Photo Solidaire, Salim Hellalet

« N'acceptez jamais qu'on vous empêche de rêver d'une autre société »

Après une vérification chaleureuse et sonore de la présence des 2000 congressistes du PTB, Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB et député fédéral, a évoqué le processus démocratique du Congrès de la solidarité, l'actualité politique et les pensions, et l'ouverture des fenêtres des parlements à la réalité sociale. Il a conclu son discours par un message particulier aux jeunes.

Raoul Hedebouw a entamé son intervention sur deux « petits détails techniques » lancés sur le ton de l'humour : aux traducteurs-interprètes qui lui avaient demandé de bien vouloir ne pas utiliser deux langues dans une même phrase, il a répondu qu’il allait faire un effort, sauf pour le mot d'ordre du parti : « Nous sommes UN, Wij zijn EEN » ; il les a ensuite priés de bien vouloir traduire « Amaï » par « Oufti », et vice-versa.

Il a ensuite démarré son discours inaugural dont voici la retranscription.

Nous voulons colorier en dehors des lignes

« C’est un grand moment, aujourd’hui : c’est la clôture d’un travail d’un an où plus de 500 délégué.e.s ont travaillé d'arrache-pied pour pouvoir réaliser tous nos textes. Je rappelle qu'il y a un an nous leur avions envoyé les premiers textes. Plus de 900 pages d'amendements ont été introduits, ont été retravaillés par le bureau du Congrès et renvoyés aux différents délégués. 37 commissions se sont réunies dans les Provinces où là, à nouveau, les textes ont été enrichis. Je crois qu’aujourd’hui nous pouvoir être fiers de l’aboutissement de ce travail qui connaît aujourd’hui sa publication dans les textes que vous avez reçus à l’entrée. Au début, on voulait faire court avec 80 pages, mais, vous savez comment ça va, le rédacteur final, avec sa plume chaude et acerbe, notre président Peter Mertens, est passé par là et nous avons aujourd’hui 250 pages !

C’est effectivement un moment important de notre congrès ! Pourquoi ? Parce que, par ce 9e Congrès du Parti du Travail de Belgique, nous voulons donner un signal clair : nous, en tant que parti de gauche, nous voulons écrire en dehors du paradigme, être en dehors du paradigme politique que pratiquent aujourd’hui en Belgique tous les partis traditionnels. Nous ne sommes pas un parti comme les autres. Nous voulons colorier en dehors des lignes, en rouge certes, mais de toute façon en dehors des lignes !

Photo Solidaire, Geertje Franssen

Par exemple, un débat important pour nous est bien sûr la question des pensions. Je ne sais pas si vous avez remarqué que tous les partis disent en chœur « Nous vivons plus longtemps, donc nous devons travailler plus longtemps ». Tout le monde dit ça, parfois d’une manière un peu plus libérale qu’une autre, mais ils sont tous d’accord : nous devons travailler plus longtemps parce que nous vivons plus longtemps.

Pourquoi ? Pourquoi faudrait-il que ce soit comme ça ? Réfléchissons un peu : historiquement parlant, c’est justement parce qu’un jour, nous avons commencé à travailler moins que nous avons commencé à vivre plus longtemps ! C’est juste le contraire !

C’est justement parce qu’un jour, nous avons commencé à travailler moins que nous avons commencé à vivre plus longtemps

Et puis, après, ils disent toujours : « Raoul, il n’y a pas d’argent. On ne peut plus payer les pensions. » Comment ça, pas d’argent ? Je ne sais pas si vous avez suivi l’affaire. la semaine dernière, Ludwig Verduyn a publié son « top 500 ». Vous connaissez peut-être le « top 100 de Studio Brussel », eh bien il existe le « top 500 de Ludwig Verduyn ». Et que voit-on dans ce top 500 ? On voit que le numéro 1, la plus grosse fortune du « top 500 de Ludwig Verduyn », c’est la famille de Spoelberch.

Hé bien, ces quinze dernières années, la famille de Spoelberch a vu augmenter sa fortune au facteur 77 : elle possède aujourd’hui une fortune 77 fois plus grande qu’il y a quinze ans. Ce qui amène le montant de la fortune de la famille de Spoelberch à 43 milliards d’euros. Hé bien, nous avons calculé que, si on appliquait une taxe des millionnaires de 1% aux 25 plus grosses fortunes de Belgique, on pourrait, ici en Belgique, chers amis et camarades, augmenter de 130 euros les pensions d’1,9 million de pensionnés !

