Manifestation des gilets jaunes à Paris. (Photo Flickr/KRIS AUS67)

Pourquoi les gilets jaunes ne sont pas tombés dans le piège tendu par Macron

Macron a fait ce lundi 10 décembre un discours qui était censé rencontrer les attentes des gilets jaunes de France. Mais son discours est essentiellement un piège tendu aux gilets jaunes. Un piège dans lequel de très nombreux gilets jaunes ne sont pas tombés. Ils annoncent la poursuite du mouvement et « l’Acte V » de la mobilisation.

Macron recule un peu pour relâcher la pression

Il y a quelques jours, sous la pression du mouvement des gilets jaunes en France, le gouvernement annonçait la suspension pour 6 mois des hausses de taxes prévues sur le carburant. Voyant que cela ne calmait pas la colère de la « France d’en bas », quelques heures après cette annonce de suspension, le président Macron annonçait qu’il ne s’agissait pas d’une suspension mais bien d’une annulation pour toute l’année 2019. Une première victoire du mouvement qui n’a pas calmé la mobilisation comme le président français l’espérait. Cela a décuplé l’enthousiasme des gilets jaunes. Hier soir, l’Elysée tentait à nouveau de reprendre la main et de mettre un terme à la fronde sociale. Le peuple pensait être entendu mais il n’en est rien. Macron veut continuer à prendre de l’argent dans notre portefeuille pour nous le donner. Eclairage.

Pour Macron, on ne touche pas aux riches

Une grande exigence du mouvement des gilets jaunes en France était le rétablissement de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune) que Macron a lui-même supprimé. Un point de départ au rétablissement d’un peu de justice fiscale dans le pays. Mais non. Macron est très clair là-dessus : « Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l’impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé. Vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s’affaiblissait. » Selon Macron, avec l’ISF, les plus riches partaient et la France devenait plus faible. Mais peut-on croire celui qui était jusqu’il y a peu associer-gérant de la banque d’affaire et de gestion de fortunes Rothschild & Cie ? Non, affirme le célèbre économiste français, Thomas Piketty : Macron cherche « à justifier la suppression de l’ISF par l’idée que cet impôt suscitait une hémorragie des patrimoines hors de France. Le problème est que cette affirmation est totalement fausse d’un point de vue factuel. On observe depuis 1990 une hausse spectaculaire et continue du nombre et des montants des patrimoines déclarés à l’ISF. Cette évolution a eu lieu dans toutes les tranches de l’ISF, en particulier dans les plus élevées. »1

Dans les propos du président français, on a beau chercher une rupture avec sa logique ultra-libérale, on n’en trouve pas. Et pour cause. Il continue sa politique de cadeaux aux plus riches, et c’est donc bien avec des nouvelles coupes dans les dépenses publiques qu’il veut aller chercher l’argent…

100 euros en plus pour le SMIC ?

Macron annonce 100 euros pour les bénéficiaires du SMIC (le salaire minimum français)… Enfin de l’oxygène pour les plus petits salaires ? Plutôt un cadeau empoisonné. Tout d’abord, l’annonce est à relativiser car elle intègre en partie des hausses déjà prévues. Mais, plus fondamentalement, la question de savoir qui va payer cette augmentation se pose. Si ce ne sont pas les employeurs, si ce ne sont pas les grosses fortunes, si ce ne sont pas les multinationales… alors, la facture va être présentée aux autres travailleurs (ceux qui gagnent plus que le SMIC), aux chômeurs, aux malades ou au pensionnés. Ou à tout le monde sous forme d’augmentation de nouvelles taxes. Ces 100 euros semble être une fausse bonne nouvelle.

La baisse de la CSG pour les pensionnés ?

Comme beaucoup de gouvernements en Europe, Macron s’est attaqué de manière violente aux pensionnés. Avec deux mesures très fortes. D’une part, l’augmentation de la « contribution sociale généralisée » (CSG). D’autre part, l’équivalent d’un presque triple saut d’index. Normalement, lorsque les prix augmentent, les pensions françaises augmentent dans les mêmes proportions. Le but est que les pensionnés ne perdent pas de pouvoir d’achat au fil des ans. C’est comme notre système d’indexation automatique. Mais le gouvernement français a décidé de n’accorder aucune indexation en 2018 et une revalorisation de maximum 0,3 % pour les année 2019 et 2020. Bien en-dessous de l’inflation attendue pour ces deux années. Et, en même temps, le gouvernement fait exploser le prix des carburants. Donc, cela se traduit par des centaines d’euros de pouvoir d’achat perdu par les retraités français. Pas étonnant qu’on les retrouve en nombre aux côtés des plus jeunes gilets jaunes. Hier soir, Macron a annoncé qu’il reculait en partie sur une de ses mesures. Les retraités gagnant moins de 2 000 euros ne devront plus subir l’augmentation de la CSG en 2019 et 2020. C’est une petite victoire. Mais Macron maintient la non-indexation des pensions pour 2018, 2019 et 2020. Un triple saut d’index, donc.

