Piquet devant la prison de Saint-Gilles (Bruxelles, Photo : Françoise De Smedt)

« Que le ministre Koen Geens vienne travailler une journée en prison et il verra ce que c'est »

Cela fait maintenant 12 jours que les gardiens de prison bruxellois et wallons sont en grève. La colère des agents pénitentiaires est profonde et touche à énormément d’aspects.

Le 24 avril dernier, la CGSP-AMiO (administrations fédérales et ministères, dont font partie les prisons) menait une action de grève. Dans les prisons, cette action était particulièrement bien suivie, et en front commun (CGSP-CSC-CGSLB). Devant la détermination des agents, les syndicats décident de continuer la grève pour dénoncer leurs conditions de travail : Andenne, Ittre, Nivelles, Saint-Gilles, Forest, Marche, Leuze, etc. Toutes les prisons francophones et bruxelloises sont à l’arrêt. Une telle action, en front commun, c’est du jamais vu.

Mercredi, lors de la séance plénière à la Chambre, le député PTB Marco Van Hees interpellait le ministre de la Justice Koen Geens : « la colère est très grande chez les agents pénitentiaires, comme l'est leur détermination. Ils sont en colère parce qu'on remet tout en cause. Ils sont mécontents sur l'ensemble des sujets: les effectifs, les primes, les pensions, les maladies, les congés qu'ils ne peuvent pas prendre. Et vous, vous continuez vos plans aveuglément. (…) Êtes-vous conscient que votre plan est intolérable socialement mais aussi au niveau de la sécurité? Combien de jours vous faudra-t-il pour comprendre ? (…) Enfin, que pensez-vous de cette proposition faite par un gréviste que nous avons rencontré: "que le ministre vienne travailler une journée en prison et il verra ce que c'est"? »

Plus de temps d’aller aux toilettes

Dans la ligne de mire du personnel des prisons, il y a d’abord le plan de « rationalisation », à savoir la diminution moyenne de 10 % de la masse salariale (ce qui peut aller jusqu’à une diminution de 20 % des effectifs). Cela se fait via une diminution du personnel : depuis 2014, il n’y a plus aucun remplacement de gardien de prison qui part (à la pension, qui change de métier, etc.). A la prison d’Ittre, le personnel est passé de 323 à 303. Et cela va encore continuer. Cela passe également par la suppression de ponts (congés). Au-delà de ces mesures de rationalisation, les agents manifestent également leur ras-le-bol par rapport aux autres mesures d’austérité du gouvernement fédéral : saut d’index, pension à 67 ans, casse des services publics. La pilule ne passe pas.

Ces mesures impactent non seulement les gardiens, mais aussi les détenus et la sécurité de l’ensemble de la société. « Il y a tellement peu de personnel qu’on n’a pas le temps d’aller aux toilettes ou de manger à midi. Ou alors, on doit abandonner notre poste et laisser les détenus sans surveillance. Toutes les activités auxquelles les détenus ont droit ne peuvent pas être assurées car on manque déjà de personnel. Qu’est-ce que ce sera avec encore moins de personnel ? On n’est pas assez nombreux pour assurer la sécurité en prison. On nous rajoute en plus une aile spéciale avec des recruteurs djihadistes. Si une évasion se passe, que dira le gouvernement ? » nous raconté Rudy, délégué syndical CGSP à Ittre.

Car si beaucoup parlent des conditions déplorables dans les prisons en raison de la grève, c’est oublier que la Belgique est condamnée régulièrement pour mauvais traitements en raison de l’état de délabrement des prisons et de la surpopulation carcérale. La Ligue des droits de l’Homme, le Comité européen pour la prévention de la torture, l’Observatoire international des prisons, dénoncent depuis des années cette situation. A titre d’exemple, la Ligue des droits de l’homme a dénoncé l’arrêt pendant 8 mois de toute activité collective (sport, détente, cours, culte, bibliothèque, groupe de parole) dans la prison de Saint-Gilles pour des raisons d’austérité.

