Le président du PTB, Peter Mertens, lors du défilé du 1er Mai à Anvers. (Photo Solidaire, Han Soete)

« Tout peut changer dès le moment où ne fût-ce qu’une personne ose dire "non" »

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Peter Mertens

Le PTB a placé ce 1er Mai 2018 sous le slogan « Moins de profiteurs, plus de pension ». Dans son discours, à Anvers, le président du PTB, Peter Mertens, a notamment exprimé son respect pour la lutte des travailleurs et travailleuses de Lidl et s’est réjoui du printemps social à venir, en invitant chacun à oser à nouveai dire « non ».

Chers amis et camarades,

Aujourd'hui, nous sommes tous ceux de Lidl.

Lidl, c'est la superflexibilité. Il faut être à la caisse, décharger les palettes, remplir les étagères, cuire les petits pains, garder le parking propre. S'impliquer partout. Et ne jamais être promu.

Lidl, c'est le travail à temps partiel avec 0 % de chance d'un contrat à temps plein. Et c'est justement dans ce secteur que le gouvernement introduit les emplois flexibles. Ce qui met encore plus de pression sur les contrats.

Les travailleuses de Lidl bossent comme des dingues pour 1 300 euros par mois. Et, pendant ce temps, le patron de Lidl est devenu l’homme le plus riche d'Allemagne.

Lidl, c'est un horaire qui change constamment. Au piquet de grève, j’ai entendu comment de nombreuses jeunes femmes doivent inscrire leurs enfants à cinq jours de crèche, même si elles ne travaillent que 20 ou 24 heures. Disponible à temps plein disponible, payé à mi-temps. Voilà la réalité.

Lidl, ce sont les pires salaires du secteur. Et ils sont déjà bas.

Et, alors que certains se tuent au travail, d'autres en récoltent les fruits. C'est la raison d'être de toute la politique actuelle.

Les travailleuses de Lidl travaillent comme des dingues pour 1 300 euros par mois. Et, pendant ce temps, Dieter Schwarz, le grand patron de Lidl est devenu l’homme le plus riche d'Allemagne. Il a amassé une fortune de 37 milliards d'euros. 1 300 euros pour certains. 37 milliards d'euros pour les autres. Allez, quoi.

Flexibilité et bas salaires. Mais ce n'est pas l'essentiel. « Tout peut changer dès le moment où ne fût-ce qu’une personne ose dire "non" », écrivait Bertolt Brecht.

Chez Lidl, ils ont dit « non ». Pas seulement une personne, mais beaucoup de personnes. Vraiment beaucoup. Comme un feu qui s’étend. Les magasins étaient fermés avant même qu'un représentant syndical ne soit arrivé. De nombreuses personnes adhèrent à un syndicat pour la première fois de leur vie. Parce que les syndicats osent dire non aux diktats de Dieter Schwarz et aux laquais de Schwarz & Co dans notre gouvernement.

Celles de Lidl, celles qui n'avaient pas de voix, justement elles, osent se battre, chers camarades. Respect. Qu'elles soient un exemple de printemps social chaud pour tout le monde.

L’establishment tremble

Chers amis et camarades,

Nous sommes tous ceux de Lidl. Nous sommes tous concernés. Sauter d’une tâche à l’autre, sans jamais être promu. L’hyperflexibilité. L’allongemet des carrières. Et aucun respect. Bien au contraire. Celui qui se retrouve avec un poignet cassé, un dos en compote, un corps usé ou qui s’écroule en burn-out risque, avec les mesures du gouvernement, d'être mis à la rue.

Nous aussi, disons « non ». Comme celles de Lidl. Car personne ne peut faire face à cette pression au travail jusqu'à 67 ans

Nous aussi, disons « non ». Comme celles de Lidl. Personne ne peut faire face à cette pression au travail jusqu'à 67 ans. Personne. La coupe est pleine, et partout le feu de la résistance sociale est allumé. Chez AB InBev, chez Telenet, chez Brussels Airlines, chez DDS-Verko. « La Flandre semble être en feu social à la veille du 1er mai », écrivait De Tijd ce week-end.

L’establishment est terrifié parce que les gens osent à nouveau dire « non ». Les empereurs flamands sont paniqués parce que les gens ouvrent la bouche, défendent leurs droits et entrent en action. Et ça, pour les nationalistes flamands, ce n'est pas permis. Ils veulent des syndicats du dimanche, qui acquiescent sans rien dire et qui sont tenus en laisse par l'empereur.

