane Van Acker, Permanente CSC Enseignement Bruxelles

« Nous n’avons eu aucun mal à mobiliser nos enseignants. Les travailleurs sont bien renseignés sur les mesures du gouvernement.

Dans notre secteur, des séances d’informations étaient organisées dans des écoles. Les gens répondent présents. Nous savons que l’enseignement va faire partie des secteurs qui vont être les plus touchés. Alors que les défis qui nous attendent sont immenses ! Il ne faut pas s’étonner que beaucoup d’enseignants quittent l’enseignement.

Aucune promesse que de l’emploi va être créé mais bien la promesse que les chômeurs vont être attaqués

Nous ne sommes pas ici uniquement pour nous, évidemment. C’est important de montrer notre solidarité avec les autres travailleurs. Car les 11 milliards d’euros d’austérité, c’est 11 milliards d’euros que les travailleurs vont devoir payer.

Nous n’avons aucune promesse que de l’emploi va être créé mais nous avons la promesse que les travailleurs sans emploi vont être attaqués.

Le gouvernement a fixé le cadre des négociations. Nous voulons pouvoir négocier réellement, sans ce cadre restreint par les dirigeants politiques. D’où l’importance d’une telle mobilisation. »

 

Marc Ancion, Militant MWB-FGTB Techspace Aéro

« Comme c’est la première manifestation depuis que le gouvernement est en place, il était important de la réussir. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de monde mais ce n’est pas étonnant quand on sait que tous les travailleurs, de tous les secteurs, vont être touchés.

On ne permet pas aux jeunes de trouver du boulot, vu qu’on force les anciens à rester plus longtemps

On va devoir travailler plus longtemps, payer plus cher pour des soins de santé de moindre qualité, gagner moins… On ne permet pas aux jeunes de trouver du boulot, vu qu’on force les anciens à rester plus longtemps.

Et l’ampleur de la mobilisation s’explique aussi par le fait que nous avons un gouvernement de droite radicale. Avec quelques fachos dedans.

Mais c’est plus global. Quand on regarde ce qui se passe en Europe, on voit que la droite gagne du terrain. Alors qu’on voit que cela ne marche pas du tout, l’austérité est encore et toujours appliquée. C’est notre combat de la faire reculer.

Le gouvernement veut que les millionnaires soient épargnés et que le nombre de pauvres augmente. C’est le choix qu’il fait. Quand je vois qu’on veut obliger les chômeurs à travailler bénévolement, cela s’appelle du travail forcé. Et le travail forcé, cela me fait penser à une sombre période…»

 

Mohammed Rhalini, Comité des travailleurs sans-papiers de la CSC

« Nous sommes là car, en tant que travailleurs, nous sommes invisibles. On travaille, mais on nous ne donne pas de papier. On nous fait faire le sale boulot, mais on ne veut pas que ça se sache. Nous voulons avoir les mêmes droits que les autres travailleurs.

Les déclarations racistes de certains ministres nous donnent envie de lutter

Quand on entend les déclarations racistes de certains ministres, cela nous fait peur, mais nous donne envie de lutter aussi.

Nous participons à la richesse de la société par notre travail. Et un ministre dit qu’il ne voit pas la valeur ajoutée de certaines communautés, un autre dit qu’aller à Molenbeek, c’est déjà aller à l’étranger. Ou cela va-t-il s’arrêter ? »

 

Hedwin De Clercq, Délégué principal FGTB-Métal Audi

« Les travailleurs d’Audi Forest étaient au courant des dangers qu’ils courent avec les mesures gouvernementales. Ils sont très conscients qu’ils vont être durement touchés.

Le gouvernement doit entendre les milliers de travailleurs présents

Le problème qui revient le plus souvent dans nos discussions est l’attaque contre les prépensions. Chez nous, cette année encore, nous pouvons partir à la prépension à 56 ans. Mais ce droit va nous être retiré. Mais les autres points, comme l’index ou le gel salarial, ne passent pas non plus.

Nous sommes très nombreux aujourd’hui. Le gouvernement doit entendre les milliers de travailleurs présents.»

 

 

Felipe Van Keirsbilck, Secrétaire général de la CNE (CSC)

« On n’a jamais vu ça. Les travailleurs venaient près des délégués pour leur dire : « Je veux manifester jeudi, comment je fais ? » Des travailleurs qui ne sont pas affiliés à un syndicat sont venus à notre rencontre pour venir à Bruxelles aujourd’hui. Beaucoup de gens qui n’ont jamais manifesté sont là.

Ces travailleurs comprennent que le gouvernement veut détruire notre modèle de concertation sociale.

Beaucoup de gens qui n’ont jamais manifesté sont là

On arrive au bout. Les gens voient les effets de l’austérité. L’austérité aggrave les choses, elle n’est pas le remède mais le problème.

Si on impose les plus riches, ne fut-ce que de 1 %, cela rapporte des milliards. Si on crée des emplois dans les services publics, on crée de la richesse. Si on paye les chômeurs pour du travail d’intérêt général, on crée de l’emploi. Si on réduit le temps de travail, on permet à tout le monde de travailler. L’alternative, elle est bien là.

Nous avons mis en place un jeu de massacre sur notre stand. Les gens  peuvent jeter une balle à la tête d’un ministre. Et les gens ont envie de lancer des balles sur Michel ou Jambon. Mais cette violence est symbolique. La violence du gouvernement est réelle. »

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