Raoul Hedebouw en direct de la Commission des Affaires sociales. (Photo Solidaire)

Saut d’index : que cache l’« urgence » du gouvernement ?

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Koen Hostyn

Mardi, au Parlement, le débat sur le saut d’index s’est poursuivi jusqu’aux petites heures sous la pression du gouvernement qui veut à tout prix faire passer cette mesure. « Si vous voulez vraiment vous attaquer au handicap salarial, je vous invite à rejoindre les travailleurs berlinois qui manifestent pour réclamer une hausse des salaires », a déclaré Raoul Hedebouw au ministre de l’Economie Kris Peeters (CD&V).

Les Parlementaires n’ont eu accès au projet de loi sur le saut d’index que le lundi à 16 h, soit moins de 24 heures avant le début des débats en Commission des Affaires sociales.

Urgence ?

Le gouvernement a invoqué « l’urgence » pour faire passer coûte que coûte le saut d’index. Mais pourquoi « cette hâte » ? « Ne prévoit-on pas une inflation zéro pour 2015 ? Ne nous a-t-on pas dit que le saut d’index ne coûterait rien à personne ? », a demandé Raoul Hedebouw au ministre Kris Peeters (CD&V) lors de la réunion de la Commission des Affaires sociales. « Monsieur Hedebouw a raison, pour un certain nombre de secteurs le saut d’index est effectivement urgent », a reconnu Egbert Lachaert (Open Vld).

En effet, 200 000 travailleurs pourraient être directement touchés. Pour les coiffeurs, les travailleurs du secteur textile, les travailleurs de l’industrie du verre et les agents de gardiennage, l’indice pivot de 2 % convenu sera atteint dans les prochains mois, mais les travailleurs n’auront pas droit à l’adaptation salariale escomptée. Pour ces secteurs, la dernière indexation remonte à 2012 ou 2013, aujourd’hui l’indexation est repoussée, il faudra donc attendre au plus tôt 2017 pour une nouvelle indexation.

Ce n’est pas un hasard si la présidente de la FEB, également responsable du secteur textile, a tout fait pour accélérer les choses de manière à éviter une adaptation des salaires dans son propre secteur. « Madame Sioen a-t-elle fait pression sur le gouvernement pour accélérer le vote du saut d’index ? », a demandé Raoul Hedebouw au ministre Peeters (CD&V).

Un scénario identique en tous points pour les travailleurs du secteur de la chimie, des services d’aide familiale et des titres-services qui ne verront pas l’adaptation salariale prévue pour 2016. Quant aux travailleurs du secteur du nettoyage, ils perdront dès le mois de juin leur indexation semestrielle. Dans le secteur de la construction et du travail du bois, le mécanisme d’indexation trimestrielle sera supprimé. Dans tous ces secteurs, il faudra attendre 2017 avant que les salaires ne recommencent à être adaptés à la hausse de prix. Les 2% du saut d’index disparaîtront à jamais.

Agenda caché ?

Il y a-t-il une autre raison derrière la volonté du gouvernement d’imposer un saut d’index, car si l’on en croit la presse, une série d’autres mesures sont envisagées qui auront pour effet de faire grimper l’inflation en avril ou mai, notamment une hausse de la TVA telle que suggérée par le ministre des Finances ou encore une hausse des accises. Les travailleurs seront ainsi doublement pénalisés.

D’un autre côté, l’indexation des loyers aura pour sa part bel et bien lieu. Il ressort d’un avis du Conseil d’État que Kris Peeters, qui s’est toujours déclaré contre une indexation des loyers, est désormais habilité à prendre cette mesure. « Dans ce pays, on sait précisément qui peut appliquer un saut d’index des salaires, quant à savoir qui est habilité à appliquer un saut d’index sur les loyers, cela reste visiblement un grand mystère », a réagi Raoul Hedebouw. Pourquoi seuls les salaires diminuent-ils, alors que les loyers peuvent continuer à augmenter ?

Manifestations à Berlin

Pour le gouvernement, le problème majeur reste notre prétendu « handicap salarial » par rapport  à nos voisins. Un problème auquel notre économie serait confrontée depuis 1996. « Si vous voulez vraiment vous attaquer au handicap salarial, je vous invite à rejoindre les travailleurs berlinois qui manifestent pour réclamer une hausse des salaires », a réagi Raoul Hedebouw. En effet, c’est grâce à ces actions que les salaires en Allemagne recommencent à grimper.

Par ailleurs, bon nombre de questions subsistent concernant les chiffres du gouvernement. En effet, il n’a absolument pas été tenu compte des nombreux subsides et aides dont bénéficient nos entreprises. De plus, notre économie est sensiblement plus productive par rapport à la moyenne de nos voisins. De fait, la Belgique est, après le Luxembourg, le deuxième pays le plus productif de la zone euro. Autrement dit, il s’avère bien plus avantageux pour les entreprises de produire en Belgique plutôt que chez nos voisins.

En imposant une norme salariale de 0 % en 2015 et de maximum 0,8 % en 2016, le gouvernement empêche toute concertation sectorielle. De même, les chèques-repas et accords pris dans le cadre de la CCT 90, auxquels on avait recours pour pouvoir négocier une marge salariale dans les secteurs forts, sont totalement bloqués. Le gouvernement envisage également des sanctions allant de 150 à 1 500 euros par salarié à l’encontre des entreprises qui malgré tout accorderaient des augmentations de salaire. Une fois encore le gouvernement de notre pays fait preuve de mépris vis-à-vis de la concertation sociale. De cette manière, la détermination du salaire sera totalement bloquée, y compris dans les secteurs très rentables et/ou les secteurs où les salaires sont très inférieurs à la moyenne de nos voisins.

