Ruddy Warnier (troisième en partant de la droite) et Frédéric Gillot (quatrième en partant de la droite) devant le Parlement wallon. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Rue-Parlement-rue : les députés du PTB au Parlement wallon pour servir et pas se servir

David Pestieau

En mai 2014, les premiers députés de l’histoire du PTB étaient élus . Parmi eux, Frédéric Gillot, sidérurgiste, et Ruddy Warnier, chauffagiste, ont été élus au Parlement wallon. Un duo de travailleurs qui, par leurs interventions, leur vécu et leur éthique, font bouger les lignes. Plongée dans un travail de pionniers dans un Parlement où tout le monde n’a pas vu leur arrivée d’un bon œil tant elle bousculait les habitudes et codes établis. Des députés qui incarnent l’éthique « made in PTB » : faire de la politique pour servir les gens, et non pour se servir.  Retour sur deux ans et demi d’activisme des députés ouvriers du PTB au Parlement wallon.

« Après avoir passé cinq ans à négocier un traité commercial avec le Canada, les officiels européens ne s’attendaient pas à prêter beaucoup d’attention aux points de vue de gens comme Frédéric Gillot. Ancien sidérurgiste de 54 ans représentant le Parti du Travail de Belgique au Parlement de Wallonie, Monsieur Gillot est l’un des participants du drame qui a vu une assemblée régionale menacer l’accord Union européenne-Canada. » C’est ainsi que s’ouvre le 21 octobre 2016 l’analyse du célèbre Financial Times sur l’opposition de la Wallonie au CETA (lire l'article du Financial Times ici). Il est impossible de comprendre la résistance du gouvernement de Paul Magnette (PS) au CETA sans la forte mobilisation de la société civile, mais aussi  sans la montée en puissance du PTB. Ce sont d’ailleurs les députés PTB qui déposent une proposition de résolution sur le CETA le 7 mai 2015, dans la foulée de leur proposition de résolution sur le TTIP, déposée quelques jours avant.

 

Un fil rouge : le principe « rue-Parlement-rue »

« Partir de la réalité, du concret, de l’avis et de la volonté de changement des Wallon-ne-s, les porter au Parlement, faire sortir et influencer les débats de cette tour d’ivoire pour enfin, revenir vers eux et poursuivre la construction d’un rapport de forces visant à transformer la société actuelle. Cette société où les dividendes passent d’abord, où les emplois disparaissent comment des feuilles au vent et où les riches détruisent la planète. Cette société qui devrait être, et sera un jour, une société des gens d’abord. C’est ça, ce que nous appelons le “rue- Parlement-rue” », explique Frédéric Gillot dans son rapport d’activités 2015-2016

Cela représente chaque année des dizaines de rencontres avec des délégués et permanents syndicaux. Cela implique un soutien systématique aux travailleurs en action, que ce soit lors des grandes manifestations ou lors des piquets de grêve . Cela veut aussi dire de nombreux contacts avec les agriculteurs, qui luttent au quotidien pour pouvoir vendre leurs produits à un prix décent ou qui sont actifs sur des questions d’aménagement du territoire, comme celle de l’extension du zonning des Hauts-Sarts (au nord de Liège). Ou les dialogues engagés avec la société civile comme, par exemple, avec Inter-Environnement Wallonie (IEW) ou Greenpeace. 

Être présent sur le terrain n’est pas un à côté ou un plus du travail parlementaire. Ce sont les deux faces d’une même médaille

Être présent sur le terrain n’est pas un à côté ou un plus du travail parlementaire. Ce sont les deux faces d’une même médaille. Ce fil rouge, ce principe central se retrouve tout au long des 150 interventions faites par Frédéric Gillot depuis le début de son mandat. En témoignent ses 43 questions orales, 41 questions écrites, 7 propositions de résolution et 4 questions d’actualité. En témoignent aussi le taux de présence de 97,5% de Frédéric Gillot, ainsi que ses 50 interventions dans les débats les plus divers : le scandale Publifin, les rémunérations des grands patrons des entreprises publiques wallonnes, la fermeture de Caterpillar, l’état de la Wallonie, la redevance TV, l’exclusion des chômeurs, le Brexit, les compteurs communicants, le tram de Liège, la création d’une nouvelle centrale biomasse, la corruption à l’Office wallon des déchets, etc. (Voir la liste ici) 1 Ces débats sont le plus souvent réservés aux chefs de groupe, c’est-à-dire des politiciens professionnels ayant déjà usé les bancs parlementaires. De son côté, c’est armé de son diplôme d’électromécanique A2 et de son expérience de délégué syndical que Frédéric Gillot s’exprime semaine après semaine devant l’assemblée. Aborder autant de sujets différents demande une grande polyvalence, alors que la majorité des autres députés ont le loisir de pouvoir s’en tenir à leur propre domaine de spécialisation.

