Pourquoi An Neve de Malle a-t-elle dû quitter son logement pour un réfugié ?

Nadine Peeters (PTB) réagit à l’histoire incroyable d’An Neve, de Malle, qui a dû quitter son logement provisoire avant terme afin de faire de la place pour des réfugiés.

L’histoire d’An Neve en irrite plus d’un à juste titre. Comme mère célibataire avec une fillette de trois ans, elle a été accueillie cet été dans une habitation du CPAS destinée à des demandeurs d’asile. Voici quelques jours, elle a été informée – par téléphone, sans doute – qu’elle devait quitter le logement plus tôt que prévu, du fait que Fedasil en avait besoin pour loger des réfugiés. Comme des milliers d’autres personnes, An Neve est inscrite sur la liste d’attente pour un logement social. Entre-temps, par la force des choses, elle loge chez son ancien conjoint.

Fin 2012, il y avait plus de 107 000 candidats locataires sur les listes d’attente des sociétés flamandes de logements sociaux mais on ne construit que 2 200 habitations sociales par an.

Alors qu’aujourd’hui précisément le débat sur l’accueil d’urgence fait rage, il ressort de l’étude Woonnood in Vlaanderen (La crise du logement en Flandre), de la KUL, que la politique flamande du logement est défectueuse depuis des années.

Nadine Peeters, du groupe de travail Logement du PTB, réagit : « L’histoire d’An Neve, de Malle, montre on ne peut plus explicitement où a mené la politique du gouvernement flamand. C’est une honte que, dans ce pays riche, une jeune mère avec un gosse en bas âge ne trouve pas de logement convenable. Le problème, c’est que depuis des années déjà, il y a trop peu de logements sociaux et que, l’an dernier, on a également réduit les possibilités d’accueil des réfugiés. Les partis responsables préfèrent dresser les gens les uns contre les autres que résoudre les problèmes. Et, en effet, comme An Neve le dit elle-même également : “C’est ainsi qu’on fait le jeu du racisme.” »

Nadine Peeters : « Je comprends les gens quand ils ont l’impression que c’est la faute des réfugiés s’il n’y a pas aujourd’hui suffisamment d’accueil de crise pour les Belges. Mais, quand ils en rejettent la responsabilité sur les réfugiés, ils se trompent d’ennemi. La politique flamande du logement est en dessous de tout depuis des années : fin 2012, il y avait plus de 107 000 candidats locataires sur les listes d’attente des sociétés flamandes de logements sociaux et, pourtant, au cours des vingt dernières années, on n’a construit en moyenne que 2 200 habitations sociales par an. Et, par-dessus tout cela, il y a les mesures d’austérité du gouvernement fédéral dans tout le secteur de l’accueil d’urgence des réfugiés. Depuis l’arrivée du gouvernement au pouvoir, l’accueil des réfugiés a été réduit de plus de 30 %. An Neve en est la victime directe. Le président du CPAS de Malle (N-VA) admet lui-même que « l’Initiative d’accueil locale a été supprimée en concertation avec Bruxelles ». Bruxelles désigne ici le gouvernement N-VA, MR, CD&V et Open VLD. « Ces mêmes partis qui, au niveau flamand, refusent d’investir dans les logements sociaux et s’obstinent à ne pas aborder efficacement la crise du logement, démantèlement au niveau fédéral l’accueil d’urgence des réfugiés. Naturellement, il en résulte une pénurie qui dresse les gens les uns contre les autres », ajoute Nadine Peeters.

Bien des citoyens et organisations de ce pays mettent des logements ou des locaux à la disposition des nécessiteux. Pourquoi nos gouvernements ne prennent-ils pas exemple là-dessus ? Rien qu’en abordant rapidement le problème des logements sociaux inoccupés, des milliers d’habitations pourraient être disponibles à court terme, ne serait-ce que temporairement, pour des Belges et des réfugiés dans le besoin.

À la société anversoise de logement Woonhaven, 2 000 des 18 000 habitations sont vides. Un grand nombre de logements peuvent être à nouveau rendus habitables via des réparations limitées et exécutables à très court terme et ce, afin de pallier la situation de crise. Cela fournirait en outre du travail à des dizaines de jeunes.

Le PTB revendique un accueil de crise décent pour les Belges et les réfugiés ainsi qu’un plan ambitieux de logement populaire qui puisse assurer des logements décents et financièrement accessibles à des centaines de milliers de personnes dans le besoin, qu’elles soient belges ou d’origine étrangère. La politique de logement de Vienne (Autriche) peut servir d’exemple. Nadine Peeters : « Si l’offre était suffisante dans le logement, il ne serait pas nécessaire de dresser les divers groupes de population les uns contre les autres. »