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Peter Konings, délégué principal FGTB pétrochimie, 5e au Parlement flamand, Anvers

« La déduction des intérêts notionnels réduit le tarif normal pour les sociétés de 33,99 % à 2 ou 3 %. Et moi-même, je paie combien ? 35 %. »

« Je travaille dans une multinationale pétrolière française. Qui, sur ses bénéfices en Belgique, ne paie pratiquement rien comme impôt. Quelques petits pour cent sur un bénéfice de millions et de millions d’euros. Un très beau cadeau que l’entreprise se voit accorder, naturellement, grâce à la déduction de l’intérêt notionnel. Ils peuvent déduire leur propre capital pour 3,5 % de leurs impôts. Cela réduit le tarif normal pour les sociétés de 33,99 % à 2 ou 3 %. Et moi-même, je paie combien ?  35 %.

Le milliardaire Albert Frère, qui est un important actionnaire de la multinationale pour laquelle je travaille, paie moins d’impôts que la femme de charge. Et même si on compte vraiment en euros.

En fait, des tas de gens ne savent pas très bien ce que c’est, les intérêts notionnels. Le mot “notionnel” n’existe même pas. Le ministre des Finances de l’époque, Didier Reynders (MR), a inventé ce mot en se disant que personne ne se demandera ce que ça veut dire. Les intérêts notionnels ont été vendus en leur temps avec l’argument prétendant qu’ils allaient favoriser la création d’emplois. Mais ces multinationales peuvent bien profiter de la mesure sans qu’elles soient forcées d’engager ou de conserver des gens à leur service. Aucune condition n’est liée à la chose. 

Et les entreprises qui recourent le plus aux intérêts notionnels licencient encore des travailleurs. Même si elles investissent. Ils automatisent et investissent, mais embaucher des gens, ils le font rarement. 

Les entreprises ont également de gigantesques postes à déduction. Quand on voit la feuille d’impôt d’un simple particulier, c’est déjà énorme s’il remplit 10 ou 15 articles en tant que postes à déduction. Mais, pour une telle société, il y en a des bouquins entiers. Cela a tout simplement été fait pour et par les multinationales afin qu’elles ne paient pas d’impôt. 

Avec la déduction des intérêts notionnels, les entreprises qui ont la plus grande capacité financière ne contribuent tout simplement plus au système. C’est asocial. Aussi le système doit-il être supprimé. 

La taxe des millionnaires aussi, j’estime que c’est une très belle solution pour rendre la fiscalité à nouveau plus équitable. Ces millionnaires ne la sentiront pas, mais nous, en tant que communauté, nous le sentirons bel et bien. L’introduction d’un impôt sur les fortunes et la levée du secret bancaire, c’est une logique purement sociale. »