De plus, Macron a déclaré : « J’entends que le gouvernement poursuive l’ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant 18 mois ; nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l’État, de l’indemnisation du chômage et des retraites. » Il entend donc bien forcer une réforme des retraites qui ressemblera à « notre » réforme des pensions, avec un système par points… Ce qui abaissera encore la retraite des travailleurs de France.

La défiscalisation des heures supplémentaires : un bonne chose ?

Macron annonce une défiscalisation complète des heures supplémentaire. Il s’agit de la réhabilitation d’une vieille mesure de l’ex-président de droite Nicolas Sarkozy. Son fameux « travailler plus pour gagner plus »... Le but est d’encourager au maximum les heures supplémentaires. Mais la défiscalisation de ces heures est-elle une victoire ? Pas du tout. Pour quatre raison raisons :

1. Beaucoup de travailleurs qui ont un métier pénible et en plus sont mal payés ne réclament pas en premier lieu de faire des heures supplémentaires. Ils réclament de vivre dignement de leur travail. Travailler plus, leur corps ne pourrait bien souvent pas le faire de nombreuses années. Macron dit avoir entendu la détresse de « la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n’a pas les moyens de faire garder les enfants et d’améliorer ses fins de mois et n’a plus d’espoir ». Mais que propose Macron à cette mère célibataire ? De voir encore moins ses enfants en l’encourageant à travailler toujours plus pour nouer les deux bouts ?

2. Les travailleurs des pays qui ont poussé au développement des heures supplémentaires pour soi-disant gagner plus ont vu leur salaire baisser. Comme l’Espagne par exemple. Et c’est bien compréhensible. Plutôt que de se battre collectivement pour des augmentations de salaires, ces systèmes poussent les travailleurs à travailler plus pour tenter d’améliorer la fin du mois. Mais sans combat collectif, les salaires réels finissent toujours pas baisser et finalement tout le monde est perdant.

3. La suppression des cotisations sociales et de l’impôt sur les heures supplémentaires doit être compensée d’une manière ou d’une autre. On supprime les cotisations sociales un jour et le lendemain, on annonce que les caisses de la sécurité sociale pour les pensions sont vides. Il faut donc « travailler plus longtemps ou diminuer les pensions ». Macron prend donc de l’argent dans notre portefeuille pour nous le donner…

4. La suppression des cotisations sociales ne va en rien améliorer le salaire direct des travailleurs. Il s’agit là, une nouvelle fois, d’un cadeau aux entreprises qui doivent payer moins de salaire (indirect).

Répression du mouvement, vide démocratique, écologie punitive… 

Pour le reste, les annonces de Macron sont beaucoup de vent et d’écrans de fumée pour cacher le fait qu’il ne change rien à sa politique.

La démocratie ? Des promesses vagues mais surtout l’assurance que des mesures vigoureuses pour que « le calme et l’ordre républicain » règnent à nouveau. « Nous y mettrons tous les moyens. » En d’autres mots, le président français annonce une répression systématique du mouvement.

Le climat ? Toute la responsabilité est mise sur le citoyen et comment le forcer « à changer » ses habitudes pour le logement, le chauffage et le transport. Des paroles creuses pour préparer les esprits à une écologie punitive et inefficace. Rien sur les multinationales du pétrole qui polluent massivement et se font des profits gigantesque sur les prix pétroliers à la hausse. Rien sur des les grosses boites qui sont la source de la grande majorité de la pollution. Rien sur des mesures structurelles comme le maire de Dunkerque qui a instauré la gratuité des transports publics dans son agglomération de 200 000 habitants.

Les services publics ? Rien. Alors que – par exemple – des nombreuses infirmières ont rejoint le mouvement des gilets jaunes car elles n’en peuvent plus des mesures d’austérité prises par Macron contre les hôpitaux. Idem pour les fonctionnaires ou pour les cheminots.

L’acte V de la mobilisation s’annonce

Les premières réactions des gilets jaunes au discours de Macron ne semblent pas être à la démobilisation. Des nombreux appels sont lancés pour préparer l’acte V de la mobilisation. Ce qu’on peut comprendre vu la maigreur des reculs de Macron. Vu l’absence de volonté de s’attaquer enfin aux puissants et aux grosses fortunes. Vu l’absence de réelles propositions climatiques ou démocratiques.

 

1. https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/08/thomas-piketty-gilets-jaunes-et-justice-fiscale_5394443_3232.html

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Commentaires

et en belgique on laisse un pantin , un fou, un taré comme le Macron nous foutre à terre sans rien dire.....