Chaque fois qu’on dit ça au Parlement, les libéraux sont nerveux. Charles Michel dit toujours qu’il y a un parti qui désinforme la population. Marco et moi, on est assis derrière, les élèves du fond de la classe. Et alors là, il y a tout le Parlement qui se retourne vers nous. Et Marco moi on se retourne aussi. Quoi, vous croyez que c’est nous ? Ils n’ont toujours pas compris. Nous ne désinformons pas la population, Monsieur Michel. Ce que nous faisons, et c’est ça la question importante aujourd'hui, c’est que, quand le mouvement ouvrier a dit qu’il fallait la semaine de 36 heures, vos grands-parents idéologiques ont dit que c’était irréaliste. Quand le mouvement ouvrier a dit qu’il fallait retirer les enfants des mines, votre mouvement idéologique a dit que c’était irréaliste. Quand le mouvement ouvrier a dit qu’il fallait des congés payés, vos partis de droite ont dit que c’était irréaliste. Aujourd’hui, c’est de ce réalisme du mouvement ouvrier que le PTB s'inspire pour appuyer vos combats, camarades !

Alors, je voudrais aussi adresser un message à Paul Magnette : « Paul, on n’est pas toujours d’accord, mais il y a un point sur lequel nous sommes d’accord. Quand tu dis que "la gauche ne meurt jamais", tu as raison, et elle est présente ici, au congrès du PTB ! »

Comme élus du PTB, nous amenons la réalité sociale dans les parlements

Nous nous sommes engagés comme députés du PTB à ouvrir les fenêtres du Parlement. Bon, première chose, il n’y a pas de fenêtres. Il n’y a rien qui rentre et rien qui sort. Finalement, avec Fred, avec Youssef, on a cherché les fenêtres et on ne les a pas trouvées. On s’est engagés auprès de nos membres, auprès de nos électeurs, à faire remonter la réalité sociale. On peut ne pas toujours être d’accord avec le PTB, mais ce qui est clair, c’est que nous apportons cette réalité sociale. Nous, avec les élus du PTB, dans le Parlement, nous rapportons que c’est impossible pour un travailleur qui fait les pauses, pour un travailleur qui travaille dans les hôpitaux ou comme enseignant, de travailler jusque 67 ans.

Oui, nous, les élus du PTB, nous apportons cette réalité qu’effectivement c’est difficile pour des travailleurs de payer leurs factures à la fin du mois, et que oui, c’est difficile d’encaisser un saut d’index. Nous, les élus du PTB, nous apportons la réalité qu’effectivement la flexibilité à outrance qui fait que l’on travaille 24 h sur 24 fait que l’on n’a plus de vie privée pour passer du temps avec sa famille, ses amis ; nous apportons une réponse à cela dans les Parlements. Nous voulons continuer cela.

La semaine passée, d'ailleurs, j’ai eu le plaisir de voir passer une délégation de jeunes en visite dans le Parlement. Les jeunes m’ont posé cette question : « M. Hedebouw, ça change quoi, d’être député ? » Je leur ai dit : « Un député tout seul ne peut rien changer, parce que le seul moment où nous avons vu le gouvernement Michel et les ministres Michel et Peeters avoir peur, c’était entre le 15 octobre et le 15 décembre, lorsque la lutte sociale s’organisait dans la rue. » 

Photo Soildaire, Geertje Franssen

Ensuite, j'ai posé un petit défi aux jeunes : « Pendant deux heures, vous allez chercher dans le Parlement une représentation d’un travailleur et la prendre en photo avec votre GSM. » Deux heures plus tard, ils sont revenus, bredouilles. C'est ça qu’il faut changer, camarades ! 

On le voit en Grèce, au Portugal, en Espagne : la jeunesse est dans la rue, la jeunesse se mobilise

Je voudrais finir ce discours d’introduction par un message aux jeunes qui sont en nombre aujourd’hui dans la salle. Vous être l’avenir de la société, vous êtes l’avenir du rapport de force. On le voit en Grèce, au Portugal, en Espagne : la jeunesse est dans la rue, la jeunesse se mobilise. Eh bien, aujourd’hui, je veux vous donner un signal fort : vous avez plus que votre place dans notre parti, vous êtes le futur du combat ! Mais laissez-moi vous dire une chose : quand des politiciens vous disent qu’il faut les croire sur parole, quand les partis traditionnels vous disent que vous êtes irréalistes avec vos rêves, qu’il faut être réaliste, qu’on ne peut pas faire ce pourquoi vous vous battez, que vous devez accepter la réalité comme elle est, ne les écoutez jamais !!! Ayez confiance en vous pour mener le combat ! Soyez réalistes, exigez l'impossible ! » 

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