Raoul Hedebouw : « Un mouvement social se forme »

« On peut faire reculer la droite », assure Raoul Hedebouw dans une interview au Soir ce samedi 22 novembre. Il revient sur la manifestation du 6 novembre « Il y a une lame de fond, profonde.  Ce qui m'a frappé dans la manif, c'est sa diversité: beaucoup de jeunes, ce qui n'est pas habituel dans une manif syndicale, beaucoup de gens moins syndiqués, qui venaient pour la première fois. Le milieu culturel aussi. Il se passe quelque chose. » A lire ici en intégralité.

C'est, avec Kristof Calvo, l'un des députés qui s'est illustré, cette semaine, pendant les auditions des ministres. La Flandre le découvre, parfait bilingue (ses parents étaient flamands), très à l'aise à la VRT. A 36 ans, Raoul Hedebouw est plus que jamais le communicateur né qui offre au PTB une visibilité supérieure à son poids politique et réussit à gommer les aspérités extrémistes de sa formation.

Elio Di Rupo veut faire reculer le gouvernement fédéral.

Je suis convaincu qu'on peut y arriver. Il y a un débat qui se décante sur des enjeux de société, comme la durée des carrières. Il a lieu dans les milieux syndicaux mais aussi à table, le soir, en famille. C'est neuf et Charles Michel ne sent pas ça.

Il y a quelque chose de plus profond derrière la manif?

Il y a une lame de fond, profonde. Ce qui m'a frappé dans la manif, c'est sa diversité: beaucoup de jeunes, ce qui n'est pas habituel dans une manif syndicale, beaucoup de gens moins syndiqués, qui venaient pour la première fois. Le milieu culturel aussi. Il se passe quelque chose, qui va bien au-delà l'opposition syndicats/gouvernement. Les grèves du lundi seront un succès.

Elles ne risquent pas de crisper une partie de la population?

Tout mouvement social, à un moment, crispe une société. La N-VA et Charles Michel mettent la société sous tension. Cela va provoquer beaucoup de débats et de polarisation. Mais je ne vois pas ça comme un phénomène négatif. Ce mouvement de reconquête sociale qui, au-delà du syndicat, réunit le monde culturel, associatif, les jeunes, on n'avait plus connu ça depuis quinze ans. Cela me donne beaucoup d'espoir.

Méthode Coué?

Non! On peut faire autre chose que ce que proposent Bart De Wever et Charles Michel. Tous les pays européens appliquent des politiques néolibérales et on est à la veille de la troisième récession. Il y a une alternative, c'est ça que le PTB apporte.

Le PS dit pareil!

Le PS a entrouvert la porte de l'austérité, le MR vient de la défoncer. Nous, avec le mouvement social, on est derrière la porte, à essayer de la refermer. Le PS ne s'est pas réveillé de gauche, il s'est réveillé dans l'opposition. C'est différent!

Le PS doit rejoindre le PTB dans la rue?

Et aussi la CSC, la FGTB, les associations… Il faut que le monde du travail reprenne confiance en lui. C'est lui qui va écrire l'histoire sociale de ce pays, pas le gouvernement de droite. Plus il y a de monde derrière nous, mieux c'est.

Ne faut-il pas prioritairement relancer la concertation?

Bien sûr! Mais si le gouvernement ne dit pas qu'il revient sur la pension à 67 ans et le saut d'index, ça ne me semble pas réaliste de démarrer la concertation. Ce sont les deux points que les gens refusent vraiment. Et puis il y a les coupes dans la culture. Cela, c'est la vision de société de Bart De Wever et Charles Michel: la concurrence de tous contre tous, une société élitiste où il faut mériter son emploi, ses allocations sociales. Et, en face, est en train de naître un mouvement social qui refuse ça.

Vous n'en exagérez pas la force? Il ne va pas s'éteindre avec l'année 2014?

Non. Il y a deux éléments importants. D'une part, la hauteur des attaques, inégalées depuis la Seconde Guerre, qui touchent tout le monde. D'autre part, on voit dans tous les pays européens une gauche qui ose, qui relève la tête. Et, oui, la période des fêtes devra être traversée. Mais on essaie de faire prendre conscience qu'on devra continuer après les fêtes.

Entre le PS et le PTB, c'est la course à celui qui séduira le plus les syndicats?