De son côté, Ruddy Warnier, se concentre entre autres sur la question du logement. En témoigne la première proposition de décret du PTB qu’il a déposée avant l’été 2016, visant à encadrer les loyers sur le marché privé. Et ses interventions sur l’évolution des primes à la rénovation, sur le remboursement des surloyers, sur les logements publics laissés vides, sur la création de nouveaux logements publics, etc. Il a aussi travaillé sur les frais de consultance des cabinets ministériels, sur les rémunérations des administrateurs publics, sur les coupures de courant en province de Liège, sur le manque de bornes pour recharger les compteurs à budget, sur la situation des familles en règlement collectif de dettes, sur la reconnaissance de l’État palestinien par la Belgique et l’UE, etc. Il totalise ainsi 87 interventions au Parlement wallon depuis le début de son mandat. Ruddy Warnier est par ailleurs également actif au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où il a fait 50 interventions principalement en matière d’enseignement. Il a ainsi abordé la gratuité des repas de midi et de l’accueil extrascolaire, le manque de personnel, la fusion des filières du qualifiant, l’information dans les écoles sur le droit à l’avortement, mais également le statut d’artiste, la sécurité des coureurs cyclistes, etc. 

Avoir du poids, ce n’est pas faire du chiffre

Plus fondamentalement, ce qui compte en politique c’est l’influence réelle  sur les débats. Le fait que le PS parle de taxer les 2% des ménages wallons les plus riches ou de partager le temps de travail est une belle preuve de cette influence de la gauche authentique. Comme le dit Bertrand Henne, journaliste RTBF : « Le problème du moment pour le PS est que chaque proposition, chaque prise de parole, est interprétée par les médias comme une réponse ou un positionnement par rapport au PTB. »2

On a plus d’influence en construisant le rapport de forces sur le terrain qu’en passant tout son temps entre les murs du Parlement

Le PTB montre donc en pratique que l’on a plus d’influence en construisant le rapport de forces sur le terrain qu’en passant tout son temps entre les murs du Parlement. 

Ce n’est d’ailleurs pas le nombre de propositions de loi ou décret déposées qui déterminent l’impact d’un parti. Les faits parlent d’eux-mêmes : pour l’année 2015-2016, 88% des décrets qui sont passés au vote en plénière émanent de projets du gouvernement (68 projets) contre 9 propositions émanant des députés eux-mêmes. Parmi ces neuf propositions de décret, les trois seules qui ont été acceptées sont celles co-signées par des députés de la majorité. Les cinq propositions « 100% MR » et la proposition « 100% Ecolo » ont toutes été rejetées. 

Ecolo a fait de nombreuses bonnes propositions pour assurer la bonne gouvernance. Mais on le voit aujourd’hui dans le scandale Publifin : qu’ont-ils réellement gagné pour mettre l’éthique au centre de l’action politique ? Et ce malgré quatre années passées au gouvernement. Martin Buxant, journaliste RTL, interpelait cette semaine le chef de groupe Ecolo au Parlement wallon en ces termes : « Est-ce que c’est la pression politique que met aujourd’hui le PTB qui permet ce grand déballage sur Publifin ? » 

La démission de Paul Furlan (PS) est maintenant officielle. Enfin. Ce scénario aurait-il été possible en l’absence du PTB ? Il est en tous cas certain que le scandale Publifin aurait été bien plus facile à étouffer s’il n’y avait pas eu, dans les Parlements, des députés PTB qui montrent aux yeux de tous que oui, il est possible de faire de la politique sans s’enrichir. Comme l’a déclaré Frédéric Gillot en séance plénière le 18 janvier : « A nos yeux, les mandataires responsables de ces agissements et ceux qui en ont profité doivent démissionner et rembourser les sommes perçues. Ce serait bien le minimum. La politique ne doit pas servir à s’enrichir personnellement. Et cette règle, au PTB, nous l’appliquons rigoureusement » 

 

 