33 000 emplois ?

Vient enfin la belle promesse selon laquelle le saut d’index du gouvernement conduira à la création de « 33 000 emplois ». Rien n’est moins vrai. En effet, à chaque fois que des experts ont été invités au Parlement, ils ont annoncé des chiffres inférieurs. Il était au départ question de 69 000 emplois, qui sont ensuite passés à 33 000 et enfin à seulement 16 700. En échange, les entreprises ont reçu un cadeau de 2,8 milliards d’euros. Il n’est dès lors pas étonnant que le gouvernement ne veuille plus inviter d’expert et cherche à faire adopter son projet de loi « de toute urgence ».

Parallèlement le gouvernement prévoit la suppression massive d’emplois dans les services publics pour financer ses économies. Et il n’est absolument pas certain que les entreprises utiliseront les 2,8 milliards offerts par le gouvernement pour investir dans la création d’emplois. De même, absolument rien ne garantit que ce cadeau ne sera pas intégralement reversé aux actionnaires. On vient d’ailleurs d’apprendre que les entreprises du BEL20 n’ont jamais versé à leurs actionnaires des dividendes aussi élevés qu’aujourd’hui, une hausse de 11 % par rapport à l’année dernière.

Confiance rompue

En cherchant à accélérer la mise en œuvre du saut d’index, sans même passer par l’avis du Conseil national du Travail (CNT), le gouvernement rompt la confiance avec les partenaires sociaux. Avec ce saut d’index, le gouvernement espère pouvoir endiguer la résistance sociale. « Mais ne prenez pas vos désirs pour des réalités, l’application de cette loi n’entraînera aucun fatalisme, cela va au contraire amplifier la mobilisation et la résistance contre les mesures du gouvernement », selon Raoul Hedebouw.

« Il est temps de changer notre fusil d’épaule. Si l’on veut pouvoir remonter la pente sur le plan économique, les salaires ne sont pas un problème, mais au contraire une partie de la solution », a ajouté Raoul Hedebouw. Faire payer la crise aux travailleurs ne fera qu’enfoncer notre économie plus profondément dans la crise. Le PTB votera donc contre ce saut d’index et soutiendra toutes les actions menées contre le saut d’index et pour l’amélioration des conditions de travail.

 

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Commentaires

Et si on faisait payer la crise aux ministres, roi et sa cliques 42.000 € journaliers quand même et ex roi 3692€ journalier dur de mettre du mazout dans son yacht, et leurs marionnettes? je leur en foutrait moi , alors que des centaines de milliers de gens vivent dans une misère de plus en plus noires ... L'argent est chez eux , qu'il s'alloue un salaire minimexé de 1.000 par mois sans autres avantages et là ces rats d'égout quitterons les navires . Il est temps que les gens réalisent l'urgence de la situation ... Encore 1,2 milliards a trouver ! et dans la poche de qui ? Encore nous ? S.T.O.P ça suffit !!!
LE SAUT D INDEX EST URGENT ? ET LA TAXE SUR LA FORTUNE C'EST PAS URGENT ? On dit qu'il y a un Nouvel un effort a faire 1,2 milliard , oui OK , mais alors c'est pour tout le monde ou personne., Nous on a deja donner , IL ATTENTE QUOI POUR TAXER LE CAPITAL, LA BOURSE,LES BANQUES , ect,,,, ILS VEULENT PEUT ETRE UNE MARCHE NATIONNAL CONTRE L AUSTERITE ET POUR LA JUSTICE SOCIALE ET FISCALE.
Presser le passage de la loi sur le saut de l'index pour bloquer l'augmentation des salaires, notamment dans le secteur du textile ? Une loi pour que les patrons et actionnaires s'en mettent encore plus dans les poches et non pas pour créer de l'emploi comme ils le promettent toujours. Je suis en contact avec des fournisseurs qui dirigent des sociétés de textiles. Chaque année, les représentants voient leur secteur de représentation s'élargir de plus en plus et les firmes au 1er janvier adaptent leurs tarifs à la hausse, bien sûr. Où sont réinjectés ces bonis alors que ces sociétés, patrons, etc ne cessent de se plaindre ? A côté de cela, le personnel travaille toujours de plus en plus pour un saut d'index... Jusqu'où vont-ils pousser leurs hypocrisies,
Le gouvernement je n'y. Crois pas , il nous arnaque , nous les pauvres citoyens, jamais il ne seront d'accord pour taxé les riches, vous savez pourquoi, car ils ne veulent pas être dedans. Eux qui touchent plus de 12000€ par mois. Nous nous n'arrivons pas à nous en sortir,avec un époux qui travaille, femme qui garde les petits à la maison. On ne sait même pas mettre de l'argent de côté pour les vacances, ou pour s'acheter quelques. Choses. Que des qu'on est bien , il nous demande une taxe pour contributions directe et pour voiture , pour tout, nous payons des taxes, nous pauvres citoyens et citoyennes.
Bravo les syndicats, bravo le PTB , Tout autre chose, Heart boven Heart, il faut continuer la lutte contre l'appauvrissement de la population au profit des riches, contre les mensonges et l'hypocrisie ambiante.