« Des crapules ». C’est comme ça qu’Annick De Ridder, de la N-VA, a qualifié hier les employés de Lidl et leurs syndicats. Eh bien, la même Annick De Ridder n'aurait même pas eu le droit de vote sans le droit de grève, et n'aurait même pas eu un week-end ou un jour de congé payé sans les syndicats.

Tous les droits sociaux dans notre pays ont été arrachés par la lutte. Tous. Par la lutte. Et les militants ont toujours été qualifiés de « vandales » et de « crapules » par l'establishment. Et les séparatistes ont toujours été du mauvais côté, chers camarades.

Le Premier Mai est une journée de lutte du monde du travail. Le Premier Mai appartient au monde du travail et aux syndicats, et ce Premier Mai est dominé par tous ceux qui osent dire « non » à l'état actuel des choses. Cela commence avec une personne, avec une entreprise qui dit non, et cela se terminera par un mouvement beaucoup plus important. Nous vaincrons. We shall overcome.

Retour aux privilèges héréditaires

Chers amis et camarades,

Alors que les travailleuses de Lidl sont en action dehors sous la pluie pour un minimum de dignité, le gouvernement MR-N-VA intronise Cédric Frère sur un siège héréditaire à la Banque Nationale de Belgique. Travail d'un côté, haute finance de l’autre.

Il s'agit d'un gouvernement qui redonne à ses amis milliardaires des privilèges héréditaires

C’est d'abord Albert Frère qui y a siégé, lui qui s'est enrichi de milliards de subventions publiques pour le secteur sidérurgique.

Ensuite, son fils Gérald Frère. Depuis vingt ans, directeur à la Banque Nationale. Et maintenant ?

Maintenant, le ministre des finances N-VA nomme Cédric Frère, le petit-fils d'Albert Frère.

Voyez ça : le père Albert, le fils Gérald, et le petit-fils Cédric. Génération après génération, l’élite économique belge est aux commandes de la Banque Nationale de Belgique. Grâce à la N-VA et au MR.

Et que font les ministres de la N-VA, quand le député PTB Marco Van Hees vient leur agiter leur népotisme sous le nez ? Regardez la vidéo. Jan Jambon sourit. Il s'en moque. Arrogant. Pleine d'autosatisfaction. Sûr de leur impunité.

Car c’est de ça qu’il s’agit. Il s'agit d'un gouvernement de l’entre-soi. Un gouvernement qui redonne à ses amis milliardaires des privilèges héréditaires. Et qui, après, s’emballe sur les valeurs des Lumières.

Père, fils et petit-fils, tous dans les plus hautes positions de l'establishment belge grâce au MR et à la N-VA. C’est l’entre-soi. Et c'est un gouvernement de l’arrogance et de l’impunité. Ça suffit. Il est temps de dire « non ».

Ils nous mentent

Chers amis et camarades,

Nous sommes gouvernés par des partis de la haute finance. Auto-satisfait et arrogant. Ils se moquent bien des conditions de travail des caissières du Lidl ou des ouvriers d'AB InBev. Ils s'accrochent à leur poste et mentent sans rougir.

Car oui, ils mentent. Ils ont menti sur l'âge de la pension. Aucun parti n'a écrit dans son programme que l'âge de la pension devrait être relevé, mais après les élections, l'âge a été rapidement relevé.

Nous devons simplement dire « non ». Non, et nous organiser. Non, et nous mobiliser

Ils ont menti sur les exceptions qui devaient venir. « Presque personne ne devra travailler plus longtemps. Ce n'est pas vrai. Une exception après l'autre est en train d'être démantelée. Les gardes, les pompiers, la police, les institutrices de maternelle, l’enseignement… tous doivent travailler plus longtemps. Tous perdent leur pension.

Ce gouvernement ment, et pas seulement au sujet de nos pensions.

Il ment sur les avions de chasse, qui peuvent parfaitement être prolongés.

Il ment à propos du « travail faisable ». Il n’y a rien de tout ça. Les flexijobs ont été mis en œuvre et les employés ont encore moins de contrôle sur leurs propres heures de travail.

Il ment sur les malades de longue durée. Il y aurait un trajet de réintégration. Mais, dans les faits, c’est devenue un trajet de sortie pour faciliter le licenciement. Depuis, 13 000 des 16 000 malades de longue durée qui suivent le trajet ont été licenciés sans frais.

