Raoul Hedebouw : « On réveille le peuple de gauche »

Dans le quotidien L’Echo de ce jeudi 30 avril, le député fédéral et porte-parole du PTB est revenu sur le 1er Mai, la semaine des 30 heures, le renouveau de la gauche. Voici l’interview en intégralité.

Le 1er Mai, n’est-ce pas une fête du siècle dernier ?

Raoul Hedebouw. Ah, non ! Le premier mai doit même redevenir beaucoup plus offensif, un moment de lutte et de manifestation. Ça n’a rien de « has-been » et ça reste d’actualité. Et ce jour n’est pas le monopole d’un parti ou d’un syndicat.

« Le 1er Mai n’est pas la fête du capital, ça a toujours été celle du travail »

Le MR fête aussi les travailleurs ce vendredi : il est tout aussi légitime que vous, c’est ça ?

Raoul Hedebouw. Cette fête n’est pas celle du capital, ça a toujours été celle du travail. Les valeurs de solidarité, de partage des richesses et de sécurité sociale y sont célébrées. Alors, franchement, j’ai du mal à imaginer que le MR soit sincère quand il fête le 1er Mai. Je préférerais que le MR fête le 2 mai.

Le Parti socialiste va également sortir ses grands ténors pour l’occasion…

Raoul Hedebouw. Moi je crois que le Parti socialiste est confronté à ses propres contradictions quand il fête le 1er Mai, aujourd’hui…

Que voulez-vous dire ?

Raoul Hedebouw. Que c’est difficile quand on a voté et cautionné la chasse aux chômeurs de s’insérer complètement dans une fête des travailleurs. C’est difficile quand on a privatisé à tour de bras les services publics de faire croire qu’on est sincère le 1er Mai. Je crois que la base socialiste se retrouve le 1er Mai, ça, c’est exact. Mais pour le reste… D’ailleurs, nos militants rencontrent de plus en plus des militants du PS qui sont dépités… Les militants du PTB et du PS se parlent beaucoup : depuis deux ans, il y a énormément de militants socialistes qui viennent nous trouver.

Les militants du PTB et du PS se parlent beaucoup : depuis deux ans, il y a énormément de militants socialistes qui viennent nous trouver

h. Et que vous disent-ils ?

Raoul Hedebouw. Que depuis quelques mois, grâce aux députés PTB, ils entendent dans les parlements ce qu’ils auraient voulu entendre de la part de tous les élus socialistes depuis 20 ans. Nous défendons les acquis des travailleurs de manière décomplexée, on ne s’intéresse pas qu’aux petits débats politico-techniques de la Chambre. On réveille le peuple de gauche : les vidéos de mes interventions au Parlement sont chaque fois regardées entre 60 et 70 000 fois… 

On vous l’a déjà dit : en affaiblissant le Parti socialiste, vous affaiblissez la gauche…

Raoul Hedebouw. Mais non ! On voit ce qui se passe en Europe quand une gauche molle arrive au pouvoir ! En Belgique, en France, avec les socialistes, on a eu des gouvernements qui appliquaient les recettes libérales.

Le PTB est l’aiguillon de la gauche, c’est ça ?

Raoul Hedebouw. Même le Premier ministre Charles Michel reconnaît aujourd’hui que ceux qui donnent le ton à gauche, c’est le PTB. Il y a un nouveau souffle, un nouveau vent. Franchement, et c’est la stricte réalité, les deux députés PTB du Parlement fédéral amènent un autre climat sur les débats de société. Et ça pousse l’ensemble de l’échiquier politique vers la gauche.

À la base comme au sommet, il n’y a pas un seul parti qui peut se revendiquer comme propriétaire des syndicats : PS, Ecolo, cdH et PTB y trouvent des soutiens

ourtant, un Yvan Mayeur a été très clair récemment : « pas question pour le PS de travailler de concert avec le PTB. Vous n’avez que des dogmes et pas de solution », dit-il…

Raoul Hedebouw. Je regrette cette absence de dialogue. Moi, quand il y a une bonne intervention qui est faite par Ecolo ou le PS, j’applaudis. Au niveau du PS, on a du mal à nous rendre la pareille. Quand on demande de faire payer les riches, je ne vois pas le PS nous applaudir. Le PS doit arrêter de nous voir comme une menace, qu’il essaye de nous voir comme une chance de remettre le débat sur le sens de la gauche.

Mais vous pouvez aussi décider de les soutenir, par exemple sur un impôt sur la fortune, au lieu de déposer votre propre proposition…

Raoul Hedebouw. Allez, allez… Le PS a eu 25 ans pour déposer des projets de lois, de l’intérieur du gouvernement. Ils n’ont rien fait. Et maintenant qu’ils sont dans l’opposition, subitement, ils veulent déposer une proposition de loi… Je regrette ce deux poids deux mesures. Mais si cela cadre avec un mea culpa du PS, la reconnaissance qu’ils ont été trop loin dans l’idéologie libérale, alors je ne peux que m’en réjouir. Mais j’ai des doutes qu’Elio Di Rupo soit dans ce type de questionnement et de remise en cause. Il reste dans le cosmétique et la communication. En dehors de certains « cœurs qui saignent » (allusion à une phrase de Di Rupo, NDLR), je n’ai pas encore entendu de vraie remise en cause.

