Photo Flickr/Collection René Jacobs

Pourquoi les travailleurs des TEC sont-ils en colère ?

auteur: 

Damien Robert

Il y a quelques semaines, le gouvernement wallon MR-cdH a décidé de s’attaquer frontalement aux services publics et plus particulièrement aux transports publics wallons. Il envisage de faire passer toute une série de mesures qui vont rendre la vie des travailleurs des TEC et des usagers beaucoup plus pénible…

Les TEC, c’est un service public qui joue un rôle crucial dans notre société. Les TEC transportent en Wallonie, plus de voyageurs annuellement que l’ensemble des voyageurs transportés par la SNCB dans tout le pays.

Moins d’argent… et beaucoup plus de voyageurs

Malheureusement, et les usagers le vivent au quotidien, la situation n’est pas bonne. Les bus sont souvent bondés, le parc des bus est ancien et de nombreux bus ont plus de 25 ans de service – alors qu’il est prévu qu’ils ne dépassent pas 16 ans. Régulièrement, les bus tombent en panne et il n’y a pas de bus de remplacement. Les usagers savent aussi que le prix des tickets n’a cessé d’augmenter (il a plus que doublé en dix ans).

Il n’y a pas que les voyageurs qui subissent cette situation. Le personnel des TEC subit les conséquences de plein fouet. Il y a beaucoup plus de gens à transporter, le transport se fait dans des conditions parfois difficiles, et les moyens (qualité des bus, etc.) pour assurer le service maximum font défaut.

De plus, le nombre de voyageurs est en constante augmentation. Par exemple, en 2008, 242 millions de voyageurs étaient transportés par les TEC ; 262 millions en 2009 ; 288 millions en 2011 et 298 millions en 2013.

Au lieu d’augmenter le budget en conséquence, le gouvernement wallon PS-cdH, sous la houlette du ministre cdH Carlo Di Antonio, a décidé de baisser les subsides des TEC. Le ministre Di Antonio a supprimé 10 % de la subvention sur ces trois dernières années (5 % en 2015, 3 % en 2016 et 2 % en 2017) ce qui représente plus ou moins 50 millions d’euros d’économies.

Le gouvernement MR-cdH attaque le droit de grève

Dans ce contexte, les travailleurs des TEC tentent de défendre leurs droits et celui des usagers.

Pour briser cette résistance, le gouvernement MR-cdH veut passer en force et attaquer le droit de grève, notamment en imposant le service minimum, en garantissant que le service soit assuré « pour les lignes prioritaires » en cas de grève. Ce service minimum est inacceptable, infaisable et illogique. Pourquoi ?

Premièrement, le service minimum est inacceptable car c’est une attaque frontale contre le droit de grève. C’est un recul profond et inacceptable en matière de démocratie sociale. Le droit de grève est crucial pour permettre aux travailleurs de se défendre, dans tous les secteurs. Le droit de grève permet aussi de défendre, spécifiquement quand il est utilisé dans le cas d’un service public, les droits de l’ensemble des travailleurs, vu qu’il protège notre patrimoine commun. Deuxièmement, le service minimum est infaisable. Vu que la grande majorité des lignes desservent des objectifs prioritaires comme des écoles, des entreprises ou des hôpitaux, comment va-t-on choisir les lignes ? Comment va-t-on éviter les bousculades (voire les bagarres) dans ces bus pour assurer le fonctionnement des lignes prioritaires et qui risquent d’être prises d’assaut par les usagers ? Troisièmement, le service minimum est illogique car au lieu d’instaurer le service minimum en cas de grève, le gouvernement devrait se battre pour instaurer un service maximum en permanence. Face à la nécessité écologique et sociale des transports en communs publics, il faudrait plus de bus, plus de moyens, plus de personnel pour assurer son rôle et pour faire face à l’augmentation importante du nombre d’usagers.

Le gouvernement MR-cdH veut sanctionner les grévistes

Pour frapper encore plus fort contre le droit de grève, le gouvernement a décidé de faire passer une autre mesure qui donne des sanctions financières et disciplinaires aux grévistes qui ne respecteraient pas les règles fixées dans le cadre de la concertation sociale. De nouveau, c’est une attaque contre les droits démocratiques.