Furlan avait exclu le PTB des intercommunales dès 2014
Paul Furlan, alors fraîchement désigné ministre des Pouvoirs locaux, a cherché dès le début de son mandat à bloquer l’accès du PTB aux intercommunales. Et avait réussi. Réaction de Frédéric Gillot à l’époque : « Les partis traditionnels ont-ils tellement de choses à cacher ? Les milliers de familles habitant des logements sociaux wallons ont bien le droit de savoir ce qu’il se trame dans les Conseils d’Administration des sociétés de logement. Nos élus communaux n’obtiennent souvent pas de réponse aux questions qu’ils posent et sont renvoyés vers les organes desquels on nous refuse précisément l’accès. Visiblement, cela dérange les gens au pouvoir que le PTB mette son nez dans “leurs” affaires. Sauf que ce ne sont pas “leurs” affaires, mais nos affaires à tous. »

« Il ne peut pas y avoir d’une manière ou d’une autre enrichissement personnel quand on fait de la politique »

Avant l’éruption du volcan Publifin, la lave bouillonnait depuis déjà bien longtemps à propos du cumul des mandats et des rémunérations. Quand Frédéric Gillot parle d’éthique et de rémunérations, il l’applique. Ce n’est pas par hasard si, déjà en mai 2016, il avait déclaré lors d’un débat sur la télé locale namuroise portant sur le cumul des mandats et le cumul des rémunérations : « Il ne peut pas y avoir d’une manière ou d’une autre enrichissement personnel quand on fait de la politique. On ne m’a pas mis un pistolet sur la tempe pour faire de la politique. Je reçois comme député ce que j’avais avant comme prépensionné de la sidérurgie », déclarait-il tout de go, à un André Antoine, président cdH du Parlement wallon. Ce qu’il reprenait le 24 janvier 2017 aux micros de la radio : « Au PTB on vit avec un salaire moyen de travailleur. Quand je fais le plein de 63 euros pour venir à BelRTL je sais ce que ça coûte aux gens. » 

« Au PTB on vit avec un salaire moyen de travailleur. Quand je fais le plein de 63 euros pour venir à BelRTL je sais ce que ça coûte aux gens. »

A défaut d’écouter la colère des gens, André Antoine et ses collègues auraient été bien inspiré d’écouter Frédéric Gillot lors de ce débat. Mais pas du tout. Fin novembre 2016, le PS, le cdH et le MR wallons ont eu l’incroyable idée d’encore revenir en arrière, en voulant supprimer le décret sur le décumul des mandats, avant de changer d’avis suite au tollé populaire. Invité sur le plateau de la RTBF, Frédéric Gillot l’avait déjà souligné : « J’ai été étonné d’entendre un politicien défendre l’idée du cumul pour pouvoir consacrer toute sa semaine à la politique. Je lui ai dit que c’était justement là le problème fondamental : avoir des hommes et des femmes politiques complètement déconnectés de la vie des gens. Nous, nous voulons des mandataires politiques proches des gens. Nous voulons plus d’ouvriers, d’infirmières et de mécaniciens dans les Parlements. Nous ne voulons justement pas uniquement de mandataires professionnels qui ne connaissent que les salons des Parlements. »

La suppression de la redevance TV : on y va pour gagner

Le principe du « rue-Parlement-rue » est aussi au cœur de la campagne portée par le PTB et ses députés wallons pour la suppression de la redevance TV. Le rapport d’activités 2015-2016 des députés l’explique ainsi : « Supprimer la redevance TV est une éternelle promesse des socialistes en Wallonie, où ils sont au pouvoir sans interruption depuis 1988. Michel Daerden proposait déjà de la supprimer en 2008. Les propositions de décret et de résolution se sont succédées depuis. Dernière en date : une proposition de décret du MR, refusée par la majorité PS-cdH en avril 2016. Alors même que le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS) répète depuis des mois qu’il en fait une priorité de son mandat. Il y a les paroles, et puis les actes. 

