En décembre 2015, une grande manifestation pour le climat avait lieu à Ostende. Le PTB était présent en nombre. (Photo Solidaire, Karina Brys)

Quand les partis traditionnels envisagent plus facilement la fin du monde que la fin du capitalisme

Le député fédéral PTB Marco Van Hees est le seul à avoir formulé des critiques fondamentales sur la politique climatique belge au Parlement. Pour les autres partis, il s’agit en gros de constater que la maison est en feu, et de proposer de baisser le chauffage. Le PTB, au contraire, demande une politique ambitieuse et radicale pour le climat, à la hauteur de l’enjeu.

Ce mardi 18 septembre avait lieu une réunion de la commission spéciale sur le climat de la Chambre. Le but ? Discuter de la résolution interparlementaire sur la politique climatique belge, préparée en vue de la COP 24 (le sommet climatique des Nations unies, qui aura lieu en décembre). Alors que nous venons de vivre un été qui a plus que jamais montré les conséquences potentiellement catastrophiques du changement climatique, le texte que l’ensemble des partis traditionnels ont présenté n’est qu’une énième déclaration de façade.

Il s’agit d’un résolution dans laquelle on déclare qu’on est parfaitement conscient de l’urgence et de l’ampleur du problème, mais qui montre surtout qu’on n’a pas la moindre ambition d’agir de manière rapide ni de changer radicalement de cap.

De la majorité N-VA – MR, en passant par le PS, et jusqu’à Ecolo-Groen, il y a un climat d’unanimité au Parlement sur la question de l’environnement.

Le député MR Damien Thierry a introduit le débat en disant qu’« on est tous d’accord sur le contenu du texte ». Sur quoi Jean-Marc Nollet (Ecolo) a quand même tenu à signaler une remarque, mais pas sans préciser que sa remarque était seulement d’ordre linguistique et « ne changeait rien au fond du texte ». Même chose chez le PS, où le député Daniel Senesael avait uniquement des corrections… « techniques » à signaler.

C’est au moment où le président N-VA de la commission se félicitait de cette grande unanimité que le député Marco Van Hees (PTB) est intervenu pour dénoncer le caractère largement insuffisant de cette résolution et pour défendre un certain nombre de propositions du PTB pour sauver la planète.

1. Toujours pas la moindre remise en question de la politique actuelle

De 2014 à 2016, les émissions de gaz à effet de serre ont carrément augmenté en Belgique

Bien au contraire, la résolution demande que la Belgique « continue à jouer un rôle pionnier ». Pionnier ? Dans quel film ? Les derniers chiffres montrent justement que la Belgique est à la traîne et n’atteindra déjà pas ses objectifs climatiques pour 2020. Entre 1990 et 2017, notre pays n’a réduit ses émissions de gaz à effet de serre que d’environ 1 % par an, huit fois trop peu. Pire, de 2014 à 2016, notre pays a même vu ses émissions augmenter…

Et il y a urgence. Le 10 septembre dernier, le Secrétaire général de l’ONU a une fois de plus tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, nous avons encore exactement deux ans pour changer de cap. « Si l’on ne change pas de cap pour 2020, nous risquons de ne plus pouvoir éviter un changement climatique hors de contrôle, avec des conséquences désastreuses pour les gens et tous les systèmes naturels dont nous dépendons. Nous savons ce qui est en train d’arriver à notre planète. Nous savons ce que nous devons faire. Et nous savons même comment le faire. Malheureusement, l’ambition n’est pas du tout à la hauteur de ce qu’elle devrait être. »

Et on ne pourrait pas dire qu’on n’a pas été averti. Les scientifiques nous avertissent depuis des décennies, encore et encore, chiffres et études à l’appui. Les rapports successifs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont de plus en plus alarmants. En 2014, le GIEC nous avertissait encore du fait que les possibilités de maintenir sous contrôle les conséquences du réchauffement climatique ne cessent de se réduire.

Face à cette évolution, il est donc absolument essentiel de reconnaître le caractère totalement insuffisant des politiques existantes. Or cette critique est complètement absente dans le chef des partis traditionnels, majorité et opposition confondues.

2. Toujours pas d’engagement chiffré suffisamment ambitieux et contraignant

Le PTB s’oppose au système ETS qui ne fonctionne pas et qui permet à des multinationales de s’enrichir sur le dos du climat et de la collectivité

Dans la résolution, on se contente de demander à la Belgique « d’œuvrer, au sein du peloton de tête européen […] en faveur d’un renforcement des objectifs européens pour 2030 » et de « préconiser, de manière volontaire, un objectif de réduction des gaz à effet de serre plus ambitieux que les 40 % prévus d’ici 2030 »…

Ce n’est pas avec ce genre d’objectifs abstraits qu’on va jouer notre « rôle pionnier ». Et quand on prétend vouloir rejoindre le peloton de tête, mais qu’on oublie (?) de mentionner que des pays comme les Pays-Bas se sont fixés des objectifs bien précis qui vont jusqu’à une réduction de 55 % d’ici 2030, on ne peut qu’avoir des grands doutes sur la sincérité de cette déclaration.

Cette prudence reflète une fois de plus le poids du patronat dans la politique belge. En effet, c’est la FEB qui mettait en garde la Belgique contre un objectif trop ambitieux en matière de réduction des émissions1. Et c’est la FEB qui disait qu’un tel objectif « ne pouvait pas nuire à la compétitivité de l’industrie » – phrase qu’on retrouve d’ailleurs texto dans cette proposition de résolution.

C’est d’ailleurs cette même FEB qui déplorait « le fait que le rapport coût-efficacité n’ait pas réellement été pris en compte dans la répartition des efforts »2. Sur ce point aussi, la résolution obéit aux aspirations des patrons: on demande au Bureau du Plan d’évaluer « la répartition actuelle des avantages et des inconvénients climatiques » et d’effectuer une « analyse coût-efficacité de la politique climatique à mettre en œuvre ».

