T-shirts, les productifs et le capital

David Pestieau

Les rappeurs, les jeteurs de boule de neige, les habitants de Borgerhout, les Wallons, les immigrés, les jeunes, les artistes, les marxistes, et maintenant... les homos : Bart De Wever semble toujours prêt à vouloir opposer groupes et gens entre eux.

Dans la fameuse interview où il stigmatise les homos et leurs T-shirts arc-en-ciel, il va plus loin. Le journaliste l’interroge : « Vous avez dit que la contradiction entre travail et capital n’était plus pertinente, que la nouvelle ligne de démarcation se situait entre les productifs et les non-productifs. » De Wver confirme et développe: « L’État est un monstre qui inspire puis expire de l’argent. Qui apporte l’argent ? Ceux qui créent la valeur ajoutée. Qui consomme cet argent ? Les non-productifs qui sont si importants électoralement qu’on perpétue cette politique.(...) Nous devons travailler plus longtemps, beaucoup plus longtemps.»

« L’État est un monstre qui inspire puis expire de l’argent. Qui apporte l’argent ? Ceux qui créent la valeur ajoutée

De Wever nous dit que la contradiction capital-travail n’existe plus. Il faut oser ! A l’heure où 10 000 familles limbourgeoises sont jetées à la porte par Stephen Odell, le boss de Ford. Tout comme 10 000 familles liégeoises sont priées de quitter la production pour assouvir la soif de profit de Mittal. Alors que le mois de janvier a enregistré un nombre record de faillites sur base mensuelle. De Wever n’a-t-il pas entendu que les dividendes des grands actionnaires en Belgique sont passés de 9 milliards d’euros en 2000 à 30,6 milliards en 2011, soit une hausse de 240 % ? N’a-t-il rien lu des 76 milliards d’euros de bénéfices des 30 000 plus grandes entreprises de Belgique en 2011 ?

Le président de la N-VA affirme que la vraie contradiction de notre société est entre « productifs » et « non-productifs ». Traduisez : entre, d’un côté, les travailleurs , et, de l'autre, les chômeurs, pensionnés, malades. Les uns devraient payer toujours plus à l’État pour que les autres, les non-productifs, consomment. Un vrai langage de haine. Pour opposer « actifs » contre pensionnés et chômeurs. Et voilà la solution N-VA : diminuer le budget de la Sécu et vous faire travailler beaucoup plus longtemps. Jusqu’à 70 ans ?

Qui sont ceux qui produisent les richesses, la plus-value dans cette société ? Les travailleurs et leurs familles. Et qui se l’accapare, qui vide réellement les caisses de l’État ? Les multinationales comme Mittal qui échappent à l’impôt2. 20 des 100 plus grandes multinationales au monde utilisent les routes du paradis fiscal belge. Elles réalisent en Belgique 25,4 milliards de profit et paient 0,18 milliard d’impôt3. Les milliardaires comme Arnault – accueilli avec enthousiasme par la N-VA et le MR – qui ne paient pas un centime d’impôt4. Les spéculateurs qui, derrière leur écran, jouent avec l’épargne de millions de travailleurs. N’est-ce pas eux les non-productifs, les parasites de notre société ? De ceux-là, De Wever ne parle jamais, ni les libéraux. Pourtant c’est chez eux, chez les responsables de la crise, qu’il faut aller récupérer ces milliards nécessaires pour offrir un avenir à notre jeunesse et un repos mérité à nos anciens.

1. De Standaard, 2 février 2013 • 2. Comme l’a encore révélé le service d’études du PTB la semaine dernière (voir p4 de ce journal) • 3. L’Echo et De Tijd, 2 février 2013 • 4. De Morgen, 1er février 2013 ; Arnault a payé zéro euro d’impôt après avoir fait 193 millions d’euros de profit...

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