Là, vous essayez de vous mettre les syndicats en poche - la FGTB notamment…

Raoul Hedebouw. Un des points qui est magnifique tant à la FGTB qu’à la CSC, c’est le pluralisme. À la base comme au sommet, il n’y a pas un seul parti qui peut se revendiquer comme propriétaire des syndicats : PS, Ecolo, cdH et PTB y trouvent des soutiens. Une étude récente montre qu’environ 22 % des sympathisants syndicaux ont des affinités avec le PTB. Le syndicat, c’est le syndicat. On ne fait pas d’entrisme mais on est présent sur le terrain avec eux. On est comme des poissons dans l’eau sur le terrain, pas le PS.

On a une explosion des burn-outs et du stress d’une part, d’autre part on a 600 000 personnes exclues du monde du travail

a FGTB ne fera pas grève le 12 mai : les syndicats sont-ils trop mous ?

Raoul Hedebouw. Non, je pense que la séquence sociale qu’on a est inédite et qu’on est dans une logique de dire qu’on ne va pas se laisser faire. On ne doit pas croire ce CD&V mou qui fait croire qu’il est social alors qu’il ne l’est pas. Il y a un plan d’action qui tient la route. On est dans une phase d’approfondissement et pas de radicalisation. On doit toucher d’autres catégories de la population, le monde culturel, artistique et académique. On est devant un combat de longue haleine.

Vous proposez une semaine de trente heures sans perte de salaire. Combien ça coûte ?

Raoul Hedebouw. Bon, que ce soit très clair, c’est une logique de réflexion et d’alternative sociale avec des pistes au long cours. On n’est pas à l’étape des détails sur l’application.

C’est une idée en l’air, donc, vous n’avez aucun chiffre ?

Raoul Hedebouw. Non : mais on doit avoir ce débat sur la productivité, qui a explosé depuis les années 1960, et la qualité de vie, qui n’augmente pas. On a une explosion des burn-outs et du stress d’une part, d’autre part on a 600 000 personnes exclues du monde du travail. On doit donc répondre en diminuant le temps de travail à ces deux points cardinaux. On ne peut pas continuer à faire bosser les gens comme des fous et laisser en dehors du monde du travail autant de monde.

La réduction du temps de travail, on est pour depuis longtemps et ça figurait dans notre programme en 2010 et en 2012

ous allez décourager la recherche de l’excellence si vous dites que peu importe le diplôme, on travaillera tous 30 heures pour le même salaire… Ça ne tient pas la route.

Raoul Hedebouw. Primo, ça se fera évidemment sur base volontaire, ceux qui veulent bosser plus en heures supplémentaires pourront le faire. J’en profite pour dire que ça ne me pose aucun problème qu’un ingénieur gagne un salaire de 2 500 euros net s’il travaille beaucoup, c’est tout à fait normal. Pour le reste, l’excellence, c’est encore avant tout dans les universités, là où le financement public reste important…

Le PTB a sèchement remballé un chercheur qui vous a soumis une proposition de réduction du temps de travail en février de l’année dernière. Vous avez retourné votre veste ?

Raoul Hedebouw. Bon, là, je vais être très clair. On doit professionnaliser notre bureau d’études, on a environ 120 bénévoles qui répondent aux questions qu’on reçoit, alors oui, il y a eu une erreur. Le PTB fait ses maladies de croissance comme un ado qui a mal aux muscles et aux articulations. On arrive à 9 500 membres, on a triplé nos membres en moins de dix ans, avec une forte accélération dans les deux dernières années. Donc, oui, on doit professionnaliser nos structures encore davantage. Sur le fond, la réduction du temps de travail, on est pour depuis longtemps et ça figurait dans notre programme en 2010 et en 2012. Donc, on ne retourne pas notre veste, on a commis une erreur.

Vous tenez un congrès le 13 juin prochain : êtes-vous candidat à un nouveau mandat ?

Raoul Hedebouw. Oui, je suis candidat à un nouveau mandat de porte-parole national pour cinq ans. Le défi des années à venir c’est de structurer notre parti pour qu’il ne soit pas un feu de paille.

Le défi des années à venir c’est de structurer notre parti pour qu’il ne soit pas un feu de paille

a vous fait mal quand on vous rappelle que le PTB a une filiation stalinienne ?

Raoul Hedebouw. On a fait le travail en 2008 : on a fait des textes pour dire clairement qu’on ne voulait plus de cette manière-là de penser. Qu’on continue a nous critiquer là-dessus, ça témoigne d’une pauvreté du débat idéologique qu’en Belgique.

Le succès du PTB, c’est aussi Raoul Hedebouw qui sait jouer avec les médias…

Raoul Hedebouw. Je ne cache pas mon discours radical : je suis clair. Oui, le PTB veut sortir du capitalisme. Seulement j’ai compris qu’en 3 minutes à la radio, je ne pouvais pas changer la société. Avant on n’avait pas compris cela et on voulait absolument sortir tout notre discours. On s’est adapté, si la communication est au service de la gauche, je trouve ça bien.

Vous avez suivi un media training ?

Raoul Hedebouw. Non, chez moi c’est naturel, franchement je suis le produit de la lutte étudiante des années 1996-97, etc. Je communique toujours et tout le temps, je débats, je vulgarise et puis pour moi, la question de l’humour est très importante, un humour qui ne divise pas.