Photo Solidaire, Martine Raeymaekers

Médecine pour le Peuple veut la consultation « sans argent chez mon généraliste »

Tim Joye et Sofie Merckx, porte-parole de la campagne de MPLP pour une médecine gratuite.

Ce matin, Médecine pour le Peuple a lancé sa campagne pour une gratuité des soins de première ligne. Un moyen de rappeler que la Belgique est un des derniers pays européens où la consultation est payante.

« En août 2014, il est ressorti d’une autre étude réalisée pour le compte de la Commission européenne, que, chaque année, 900 000 Belges reportaient une visite chez leur médecin parce qu’ils ne pouvaient pas la payer. Parmi 31 pays européens, la Belgique occupe à peine la 20e place », selon le Dr Dirk Van Duppen, généraliste à MPLP à Deurne (Anvers) et spécialiste de la santé au PTB. Ce constat, MPLP ne l’accepte pas.

Pour dénoncer cette situation, MPLP a organisé un rassemblement devant le cabinet de la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld). Une centaine de personnes (patients, médecins et autres travailleurs de MPLP) issues des quatre coins du pays s’est réunie au pied de la tour des Finances. Les manifestants voulaient « montrer de manière ludique pourquoi la consultation “sans argent” chez le médecin généraliste (tiers-payant et suppression du ticket modérateur) n’est pas seulement nécessaire, elle est aussi possible, rentable et elle améliore la qualité de notre système de soins de santé. »

Pendant cette action ludique, une mallette a été remplie avec huit objets. Chacun de ces objets symbolisait un argument : une horloge (« il est temps d’agir »), une clé anglaise (« c’est faisable »), un lecteur de carte d’identité (« c’est simple »), une balance (« c’est plus équitable »), etc.

Plusieurs avantages

L’organisation qui regroupe 11 maisons médicales au Nord, au Sud et au Centre du pays, se bat pour que la ministre des Affaires sociales, Maggie De Block, instaure immédiatement la gratuité de la médecine générale en tant que première étape en vue de répondre à cette nécessité urgente. Mais est-ce réaliste ? « Oui : soit en généralisant l’application du système du tiers payant sans quote-part personnelle ou par le paiement forfaitaire. Cette deuxième possibilité offre de nombreux avantages. C’est simple : les mutualités paient à la maison médicale un montant fixe par patient chaque mois », répond Sofie Merckx, médecin à MPLP Marcinelle et conseillère communale PTB à Charleroi. Pour cela, les mutualités paient directement au médecin, via un système électronique.

Cela a donc plusieurs avantages. « Le médecin n’a plus besoin de rédiger des notes ou de perdre du temps dans la facturation. Le patient ne doit pas apporter d’argent quand il se rend chez le médecin et l’attestation de remboursement pour la mutuelle serait désormais du passé », explique celle qui est aussi une des porte-parole de la campagne. Avant de souligner qu’« en cette ère du digital, les mutualités et l’INAMI pourraient régler les paiements de façon bien plus efficace. Le système fonctionne donc de façon nettement plus simple et il permet également d’économiser ».

L’occasion de généraliser le système du tiers-payant

A partir du 1er juillet 2015, dans le cadre de la médecine générale, le tiers-payant, c’est-à-dire le remboursement des prestations des médecins directement par les organismes assureurs (les mutuelles) deviendra obligatoire dans notre pays pour tous les patients bénéficiaires de l’intervention majorée (le statut BIM). Selon MPLP, cette mesure constitue l’occasion de généraliser ce système, conjointement à l'abolition du ticket modérateur.

Pour MPLP, « la médecine générale gratuite est aussi possible du fait qu’elle coûte relativement peu. Le montant total en tickets modérateurs pour les consultations et visites à domicile s’élève à 170 millions d’euros par an. Soit 15 % du budget des médecins généralistes et 0,6 % du budget total de l’INAMI. »

« En outre, ce coût est regagné par la nette diminution de l’actuelle administration, évitable en soi, et de la paperasserie pour le patient, le médecin, les mutualités et l’assurance maladie. Et, du fait que la médecine générale opère à un seuil aisément accessible, on pourra procéder à un usage plus rationnel de la deuxième ligne et des services d’urgence, comme dans les pays où l’on applique également la médecine générale gratuite », ajoute le Dr Van Duppen.

Une « revendication juste »

Sofie Merckx : « Se rendre gratuitement chez le médecin est également une revendication juste. Les coûts des soins de santé sont alors entièrement portés par l’assurance maladie et financés via les cotisations à la sécurité sociale et l’argent des impôts, deux mécanismes de redistribution solidaire. Cela réduit l’inégalité, du moins dans l’accès à la médecine générale. Et cela accroît l’universalité de notre assurance maladie, qui repose sur la solidarité. »

La ministre n’était pas présente à son cabinet ce jeudi 26 mars. Mais elle recevra une délégation de MPLP le lundi 30 mars. « Une belle occasion de lui dire en face que notre revendication “Sans argent chez mon généraliste” est nécessaire, faisable, améliorera la qualité et est de plus en plus soutenue par la population », conclut Sofie Merckx.

 

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Manifeste

La gratuité des soins de médecine générale est : 

nécessaire, car de plus en plus de patients sont contraints de postposer des soins médicaux pour raison financière.

bénéfique pour la qualité de prise en charge, * bénéfique pour la qualité de prise en charge, car le médecin traitant reste le mieux placé pour gérer le dossier du patient et éviter des consultations inutiles chez les spécialistes.

faisable, * faisable, grâce à l’application généralisée d’un système tiers-payant (sans contribution personnelle du patient) et le payement direct par l'INAMI de l'ancien ticket modérateur au médecin généraliste. Ou grâce à l’application du système forfaitaire.

simple, * simple, par une réduction des charges administratives pour le patient, le médecin, les mutualités et l’assurance maladie.

financièrement réalisable, le coût est en effet relativement faible.rentable, car l’investissement serait largement compensé par les nombreux effets positifs.

équitable, car nous contribuerons ensemble, chacun selon nos possibilités et nos besoins.

de plus en plus soutenue.

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Commentaires

Pourquoi l'application du tiers payant seulement pour les medecins généralites et non pas aussi pour les médecins spécialisés ? De plus, Il était question sous le précédent gouvernement d'imposer le mise en place de terminal de paiement chez les spécialistes. Les actes médicaux qui ne bénéficient pas d'une intervention mutuelle soit très couteux pour le patient. De main à la main, cela ne relevé t-il pas du black ? Une tarification non contrôlée et bien souvent établie à la tête du patient.