Soins de santé trop chers pour 1 Belge sur 12 : Le PTB réclame la gratuité de la médecine générale

Au cours des douze derniers mois, 8 % des Belges ont reporté des soins médicaux parce que ça leur coûte trop cher. C’est ce qui ressort des résultats tout récemment dévoilés de l’enquête nationale de 2013 sur la santé, enquête menée par l’Institut Scientifique de la Santé Publique. L’enquête révèle également que 94 % de la population belge a un médecin attitré, qu’elle contacte généralement en cas de problèmes de santé.

« En août 2014, il est ressorti d’une autre étude réalisée pour le compte de la Commission européenne, que, chaque année, 900 000 Belges reportaient une visite chez leur médecin parce qu’ils ne pouvaient pas la payer. Parmi 31 pays européens, la Belgique occupe à peine la 20e place », déclare le Dr Dirk Van Duppen, généraliste à Médecine pour le Peuple à Deurne et spécialiste de la santé au PTB.

Le Dr Van Duppen exige que la ministre des Affaires sociales, Maggie De Block, instaure immédiatement la gratuité de la médecine générale en tant que première étape en vue de répondre à cette nécessité urgente.

« Récemment, lorsqu’une équipe de reportage de la chaîne de TV publique allemande est venue en visite à Marcinelle, les journalistes ont été surpris qu’en Belgique, les patients devaient payer de leur poche pour consulter un médecin généraliste. La Belgique est l’un des rares pays européens où une visite au médecin est toujours payante », explique le Dr Sofie Merckx, médecin généraliste à Médecine pour le Peuple – Marcinelle.

Les docteurs Van Duppen et Merckx ne sont pas les seuls à estimer que le médecin devrait être gratuit pour le patient. Récemment, quatre professeurs de médecine générale se disaient encore partisans de la suppression du tickets modérateur pour la médecine générale. 

« Cela pourrait se faire rapidement en généralisant l’application du système du tiers payant sans quote-part personnelle. Ou bien par le système du paiement forfaitaire, par lequel, chaque mois, les mutualités paient à la maison médicale un montant fixe par patient », explique le Dr Van Duppen. Pour ce faire, les mutualités paient directement au médecin, via un système électronique. Le médecin n’a plus besoin de rédiger des notes ou de perdre du temps dans la facturation. Le patient ne doit pas apporter d’argent quand il se rend chez le médecin et l’attestation de remboursement pour la mutuelle serait désormais du passé. Et, en cette ère du digital, les mutualités et l’INAMI pourraient régler les paiement de façon bien plus efficiente. Le système fonctionne donc de façon nettement plus simple et il permet également d’économiser.

La médecine générale gratuite est aussi possible du fait qu’elle coûte relativement peu. Le montant total en tickets modérateurs pour les consultations et visites à domicile s’élève à 170 millions d’euros par an. Soit 15 % du budget des médecins généralistes et 0,6 % du budget total de l’INAMI. « En outre, ce coût est regagné par la nette diminution de l’actuelle administration, évitable en soi, et de la paperasserie pour le patient, le médecin, les mutualités et l’assurance maladie. Et, du fait que la médecine générale opère à un seuil aisément accessible, on pourra procéder à un usage plus rationnel de la deuxième ligne et des services d’urgence, comme dans les pays où l’on applique également la médecine générale gratuite », ajoute le Dr Van Duppen.

Se rendre gratuitement chez le médecin est également une revendication juste. Les coûts des soins de santé sont alors entièrement portés par l’assurance maladie et financés via les cotisations à la sécurité sociale et l’argent des impôts, deux mécanismes de redistribution solidaire. 

« Cela réduit l’inégalité, du moins dans l’accès à la médecine générale. Et cela accroît l’universalité de notre assurance maladie, qui repose sur la solidarité », explique le Dr Van Duppen.   

« Laurette Onkelinx m’a un jour demandé, lors d’un débat télévisé : “Albert Frère lui-même doit payer son médecin”, explique Sofie Merckx. Et Maggie De Block a répété cette idée dans les journaux. Elle a dit : “Bill Gates doit-il bénéficier d’un tarif réduit s’il devient un malade chronique ?” Eh bien, en effet, la solidarité universelle suppose qu’Albert Frère et Bill Gates doivent pouvoir aller gratuitement chez le médecin eux aussi. Mais ils doivent toutefois payer leurs impôts de façon correcte. »

Les soins de santé ne sont pas une question de luxe, mais de nécessité.

 

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