Ce n’était donc pas d’une nouvelle proposition de décret ou de résolution que les Wallons avaient besoin pour obtenir gain de cause. Mais d’un nouvel élan. C’est dans cet objectif que le PTB a lancé en février une pétition, qui a récolté 24 000  signatures depuis. La moitié ont été récoltées "online”. L’autre moitié a été récoltée en porte-à-porte, sur les marchés et dans les entreprises aux quatre coins de la Wallonie. D’Arlon jusqu’à Tournai en passant par Verviers, des centaines de membres du PTB, députés et élus communaux compris, ont été à la rencontre de la population pour leur proposer de mener ensemble ce combat commun, jusqu’à la victoire. »

L’action pour déposer les 24 000 pétitions au gouvernement wallon, alors en conclave budgétaire, a donné lieu à un échange sur Twitter aussi cocasse que révélateur. Un député PS a jugé bon de faire le tweet suivant : « Pour le PTB, remettre une pétition, c’est faire de la politique. Allez, un peu de sérieux ! » Réponse immédiate de Raoul Hedebouw : « Toute la différence de vision entre le PTB et le PS de ce qu’est le militantisme de gauche résumé en un tweet. » Oui, les députés du parti des gens d’abord n’ont pas d’autres raisons d’être élus que de renforcer le combat collectif. Faire de la politique « avec » les gens, et non pas « pour » eux. Et nous en sommes fiers.

 

Le PTB au Parlement fédéral et au Parlement wallon 

Les travailleurs wallons ont beaucoup plus en commun avec les travailleurs flamands qu’avec les patrons wallons. « Acheter wallon », « tout ira mieux entre Wallons » : vous n’entendrez jamais cela de la bouche d’un élu du PTB. C’est dans la solidarité que nous avons gagné tous nos combats. C’est pourquoi le PTB se bat aux côtés des travailleurs de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie pour maintenir l’unité du pays et de la sécurité sociale. 

Peter Mertens, président du PTB, et son équipe ont fait du parti de la gauche authentique le 4e parti à Anvers aux dernières élections, devant l’Open Vld et le CD&V

Mais la situation politique est bien plus compliquée en Flandre. La colère des gens contre les partis traditionnels y est majoritairement récupérée par des partis de la droite extrême. La N-VA se profile comme un parti anti-establishment, tout en étant au pouvoir avec les partis traditionnels. Et la gauche est historiquement plus forte en Wallonie qu’en Flandre. Cela n’a pas empêché Peter Mertens, président du PTB, et son équipe de faire du parti de la gauche authentique le 4e parti à Anvers aux dernières élections, devant l’Open Vld et le CD&V. 

Pourtant, il a manqué quelques milliers de voix pour faire élire Peter Mertens au Parlement fédéral en 2014, aux côtés de Raoul Hedebouw et Marco Van Hees. Parfait bilingue, Raoul Hedebouw joue donc depuis deux ans le rôle de porte-parole du PTB des deux côtés de la frontière linguistique. Il y a eu ainsi, à partir de cette nécessité, plus d’attention accordée à l’équipe fédérale dans son travail de pionnier. Le service d’études du PTB, par exemple, travaille ainsi en première priorité autour des matières fédérales et ensuite au niveau des matières régionales. C’est ainsi que comme parti émergent, découvrant aussi depuis deux ans et demi le travail parlementaire, toutes les matières et thèmes des Parlements n’ont pu être abordés avec la même intensité.

Un Parlement fait par et pour les partis traditionnels
Il est frappant de constater que les droits des « petits » partis sont curieusement mieux garantis à la Chambre qu’au Parlement wallon. La Chambre garantit en effet à chaque parti le droit de s’exprimer sur son propre agenda politique lors de chaque séance plénière à travers une question d’actualité. Les partis mieux représentés ont droit à deux ou trois questions (cinq à Namur). Il est aussi possible à chaque député de se joindre aux questions d’actualité des autres jusqu’à 11h le matin-même, ce qui favorise les débats. 
Plus grande vitalité des débats, meilleure protection des partis d’opposition : pourquoi ne pas s’inspirer de ce système ? A Namur, le PTB n’a droit qu’à quatre questions d’actualité par an. Et encore : les questions ne sont acceptées qu’à condition que les députés Ecolo ou indépendant n’aient pas rentré une question avant le PTB. On parle beaucoup de renouveau démocratique au Parlement wallon, tout en garantissant aux trois plus grands partis de pouvoir se partager la majorité du temps de parole. 