C'est le PS qui n'est plus dans les organisations syndicales depuis 20 ans ! Elio Di Rupo dit qu'il veut retourner dans les usines et les quartiers ? Ça veut donc dire qu'il n'y était plus. C'est grave, pour un parti de gauche ! On voit bien que le PS se cherche. On va exclure 30.000 chômeurs le 1er janvier, c'est une mesure du gouvernement précédent ! Il faut que le PS dise : « On s'est trompés. »

Et vous, vous faites quoi?

Je ne suis pas au Parlement pour convaincre les autres députés. On a toujours dit qu'on serait les mégaphones du mouvement social. Nous voulons être la voix des ouvriers, des employés, des fonctionnaires.

Ce que le PS n'est plus?

Non, ils ne sont pas crédibles. Je me réjouis de voir que le PS se dit que, finalement, un langage de gauche pourrait être utile. Maintenant, ce qu'on attend, ce sont des actes de gauche : sortir de cette logique d'austérité qui nous mène droit dans le précipice. Et le PS peut peser dans ce mouvement de reconquête sociale.

Quid des relations PTB/PS?

Cela se décrispe un peu. Je crois que le PS a fait une grave erreur en nous voyant comme une menace.

Vous finirez avec le même discours?

Mais il y a une question de crédibilité. Nous, on dit la même chose aujourd'hui qu'avant le 25mai! Thierry Bodson reproche à Paul Magnette de faire comme au fédéral? On est des centaines de milliers à tirer ce constat. On sera l'épine dans le pied de la majorité PS/CDH.

Avec Thierry Bodson?

Oui, et avec la CSC, qui mobilise déjà. On n'a toujours aucun chiffre, c'est inconcevable. Je pense que Paul Magnette a compris : maintenant il faut mettre les cartes sur la table. Bleues ou rouges ? De ce qu'on entend, elles sont bleues. Ce n'est pas digne d'une majorité PS/CDH.

Le PTB noyaute la FGTB?

La FGTB est assez grande pour savoir ce qu'elle veut. Et tous les partis sont présents dans les syndicats.

«On est les Galilée de la politique»

Le PTB est devenu un parti comme les autres?

Non, au contraire. Pourtant, il y a une pression terrible au Parlement: toute la machine est construite pour enfermer le débat démocratique autour de 150 députés. On refuse ça. On a les deux pieds dans le mouvement social. J'ai gardé le même salaire, je prends le bus, le train en 2e classe. Quand je sors du Parlement, j'ai besoin d'aller à la cafétéria de la gare Centrale pour discuter avec les gens. Et on grandit: 9.000 membres désormais.

Le PTB est un dangereux?

Non! Nous renforçons la démocratie. Ceux qui la limitent, et c'est ça qui est dangereux, c'est la N-VA de Bart De Wever et Charles Michel qui suit.

Si le PTB grandit comme vous le dites, un jour, il voudra imposer sa révolution à la société?

Non! Vous savez, à Anvers, on est en majorité dans le district de Borgerhout, avec Groen et le SP.A. Et qu'est-ce qu'on fait? On développe la démocratie participative.

Vous voulez faire de la politique autrement, pas la révolution d'extrême gauche?

Non! Ce qu'on veut, c'est construire un mouvement social, un contre-pouvoir.

La nationalisation des entreprises n'est pas pour demain?

Sauf que j'ai toujours dit qu'il fallait rendre publics les secteurs bancaire et énergétique. Il faut relancer une CGER du XXIe siècle. L'urgence écologique est telle qu'on ne peut plus laisser dépendre d'Electrabel le fait d'investir dans la transition énergétique.

Vous allez à contre-courant?

Oui, on sort du paradigme. Mais le jour où Galilée a dit que la terre tournait autour du soleil, on lui a dit qu'il était fou, parce qu'il sortait du cadre. Nous, on est les Galilée de la politique.

Sans Raoul Hedebouw, il n'y a pas de PTB?

Je suis un pur produit du mouvement social et je suis donc mieux à même de traduire cette parole-là. J'ai appris à prendre la parole en public pendant les grèves de 94 et 95. On est tous les produits de mouvements sociaux, et je ne suis que ça.

Vous avez un coach en communication?

Vraiment pas. Je ne le supporterais pas.

Auteur: VÉRONIQUE LAMQUIN (Le Soir)

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