Peter Mertens, ce vendredi 1er Mai à Anvers. (Photo Solidaire, Sofie Sas)

« Nous sommes la gauche qui ose sortir des sentiers battus, avec un projet positif »

A l'occasion de ce 1er Mai, le président du PTB a appelé à la solidarité avec la Grèce, a présenté la campagne du PTB pour la semaine des 30 heures et a affirmé que le seul tax shift dont nous avons besoin, c'est une taxe des millionnaires.

Commençons ce 1er Mai à Athènes

Avant d’être un jour de fête, le 1er Mai est un jour de lutte. Commençons donc celui-ci à Athènes. Mercredi dernier, Paul de Grauwe écrivait dans De Morgen que « la raison semble être davantage à Athènes qu’à Bruxelles ».

Pendant des années, la Grèce a servi de laboratoire. Un laboratoire pour tester jusqu’où on pouvait aller. Jusqu’où on pouvait aller dans la destruction du tissu social du pays. Jusqu’où on pouvait aller dans le démantèlement du marché du travail. Jusqu’où on pouvait aller dans la dissolution des services publics.

Le bilan des ravages de cette expérimentation est stupéfiant, chers amis et camarades. 

La moitié des jeunes Grecs sont sans emploi. Un cinquième des Grecs n’ont pas assez pour payer le logement, l’électricité, pour acheter de quoi manger. Un tiers de la population n’a plus d’assurance-maladie, et tout le système des soins de santé est anéanti.

L'Europe veut que la Grèce reste à genoux, pour ensuite mettre à genoux les autres peuples d'Europe.

Les Grecs ont dit non. Ils ont choisi un gouvernement qui mette fin à cette crise humanitaire. Et le gouvernement grec ne manque pas de détermination pour agir : en relevant le salaire minimal, en redonnant aux gens l’accès à l’eau, à l’électricité, au logement. Des droits fondamentaux, camarades, parce que nous en sommes arrivés à ce point-là.

Ce sont des propositions raisonnables, au nom du sens humain, au nom des enfants qui vont à l’école en ayant faim, au nom des gens qui n’ont plus d’assurance-maladie. Mais, depuis fin février, à peu près chaque liste de réformes sociales a été rejetée par les dirigeants européens. Les gouvernements européens, quelle que soit leur couleur, s’en tiennent obstinément à leur politique dépassée d’une austérité impitoyable, au modèle qui profite au seul 1 %. Ils veulent coûte que coûte que la Grèce reste à genoux, pour pouvoir continuer le processus avec les autres peuples. 

La Grèce a besoin de solidarité. Et la solidarité, ce n’est pas octroyer de nouveaux prêts qui étranglent le pays et profitent uniquement aux grandes banques et aux riches oligarques. La solidarité, cela signifie un rééchelonnement de la dette, tout comme l’Allemagne l’a obtenu en 1953. Et la solidarité, cela signifie que, partout en Europe, nous fassions entendre la voix déterminée de la raison et du bons sens humain face à l’extrémisme financier et économique de l’establishment européen.

La semaine des 30 heures : une vision du 1er Mai d’une gauche qui ose

Camarades, nous devons sortir de l’actuel statu quo en Europe. Plus que jamais, la gauche a besoin de sa propre voie, de son propre projet qui ose colorier en dehors des lignes.

Nous devons à nouveau nous inscrire dans une vision d’un 1er Mai du renouveau, une vision de 1er Mai d’une gauche qui ose.

La gauche a grandement besoin d'une histoire, d'oser sortir des sentiers battus

Le 1er Mai est né en tant jour de lutte pour la diminution du temps de travail. Lorsque les travailleurs prestaient des journées de 12 heures et de 14 heures et que le mouvement ouvrier a proposé la journée des 8 heures. Il y a précisément 125 ans, le 1er Mai 1890, des actions étaient organisées dans le monde entier pour la journée des 8 heures.

A l’époque, cette revendication était tout simplement considérée comme une pure folie. Si les ouvrières du textile et les mineurs travaillaient moins longtemps, tout allait faire faillite. Rien de tel ne s’est produit. Les pionniers du mouvement ouvrier ont tenu bon et, en 1921, ils ont fini par arracher la journée des 8 heures.