 

Le Parlement : un milieu hostile pour les travailleurs
Mais le défi est encore plus grand pour des députés issus du monde du travail. Comme le montrent encore des études récentes, les élus des Parlements ne sont pas vraiment un reflet de la population. Qui sont les parlementaires ?
Le dernier Courrier hebdomadaire du Crisp, portant sur le profil des parlementaires francophones en 2015 constate : « Plus des neuf dixièmes (92,3 %) des parlementaires francophones sont titulaires d’un diplôme d’enseignement supérieur (…). Un quart des élus (25,5 %) a acquis une première expérience en qualité d’“employé politique”, avant son entrée dans une assemblée, et plus des six dixièmes (63,0 %) sont, dès avant les scrutins du 25 mai 2014, des “professionnels de la politique” aux plans européen, fédéral, régional ou communautaire. 
Du point de vue de la démocratie, un problème de fond demeure posé : la surreprésentation de certains milieux dans les assemblées et la sous-représentation, voire l’absence totale, d’autres segments de la société. Il y a là matière à discussions et à polémiques. Le syndicaliste Michel Meyer, président de la Centrale générale des services publics (CGSP, FGTB), oppose ainsi démocratie politique et démocratie socio-économique : “Comptez un peu le nombre d’élus dans le monde ouvrier. Pas un seul. Le monde syndical n’est plus représenté par les partis politiques au Parlement. Le seul qui soit parvenu à fédérer et qui est allé chercher des candidats chez les syndicalistes, c’est le PTB. Chez tous les autres, ce sont des docteurs, des juristes qui siègent (...). C’est la fracture entre ceux qui travaillent tous les jours, ramassent les poubelles, mettent les voies, les agents pénitentiaires et ces gens-là. Quand vous êtes assis au Sénat et que quelqu’un ganté de blanc vous sert le café, c’est autre chose que de travailler, par 30 degrés, pour ramasser les poubelles.” »
Pas étonnant que l’essentiel des débats soient monopolisés par une petite minorité de députés capables de s’écouter parler pendant de longues dizaines de minutes chacun, sans notes et sur toutes les matières. 
« La lutte contre la fermeture de la sidérurgie liégeoise a montré comment un mouvement social peut s’éteindre sous l’effet de fausses promesses et de trahisons. Et comme, une fois la lutte éteinte, les promesses ne passent plus le cap de l’activité parlementaire. Le sort fait au décret expropriation en fut une démonstration douloureuse. Et pourtant. La découverte par l’intérieur du travail parlementaire depuis mon élection en 2014 a été une claque, tellement il est vrai que tout y est fait pour rendre le Parlement le moins perméable possible à l’avis des gens, et par conséquent rendre le changement le plus difficile possible », explique Frédéric Gillot.
Les députés de la majorité peuvent en effet bloquer ce qu’ils veulent. Au lendemain des élections, la majorité PS-cdH a refusé de recompter des bulletins de vote à Charleroi malgré un avis positif de la commission électorale suite à des plaintes. Cela montrait que des sièges étaient effectivement en jeu. Beaucoup de gens ont été choqués de cette démonstration de force. Et l’on voudrait un Parlement proche des citoyens ? Mais personne dans la majorité ne veut renoncer à ce privilège de valider personnellement le résultat de sa propre élection. Ces passages en force sont d’ailleurs monnaie courante lors des séances plénières, grâce aux contre-motions, qui permettent aux députés de la majorité de bloquer les débats et les votes sur les motions de l’opposition. 
Ensuite, comme députés ne faisant pas partie d’un groupe, Frédéric Gillot et Ruddy Warnier ont largement moins de droits que les élus appartenant à un groupe politique reconnu : pas de droit de vote en commission, pas d’invitation à la réunion des présidents où se décide ce qui sera (ou ne sera pas) discuté en séance plénière ou en commission, restriction extrême du nombre annuel de questions d’actualité (4), de questions d’urgence (2) et de déclarations d’intérêt régional (2) avec un système de loterie nous mettant en concurrence stérile avec les autres députés hors groupe... Une démocratie à plusieurs vitesses, en somme, où même élus, les députés restent inégaux. 

 

 

Aurélie Decoene est collaboratrice du PTB au Parlement wallon et David Pestieau est vice-président du PTB

1. Beaucoup de ces interventions ne sont souvent pas reprises dans les statistiques sur l’activité des députés, notamment celles faites lors des débats en séance plénière. La comparaison est d’autant plus inégale que la majorité des autres députés ne doivent pas assumer cet exercice difficile • 2. « Les coulisses du pouvoir », Matin Première, La Première, 3 octobre 2016) 

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Commentaires

Bonjour camarades, Pourrais-je connaître la raison de l'abstention de nos députés au parlement wallon concernant le nouveau code du bien-être animal, s'il vous plaît ?