Mise au pas du monde du travail ? No pasaran !

David Pestieau

Gwendolyn Rutten, la présidente de l’Open Vld, n’a pas hésité à faire la promo des mini-jobs à l’allemande à 400 euros par mois1 :« Nous réclamons un système de travail flexible, accessible, payable, peut-être sur base horaire. »

Flexible, accessible et payable : ces qualificatifs sont à l’adresse des patrons. Qui devraient avoir une main-d’œuvre « payable », lisez : bon marché, sans cotisations sociales à payer. « Accessible » et « flexible » veut dire accepter n’importe quel horaire et n’importe quel chantier.

Marx l’avait déjà écrit en 1848 : « Les ouvriers, sous le capitalisme, sont une marchandise, un article de commerce comme un autre. Ils sont exposés, par conséquent, à toutes les vicissitudes de la concurrence. » Et l’État a la charge de discipliner ces « soldats de l’industrie »2.

Heureusement, le monde du travail a gagné des droits sociaux. Pour limiter les horaires de travail, augmenter les salaires, obtenir statut et protection sociale. Ces droits sont fragiles, partiels, mais réels. Et mis en cause en temps de crise. Chaque patron, chaque État veut prendre de l’avance pour acquérir un avantage concurrentiel sur ses voisins. Et, en Europe, c’est l’Allemagne qui donne le ton.

L’Allemagne compte près de 8 millions de mini-jobs aujourd’hui. Des gens qui n’auront droit qu’à une pension de 140 euros par mois. Ils sont « flexibles, accessibles et payables ». Or ces mini-jobs mettent tout le monde du travail sous pression : la peur de subir le même sort, d’être licenciés, d’être sanctionnés, d’être éjectés pousse tous les travailleurs à une spirale salariale et sociale vers le bas.

Le monde du travail a gagné des droits sociaux. Ces droits sont fragiles, partiels, mais réels. Et mis en cause en temps de crise.

Et ce modèle allemand a un partisan : François Hollande, le président socialiste français dont Paul Magnette nous assurait, il y a peu, qu’il allait faire changer l’Europe de cap. Il a déclaré à Leipzig : « Le progrès, c’est aussi de faire, dans les moments difficiles, des choix courageux pour préserver l’emploi. C’est ce qu’a fait Gerhard Schröder3 ici en Allemagne et qui permet à votre pays d’être en avance sur d’autres. »4

Nos socialistes à nous ne vont pas si loin. Ils se déclarent même horrifiés devant le modèle allemand. Mais la logique de compétitivité, elle, ils ne la remettent pas en cause. Cette logique qui fait que le critère ultime est de savoir si un pays, dans la course au profit, est « en avance sur les autres ».

C’est pourquoi nous percevons comment le gouvernement adopte de plus en plus les contours du modèle allemand. Avec l’activation des chômeurs couplée à la dégressivité des allocations, et les sanctions sévères à la clé. Avec les jobs à temps partiel et les titres-services qui explosent. Avec la ministre de l’Emploi, Monica De Coninck (sp.a), qui compte bien généraliser ses stages pour les jeunes chômeurs, sur l’exemple qu’elle a mise en place au CPAS d’Anvers où les patrons ne doivent payer des jobs qu’à 1,5 euro de l’heure.

Pour conserver ses droits, son salaire, ses horaires, son statut, le monde du travail ne peut pas accepter cette mise au pas. Il le dira le 6 juin dans les rues de Bruxelles.
 

1. De Standaard, 24 mai 2013 • 2. Marx et Enegels, le Manifeste du Parti communiste, partie I, Prolétaires et bourgeois • 3. Le chancelier social-démocrate Schröder a dirigé l’Allemagne jusqu’en 2005 et il est le père des réformes Hartz IV qui sont à l’origine du « modèle allemand » • 4. Le Monde 24 mai 2013