Camarades, nous devons mettre sur la table le débat sur la productivité. Celle-ci a explosé depuis les années 1960. Nous produisons toujours plus et avec toujours moins de gens. Mais, en même temps, nous assistons à une explosion des burn-out et du stress.

Nous sommes face à un contraste énorme. D’un côté, le burn-out et le stress sont devenus la maladie du 21e siècle : des travailleurs qui sont épuisés et n’ont plus de temps pour quoi que ce soit. Et, de l’autre, plus de 600.00 chômeurs. Nous devons oser réfléchir à un autre modèle pour le travail.

La semaine des 30 heures est une proposition positive. C’est une proposition saine : elle fait diminuera les dépressions et les burn-out. C’est une proposition honnête : elle crée un meilleur rapport entre le travail rémunéré et le travail domestique, ce qui favorise un rééquilibrage des tâches entre hommes et femmes. C’est une proposition qui crée de l’emploi, et d’une manière durable. Et c’est une proposition « démocratisante » : elle mène à plus de temps libre pour être actif, pour lire, pour étudier, pour faire du sport et des loisirs culturels, pour s’impliquer dans la collectivité.

C’est déjà ce qu’applique aujourd’hui la ville de Göteborg, en Suède. C’est aussi ce que revendiquent les syndicats allemands, et de plus en plus de centrales syndicales chez nous. Et c’est également ce que veulent les mouvements de femmes, comme Femma et le Vrouwen Overlegkomitee (VOK).

C’est ce que nous proposons aujourd’hui, en ce 1er Mai. Nous inscrire dans la vision combative des pionniers du 1er Mai, avec des propositions audacieuses. Redistribuons le travail, vive la semaine des 30 heures !

« La gauche doit être combative, et la gauche doit également être généreuse »

Pour finir, chers amis et camarades, nous devons parler du tax-shift.

Sept années se sont écoulées depuis le début de la crise bancaire. Nous avons énormément payé pour cette crise. En tant que personnes, ménages, familles, société : des bus sont supprimés, des bibliothèques sont fermées, et le contrôle sur les chômeurs va jusqu’à la surveillance de leur facture d’électricité. Ça, c’est un côté de l’affaire.

Le seul taxshift dont nous avons besoin, c'est la taxe des millionnaires.

De l’autre côté, c’est l’impunité : LuxLeaks, SwissLeaks, les diamantaires qui doivent payer à peine un demi-pourcent d’impôt. Nous n’avons pas besoin d’un tax-shift à la shérif de Nottingham. Nous avons besoin d’un tax-shift à la Robin des Bois : une taxe des millionnaires.

Que les banques et les millionnaires mettent aussi la main au portefeuille n’est rien de plus que de la démocratie élémentaire.

Oui, avant d’être un jour de fête, le 1er Mai est un jour de lutte. Et les raisons de lutter sont bien assez nombreuses. Contre le saut d’index qui coûtera facilement 34 000 euros en 25 ans à un ménage ; contre le relèvement de l’âge de la pension – avec une pension moindre par-dessus le marché ; contre les augmentations d’impôts qui, pour être cachées n’en sont pas moins réelles ; contre la casse sociale que mène ce gouvernement.

On ne lutte pas seulement « contre », mais aussi « pour ». Nous avons un projet positif et une vision positive du monde. La gauche doit être combative, et la gauche doit également être généreuse. Une gauche généreuse non pas pour obtenir des postes, non par pour son intérêt personnel, mais pour le progrès social et écologique. Pour l’instauration de la semaine de 30 heures, pour des impôts justes et pour un taxe des millionnaires comme premier pilier. Pour une société qui connaît la valeur des services publics et qui a du respect pour ceux qui les dispensent. Pour le maintien de la loi Major, mais tout autant pour de bonnes conditions de travail dans tous les autres secteurs. pour une société qui dit haut et fort non au racisme. Pour une société ouverte et solidaire où ce que les gens ont comme voix au chapitre n’est pas déterminé par la grosseur de leur portefeuille, mais où tout le monde est sur un pied d’égalité. Pour une société qui opère un véritable tournant écologique, et qui fait passer la santé avant les pétrodollars. Bref, pour une société où les gens passent d’abord, et non le profit.

Peter Mertens