Le directeur de la prison d’Andenne, interrogé vendredi 6 mai par la RTBF radio, ne disait pas autre chose : « dans un établissement comme Andenne, nous travaillons déjà tous les jours en sous-capacité de 10 à 15%. Ça veut dire que si on nous retire encore du personnel, il deviendra strictement impossible de continuer à travailler. Je ne fais pas de politique, je ne suis pas non plus délégué syndical, mais je pense que les revendications des organisations syndicales sont fondées. »[1]

Les gardiens de prisons font grève pour eux, et pour les détenus

Ittre. Jeudi 5 mai. À 14h00. Une assemblée du personnel se tient devant l’entrée. De nombreux coups de klaxon d’automobilistes témoignent du soutien aux grévistes. Un peu plus loin, un groupe de visiteurs, proches de détenus, est venu soutenir les grévistes. Franco (CSC) et Rudy (CGSP) présentent les dernières avancées des négociations : Koen Geens propose de geler la rationalisation en 2016, donc engager pour compenser les départs, mais de reprendre en 2017. Une prime à la flexibilité est également prévue (3€ de l’heure non indexé). « Quid du service minimum ? » demande une gardienne de prison. La réponse fuse de l’assemblée : « c’est déjà tous les jours un service minimum ». Rudy  va même plus loin : « le gouvernement parle de « service garanti ». Mais dans son service « garanti », il y a beaucoup plus que ce que nous offrons déjà maintenant aux détenus ! ». Ironiquement, un agent pénitentiaire crie alors : « ben qu’ils l’imposent leur service garanti, c’est mieux que maintenant ! On fera grève tous les jours ! »

Franco, délégué CSC « les gars, c’est vous qui décidez, en âme et conscience. Moi j’ai mon avis, mais si vous votez la reprise de travail, je rentre avec vous ». L’assemblée votera la poursuite de la grève à l’unanimité moins 2 voix. Les autres prisons wallonnes et bruxelloises votent également la poursuite de la grève.

Lors des différentes visites de solidarité effectuées par le PTB aux piquets de grève, la détermination des agents pénitentiaires saute aux yeux. Partout la même détermination, la même volonté de ne pas plier face aux mesures d’austérité qui menacent conditions de travail, conditions de vie des détenus, et sécurité. Ils sont conscients aussi de l’importance de leur combat. Une gardienne de prison : « on se bat pour nous, c’est sûr. Mais avec ce gouvernement qui agit comme un rouleau compresseur, on a aussi une responsabilité pour nos enfants. Et des bonnes conditions de travail pour nous, c’est aussi des meilleures conditions pour les détenus ». La balle est plus que jamais dans le camp du gouvernement.

 

[1] RTBF Info, 6 mai 2016.

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Commentaires

si tout les citoyens pouvaient avoir la mème détermination que ces gardiens lorsque l ont fait grève!!!!de tout coeur avec eux.
au début de cette grève j étais moi aussi de tout coeur avec les gardiens et j étais prête à les soutenir mais maintenant cette grève devient n importe quoi et est dangereuse pour les détenus étant compagne d un détenu je sais de quoi je parle,il est grand temps de faire quelque chose .Les gardiens de prison ont déjà l intention de faire d autres grèves dans les mois à venir pour qu'elles raisons ? Je n en sais rien mais ils auront toujours une raison.Maintenant tout ce que j aimerais c est qu'ils se rendent compte que la vie des détenus en dépend et qu'ils doivent reprendre le travail,alors messieurs acceptez ce que a le ministre vous propose et refaite une autres grève pour l l année 2017 de toute façon c est prévu.Arrêtez de vous plaindre aussi non pourquoi avez vous choisi ce métier? Pour le bien des détenus,leurs enfants et leurs familles stop maintenant c est bon je pense!!!!!!!!