Plus de 10 000 personnes pour le fait d’aller « sans argent chez le médecin »

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Webteam PTB

Ce 1er juillet entre en vigueur le « tiers payant » obligatoire pour les personnes bénéficiant d’une intervention majorée (c’est-à-dire 1,8 million de Belges). Et également ce 1er juillet, le cap des 10 000 personnes ayant signé la pétition « Sans argent chez mon généraliste » a été dépassé. Cette campagne de Médecine pour le Peuple, le réseau de maisons médicales du PTB, vise à supprimer tout seuil financier dans l’accès aux soins médicaux de première ligne. Pour tous.

Ce 1er juillet, près d’1,8 million de patients qui bénéficient de l’intervention majorée ne devront plus payer qu’un ticket modérateur d’1 euro, et le médecin se verra donc payer directement ses prestations par les mutuelles. Jusqu'à présent, c'était toujours le patient qui devait demander ce « tiers payant », et le médecin n'était pas obligé d’accepter. La mesure constitue donc un important pas en avant dans l’accès aux soins médicaux de première ligne.

    Un certain nombre de médecins se déclarent néanmoins mécontents de cette mesure. Certains opposent des objections de principe et veulent pouvoir décider eux-mêmes si le patient peut, oui ou non, recourir au tiers payant. Le Dr Tim Joye, de Médecine pour le Peuple et spécialiste du PTB sur les questions de santé, réfute cette vision conservatrice de la médecine : « Ces médecins conservateurs veulent sauvegarder coûte que coûte la position privilégiée du médecin. Pour nous, la santé est un droit et elle doit être accessible à tous. Aujourd'hui, 900 000 Belges reportent une visite chez le médecin pour des raisons financières. N’est-il pas plus que normal que l'État intervienne pour protéger les droits du patient ? »

    Mais l’application de cette mesure sociale cause aussi de réels soucis pratiques aux médecins, entre autres par la mise en œuvre de la facturation électronique, toujours pas au point. « C’est regrettable, estime Tim Joye, car cette mesure sociale ne devrait en effet pas entraîner de surcharge administrative pour le médecin. » La ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), doit assumer ses responsabilités. Marco Van Hees, député PTB au Parlement fédéral, était déjà intervenu au Parlement pour mettre en garde sur le manque de communication sur l’organisation pratique aux médecins à l’approche de l’échéance du 1er juillet : « Il est inconcevable que des médecins ne sachent toujours pas où l’on en est le jour même où la loi doit entrer en vigueur. S’il y a des problèmes techniques, ce n’est donc pas une question difficultés technologiques, mais de volonté politique de mener le système à bon port. »

    De plus en plus de personnes soutiennent des soins de première ligne universellement accessibles. Dans 15 des 27 pays de l’Union européenne, la consultation d’un médecin généraliste est gratuite. Il y a quelques mois, 22 personnalités du monde universitaire et médical ont lancé un appel pour que l’on puisse se rendre sans argent chez le médecin généraliste. Des organisations citoyennes comme la Plate-forme flamande des patients, la Ligue des familles ou le Réseau de lutte contre la pauvreté plaident depuis des années en faveur d’un tiers payant généralisé. Le Livre blanc pour l’accessibilité de nos soins de santé, rédigé par Médecins du monde et l’INAMI, défend la même idée. Les plus de 10 000 signatures récoltées en soutien à la pétition de Médecine pour le Peuple prouve que, dans la population également, il existe une large base en faveur de la revendication de ces organisations. Tim Joye : « La suppression des seuils financiers pour la première ligne constitue bel et bien une priorité. Nous poursuivrons notre campagne de pétition dans les mois qui viennent et prévoyons de nouvelles actions pour l’automne, en espérant que de nombreux autres acteurs sociaux s’y joindront. »

    « Pour tous les partisans d’une médecine de première ligne gratuite, il importe que l’application du tiers payant social entre en vigueur sans tracasseries administratives, souligne Tim Joye. Si cette facturation électronique fonctionne bien pour l’ensemble des 1,8 million de patients, la base en faveur d’une extension s’élargira rapidement chez les médecins. Car cette extension vers la généralisation est nécessaire. Le problème de l’accessibilité n’est pas une ligne de démarcation nette entre le oui et le non, mais il couvre toute la société à des degrés divers. Ce gouvernement se distingue par le démantèlement des acquis généraux et leur remplacement par des mesures sélectives pour les plus démunis. Mais, là où une politique sélective de la pauvreté est menée, il y a toujours des gens qui se retrouvent sur la touche. »

 

 

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Pour une médicine plus humane