Photo Solidaire, Karina Brys

Pensions : Le gouvernement choisit des experts… du même avis que lui

Mercredi 13 mai au Parlement, le député PTB Raoul Hedebouw a dénoncé le choix des experts de la commission de réforme des pensions mise sur pied par le gouvernement : « Dans cette commission, il n'y a pas de pluralité d’avis, mais un consensus idéologique, qui consiste à dire qu’il faudra travailler plus longtemps pour financer nos pensions. C'est problématique. »

Mercredi 13 mai, un Projet de loi portant création d'un Comité national des Pensions, d'un Centre d'expertise et d'un Conseil Académique a été adopté au Parlement. Sans les voix des deux députés du PTB. Voici l'intervention de Raoul Hedebouw.

Raoul Hedebouw : « Le plus gros problème pour nous, c’est l’homogénéité idéologique dans la composition de cette Commission de réforme des Pensions à laquelle vous donnez un statut officiel par ce projet.

Comme parti de gauche, nous regrettons qu’il n’y ait pas, dans cette commission, de pluralité d’avis sur la gestion de nos pensions. Le consensus idéologique, qui consiste à dire qu’il faudra travailler plus longtemps pour financer nos pensions, est problématique. Permettez le débat et cessez de choisir des experts qui sont du même avis que vous !

Tous les experts ne partagent pas votre vision de l’allongement des carrières !

Dans le rapport de la Commission pour la réforme des pensions, on peut lire que malgré le renforcement futur des conditions de carrière et d’âge, il conviendra de continuer à faire preuve d’une flexibilité suffisante.

Il faut garantir le pluralisme dans cette commission ! Tous les experts ne partagent pas votre vision de l’allongement des carrières ! Certains considèrent qu’il n’est pas indispensable de travailler plus longtemps, mais qu’on peut consacrer aux pensions une partie des richesses produites en Belgique, qui ont augmenté d’un facteur 4 depuis 1960. En 2060, 14 à 15 % de notre PIB devraient être consacrés aux pensions, mais c’est déjà le cas dans d’autres pays…

Le ministre affirme que le Comité disposera d’une certaine marge de manœuvre, alors même que le gouvernement a déjà pris toutes les décisions en la matière. Mon parti n’est pas le seul acteur à dénoncer cette situation, puisque les syndicats ont diffusé un communiqué de presse à ce sujet. Selon le ministre, le Comité devra prendre une décision concernant l’instauration d’un système à points, la définition des métiers lourds et le régime des pensions à temps partiel. Pourtant, le gouvernement a déjà tranché les principales questions y relatives. Le gouvernement déclare que le système à points permettra de mieux valoriser le travail. En réalité, les périodes de chômage, de crédit-temps et d’interruption de carrière seront moins valorisées. Le ministre entend harmoniser les pensions. En pratique, les pensions des fonctionnaires seront progressivement réduites jusqu’au niveau du secteur privé. Les conséquences de la nouvelle crise financière et économique seront directement répercutées sur les retraités.

Vos propositions visent à faire varier les pensions en fonction de la situation économique, de l’argent produit, de la productivité des entreprises. Tel est l’enjeu de la réforme des pensions par un système à points ! Il y a également la liste des métiers lourds.

 Vous pouvez compter sur ces voix à l’extérieur du Parlement pour continuer le combat contre votre réforme

Le gouvernement a décidé que les prépensions pour les métiers lourds seraient reculées à soixante ans avec une carrière de quarante ans. Vous n’allez pas demander l’avis du Comité, puisque vous avez tranché.

Il nous faudra encore discuter de ce qu’est un métier lourd.

De plus en plus de métiers deviennent lourds : enseignant, ouvrier en sidérurgie ou dans le monde hospitalier. Dans une des économies les plus productives au monde, il s’agit de donner du repos aux anciens qui le désirent et de permettre à des jeunes de prendre leur place dans le monde du travail. Voilà la question idéologique qui est posée ! Or, le comité que vous voulez officialiser ne dispose d’aucune marge de négociation dans ce domaine. Nous désapprouvons la philosophie générale de votre réforme !

Le Bureau du Plan dit que travailler plus longtemps induit une non-réduction du chômage et a une implication sur le chômage des jeunes. Je souhaite vous entendre à ce sujet car les libéraux prétendent, sans le prouver, que la mesure n’aura aucune répercussion. Je vous demande de sortir du carcan libéral prolongeant une situation de crise et l’épuisement des travailleurs et de redonner sa place à la négociation avec les partenaires sociaux. Si je ne vous convaincs pas, j’espère que le mouvement social vous fera reculer d’un pas.

(…)

Vous vous réjouissez de l’unanimité des avis. Moi, je regrette ce consensus mou selon lequel il faut à tout prix travailler plus longtemps. Votre concertation vise à imposer cette réforme. Vous voyez bien que les gens sont dégoûtés. Vous utilisez des pseudo-arguments rationnels, mais d’autres réformes des pensions sont possibles ! Vous ne compterez pas sur nos deux voix lors du vote et cela ne vous dérangera sans doute pas beaucoup. Vous pouvez par contre compter sur ces voix à l’extérieur du Parlement pour continuer le combat contre votre réforme. »


 

Ajouter un commentaire