Si beaucoup d’usagers ont l’impression que les TEC sont tout le temps en grève, c’est avant tout parce que des centaines de milliers de personnes sont impactées directement par les TEC lorsqu’il y a grève. Cela a beaucoup plus d’impact sur la vie des usagers que lorsque des travailleurs d’une grosse entreprise privée font grève. De plus, les travailleurs des TEC ont construit une tradition de soutien au mouvement social qui touche l’ensemble des travailleurs. Ils se défendent contre les attaques du gouvernement contre leur secteur mais aussi en solidarité avec les autres travailleurs des services publics et du privé lorsque des mesures touchent l’ensemble des salariés. Le gouvernement wallon veut donc casser cet état d’esprit. Mais ce n’est pas tout.

Le gouvernement MR-cdH veut appliquer l’austérité et tout centraliser…

Le gouvernement a aussi annoncé qu’il allait faire des économies. Comment ? Dans une première phase, il veut mettre en place des centres partagés et supprimer des services dans les différentes régions. Et il veut aussi centraliser l’ensemble des cinq TEC en une seule structure, pour l’ensemble de la Wallonie. Actuellement, le groupe TEC comporte cinq structures régionales. Il y a deux avantages à cette façon de s’organiser : un attachement des structures du groupe aux réalités locales et la garantie d’un service de proximité (chaque structure possède les différents services qui vont des ateliers jusqu’à la comptabilité).

Le ministre Di Antonio a clairement signalé qu’il voulait « simplifier l’organisation et rechercher une réduction des coûts des structures ». Pour ce faire, il veut fusionner l’ensemble des TEC. Et il veut aussi fusionner les centres en créant « des centres de services partagés ». Dans un premier temps, le ministre évoque les services suivants : la formation, la comptabilité, le budget, les achats, la communication et l’informatique. Autant de services où l’on va faire des économies et où, à terme, le personnel qui existait dans chaque structure pour ces services risque de ne plus être remplacé quand viendra l’heure de la mise en pension après la fusion.

Plus de privé dans les transports en communs ?

Actuellement, la majorité des lignes de bus TEC est sous contrôle direct de la Société régionale wallonne du transport. Ce sont des lignes qui sont gérées par le service public et qui fonctionnent comme un service public. Dans la plupart des cas, même si le nombre de voyageurs est important et que le billet a augmenté, les recettes ne permettent pas de financer tous les coûts (achat du bus, entretien du bus, personnel roulant, personnel employé, etc.). Pour garantir que des lignes soient bénéficiaires, il faudrait baisser les salaires du personnel (qui n’est déjà pas très élevé), augmenter encore beaucoup plus le prix du ticket et garantir un très grand nombre de voyageurs sur la ligne. Ce serait donc une très mauvaise chose.

Le groupe français Keolis, qui fonctionne comme une multinationale privée (bien que filiale de la SNCF), a engrangé par exemple un bénéfice de 45 millions d’euros en 2016. Ce bénéfice se fait sur le dos des usagers, des travailleurs de la société, et de la sécurité. Avec le privé, les conditions de transport seraient encore plus mauvaises qu’aujourd’hui. Mais ça rapporte de l’argent. C’est pourquoi l’Europe fait actuellement des pas en avant pour libéraliser au maximum ce marché et permettre à des entreprises privées de mettre la main sur les lignes qui rapportent.

Le prochain contrat de service public qui donnera les orientations pour les TEC entre 2018 et 2022 doit encore être adopté par le gouvernement. Inscrire ce droit pour les multinationales de voler nos services publics, lorsqu’ils rapportent de l’argent, pour en faire bénéficier quelques actionnaires, serait un énorme pas en arrière dans le maintien de services publics. Les organisations syndicales et le personnel des TEC sont vigilants quant à cette attaque potentielle.

Les raisons de la colère sont donc nombreuses. Et justifiées. Pour les travailleurs des TEC, mais aussi pour les usagers.