Photo Solidaire Françoise De Smedt

Manifestation du non-marchand : « Nous ne voulons pas devenir un secteur où c’est le profit qui compte »

Ce mardi 21 mars, pour la quatrième fois en un an, les travailleurs.euses du secteur des soins, du bien-être et de la culture ont manifesté à Bruxelles. Ils étaient plus de 15 000 à exiger des gouvernements de notre pays davantage de moyens pour le non-marchand afin d’améliorer les conditions de travail et la qualité des soins. 

Les travailleurs du non-marchand en ont plus qu’assez. Lors de la manifestation, plusieurs délégations ont constaté que, cette fois, il y avait plus de monde qui s’était déplacé à Bruxelles, et elles ont souligné : « Si le gouvernement ne répond pas à nos revendications, nous serons encore plus nombreux lors des prochaines actions – en avril pour la Wallonie et en juin au plan national. »

Des situations consternantes

Pourquoi sont-ils en colère et si déterminés ? Tout le monde a de près ou de loin, personnellement ou dans son entourage, affaire au secteur non-marchand et a entendu ou vu des situations consternantes. Dans des maisons de repos, par exemple : certaines ont un budget maximum 3 euros par jour et par personne pour tous les repas, ou réutilisent des langes pour réduire les coûts, etc. En Flandre, 15 000 personnes lourdement dépendantes vivent dans des lieux où les lits (places) sont sous-financés, et où le personnel soignant a à peine le temps d’exécuter les tâches indispensables. Des personnes âgées sont parfois mises au lit à 18 heures parce que l’équipe de nuit est insuffisante pour les coucher plus tard dans la soirée. Dans tous les secteurs du non-marchand, les travailleurs.euses ont beaucoup de raisons pour manifester.

Un nouvel accord social

Le déclencheur direct de la manifestation est le nouvel accord social qui doit être négocié pour les 5 prochaines années. Les travailleurs et leurs syndicats exigent une amélioration salariale et davantage d’engagements. Ils protestent également contre les plans de la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), qui veut supprimer les jours de dispense de prestation AFC (aménagement fin de carrière) pour les plus de 45 ans. Pourtant, en échange de ces jours de dispense, le secteur a pendant des années renoncé à une augmentation salariale.

La concertation sociale est dans l’impasse

Les négociations entamées en janvier n’ont pas encore avancé d’un millimètre. Cela fait des années que les travailleurs du non-marchand n’ont pas eu d’augmentations de salaire dignes de ce nom. Le sous-financement entraîne aussi un grand manque de personnel avec, en conséquence, une pression de travail fortement accrue. Pourtant, les divers gouvernements ne libèrent pas plus de moyens. Au contraire, ils veulent économiser encore davantage, entre autres en supprimant les jours de dispense de prestation AFC.

15 millions octroyés

Lors du tout récent contrôle budgétaire, le gouvernement fédéral a quand même libéré 60 millions pour « la police, la justice, les négociations à venir dans le secteur marchand et le fonds de transition énergétique ». En gros, cela fait 15 millions pour répondre aux besoins du non-marchand. Une somme ridicule, à peine suffisante pour 375 engagements supplémentaires, alors que rien que dans les soins aux personnes handicapées, le manque est de 2000 personnes. 

Stop au transfert vers le privé

Les soins, le bien-être et la culture ne constituent pas une priorité pour les partis au gouvernements. Au contraire, cela fait des années que les divers gouvernements économisent. Cela fait plusieurs fois que le budget du non-marchand n’a pas été indexé malgré les besoins qui ne cessent d’augmenter. Les pouvoirs publics essaient aussi de se retirer du secteur et font de plus en plus appel au privé pour financer les besoins du non-marchand.

 

Le jour même de la manifestation, le ministre de l’Économie Kris Peeters (CD&V) annonçait sa dernière initiative : il a élaboré un système dans lequel les personnes privées peuvent investir de petites sommes d’argent dans la construction d’écoles, de maisons de repos et d’institutions psychiatriques. « Vous mettez de l’argent dans une entreprise privée qui finance le projet et dès que celle-ci perçoit le loyer de l’exploitant, vous touchez un dividende. L’initiative rapporte en plus 50 millions au Trésor », a fièrement exposé Kris Peeters. Ce qu’il tait soigneusement, c’est que lorsqu’on introduit le privé dans le non-marchand, on pousse celui-ci dans le carcan du système d’entreprise, avec ses objectifs à atteindre et ses instruments de mesure propres.

Deux visions qui s’opposent

Le non-marchand risque d’évoluer vers un secteur où les pourcentages et le profit sont prioritaires. Exit une société solidaire, qui place l’être humain au centre des préoccupations et dispose de leviers structurels solides pour des soins de santé, un enseignement et une culture de qualité. Des leviers qui renforcent la cohésion sociale, financés par des moyens publics, accessibles à tous, sans que l’on tienne compte de l’épaisseur du portefeuille des personnes. C’est ce que défendent les travailleurs du non-marchand.

Il y a bel et bien de l’argent

Il y a au moins quatre sources où les gouvernements peuvent trouver de l’argent pour investir davantage dans le non-marchand.

1. Instaurer le modèle Kiwi pour les médicaments. Par des appels publics d’offres, les pouvoirs publics peuvent décider de rembourser uniquement le médicament le meilleur marché à molécule identique. Cela permettrait une économie de plus d’1 milliard d’euros. Et les patients paieraient enfin leurs médicaments moins cher.

2. Réduire les salaires exorbitants des médecins spécialistes. Médecine pour le Peuple, l’association des maisons médicales du PTB, a calculé que l’on économiserait 2 milliards d’euros par an si tous les spécialistes gagnaient un salaire équivalent à celui d’un professeur d’université. Actuellement, une grande partie de ces spécialistes gagnent au moins le double.

3. Instaurer enfin la taxe des millionnaires. Le 1 % des plus riches de la population possèdent ensemble une fortune de 420 milliards d’euros. Une taxe de 1 % sur les fortunes dépassant 1 million d’euros (hors logement personnel) rapporterait 8 milliards d’euros, dont une partie peut aller au non-marchand.

4. Économiser sur le budget militaire. Comme l’observe Mark Selleslach, du syndicat LBC-NVK : « Si le gouvernement renonce à un seul avion de chasse, nous avons directement 10 nouveaux accords sociaux. »

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Commentaires

Du personnel de santé bien traité, c'est des malades bien traités