Nous n’avons pas besoin de nouvelles études. En 2013 déjà (!), à la demande du gouvernement fédéral, deux bureaux d’études ont développé des scénarios très détaillés pour atteindre l’objectif de 95 % de réduction des émissions d’ici 20503. Ces études, y compris les analyses du Bureau du Plan de l’impact macro-économique4, sont disponible sur le site www.climat.be, le site fédéral belge pour une information fiable sur les changements climatiques.

Il est temps d’agir maintenant. Le PTB propose :

  • de refédéraliser toutes les compétences liées à l’environnement, à l’énergie et au climat. C’est une condition pour réaliser une planification efficace. et elle permettrait aussi d’éviter un nouveau tour de chamailleries sans fin entre les différentes entités du pays.
  • de créer au sein du Bureau du Plan un département chargé de traduire les conclusions de ces études en plans d’action réalistes pour planifier la transition écologique. Cette planification doit tracer un parcours de réduction des émissions pour atteindre au plus vite la neutralité climatique
  • de définir des objectifs contraignants pour la Belgique en fonction des conclusions du sixième rapport du GIEC, qui paraîtra en octobre 2018. En accord avec les estimations les plus crédibles du moment, on sait déjà qu’il faudrait viser une réduction des émissions de 60 % pour 2030.

3. Des investissements financiers largement insuffisants

Pour réaliser le scenario de moins 95 % pour 2050, le Bureau du Plan a déjà estimé qu’il faudrait des investissements supplémentaires de 11 milliards d’euros par an. Au PTB, nous estimons que la moitié de ces investissements devrait provenir du secteur public, et l’autre moitié du secteur privé.

Pour le PTB, il faut remplacer le système d’ETS par des normes contraignantes d’émissions maximales

Pour le secteur publique, cela signifie une augmentation substantielle du rythme des investissements, qui, comme le Bureau du Plan l’a également noté, est beaucoup trop lent aujourd’hui. Face à ces besoins, la proposition qu’on retrouve dans la résolution d’une contribution financière publique de 50 millions par an est ridicule.

Le PTB plaide pour la mise en place d’une « Société publique d’Investissement Climat », qui, à l’instar de la Kreditanstalt fur Wiederaufbau en Allemagne, doit être le bras financier de la planification écologique. Elle soutiendra exclusivement des investissements publics, durables, respectueux du climat (notamment pour soutenir les sociétés publiques locales d’énergie).

En ce qui concerne le secteur privé, il est impossible de nier aujourd’hui la faillite du système d’échange de quotas d’émission (le système « ETS »), qui ne permet pas de réduire les émissions, et en font même un objet de spéculation. Pourtant, cette proposition de résolution continue à le soutenir sans la moindre critique.

Le PTB est le seul parti à s’opposer à ce système qui a déjà largement montré qu’il ne fonctionne pas et qui est utilisé par des multinationales pour s’enrichir sur le dos du climat et de la collectivité !

Pour le PTB, il faut remplacer le système d’ETS par des normes contraignantes d’émissions maximales, définies secteur par secteur, et qui deviennent de plus en plus strictes chaque année, au rythme imposé par l’évolution du budget carbone.

4. Pollueur-payeur : ce n’est pas au consommateur de payer la facture

La résolution reprend la proposition d’introduire une taxe carbone (une taxe sur chaque rejet de carbone). Le PTB s’oppose fermement à cette proposition. Lire ici5 notre analyse détaillée à ce sujet.

100 entreprises sont responsables de 71 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce sont à elles de payer

Si on ne remplace pas le système d’ETS, l’introduction d’une telle taxe carbone signifierait tout simplement que les grands pollueurs continueront à garder des quotas d’émission bon marché – et donc le droit de polluer, là où les petits consommateurs seront obligés à payer la facture. Un telle taxe serait particulièrement injuste, en touchant plus fortement les moins nantis.

Par exemple, la facture de chauffage représente 2 % du budget des ménages les plus riches, mais 5 % du budget des ménages à faible revenu. La taxe carbone serait donc proportionnellement beaucoup plus lourde pour ces derniers. L’administration de la ministre de l’Énergie et de l’Environnement, Marie-Chrisine Marghem (MR), a déjà calculé que l’augmentation du coût de la vie qui en résultera serait presque quatre fois supérieur pour les ménages aux plus faibles revenus.

100 entreprises sont responsables de 71 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est à ces multinationales de contribuer à la transition écologique. Or si l’on suit la logique de cette résolution, on ne doit pas y toucher, et se contenter de prendre quelques mesures censées inciter le marché à s’autoréguler.

Cela fait des années, voire des décennies, que cette approche s’est révélée être un échec, tant pour résoudre les problèmes sociaux que ceux liés au climat. Le bien-être des gens et de la planète doivent passer avant le profit, et, pour que cela se fasse, il faut sortir de cette logique néolibérale. Mais, apparemment, les partis traditionnels envisagent plus facilement la fin du monde… que la fin du capitalisme.

  1. http://www.feb.be/domaines-daction/energie-mobilite--environnement/changement-climatique/lobjectif-belge-de--35-demissions-co2-dici-a-2030-confirme_2018-01-10/
  2. Idem
  3. Climact & VITO (2013), Scenario’s for a Low Carbon Belgium by 2050, Final Report November 2013.
  4. Climact, Oxford Economics & Federal Planning Bureau (2016), Macro Economic Impacts of the Low Carbon Transition in Belgium, Final Report October 2016.
  5. https://solidaire.org/articles/la-taxe-carbone-s-acheter-un-vernis-vert

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