Il ment sur la façon de s'attaquer aux grandes entreprises. Ils utiliseraient même un type spécial d'alligator, un caïman. Cela devait rapporter 500 millions d'euros, cette taxe Caïman. Il y a trois ans, en mars 2015, nous avions déjà averti qu'il s'agirait d'un crocodile sans dents. Et, en effet, les rentrées sont cent fois moins élevées que prévu. Cent fois moins ! Seulement 5 millions d'euros.

Il ment sur le budget en équilibre. Rien du tout. Ils ont utilisé le tax shift pour mener une politique de cadeaux avec notre argent. Une politique de cadeaux aux grandes entreprises aux dépens de la sécurité sociale.

Ça suffit, chers amis et camarades. Nous devons simplement dire « non ». Non, et nous organiser. Non, et nous mobiliser. Disons non et allons ensemble à Bruxelles le 16 mai. Pour manifester. Pour des pensions décentes. Pour un travail décent. Pour le respect.

Printemps social européen

Chers amis et camarades,

Aujourd'hui commence le printemps social.

Au moment où je parle, des centaines de milliers de Français descendent dans la rue pour soutenir les cheminots et leurs syndicats

Pas seulement ici, mais dans toute l'Europe.

En Allemagne, les services publics se mobilisent depuis des mois pour imposer à nouveau de sérieuses augmentations de salaire après de nombreuses et maigres années. Et, hier, les services publics se sont également mis en grève chez nous. Quatre fonctionnaires sur cinq qui prennent leur pension ne seront pas remplacés. Ceux qui restent devront travailler plus dur et plus longtemps pour une pension moins élevée. Des coupes sont aussi réalisées dans les moyens accordés aux entreprises publiques. Donc, hier, les fonctionnaires et leurs syndicats ont dit « non ». Et nous sommes de leur côté. Parce que ce sont nos services publics.

En France, les cheminots se sont lancés dans une première épreuve de force avec le président Macron. Macron veut briser les syndicats du chemin de fer, tout comme Thatcher voulait briser les syndicats du secteur minier à l'époque en Grande-Bretagne. Mais cela ne fonctionnera pas. Les cheminots ont élaboré un plan d'action, avec deux jours de grève par semaine, pour éviter la privatisation des chemins de fer. Ils ont le soutien des éboueurs, des infirmières, des travailleurs du secteur de l'énergie, des étudiants et de nombreux jeunes. Et, au moment où je parle, des centaines de milliers de Français descendent dans la rue pour soutenir les cheminots et leurs syndicats. Tous ensemble ! Tous ensemble !

En Espagne, la mobilisation contre la version espagnole de la pension à points se poursuit. Les manifestants réclament une augmentation des pensions et annoncent qu'ils continueront d'augmenter le nombre de manifestations jusqu'à ce que leurs demandes soient satisfaites.

Le printemps social a commencé. Et c'est nécessaire.

Vous savez, pour une femme de ménage, l'âge moyen auquel la santé se détériore n'est même pas de 55 ans. Il faut bien comprendre ce que ça veut dire. À 55 ans, le corps dit : stop, ça suffit.

Et que fait ce gouvernement ? Elle les fait travailler jusqu'à 60 ans. Personne ne pourra s'arrêter avant l'âge de 60 ans. Pas même les personnes qui exercent les métiers les plus pénibles. Quelle indignité.

Le gouvernement hésite à faire passer cette pension à points. Et cette hésitation n'est due qu'à la mobilisation

Ceux qui peuvent prendre une pension très tôt, et en touchant quelques milliers d'euros, prennent les meilleures années de tous les autres. C'est une honte. C’est pour cela que nous devons aller manifester à Bruxelles.

Nous devons également nous rendre à Bruxelles pour mettre fin à la pension à points. Une pension à points qui ne fera qu'accroître l'insécurité, et nous faire travailler plus longtemps pour moins de pension. Comme c'est déjà le cas en Allemagne, où l'on voit aujourd'hui des personnes âgées fouiller les poubelles. Le gouvernement hésite à faire passer cette pension à points. Et cette hésitation n'est due qu'à la mobilisation. Nous devons maintenant insister pour que tout ce système de tombola soit envoyé à la poubelle une fois pour toutes.

Que chacun mette trois nombres dans sa tête : 65 - 60 - 58. Nous voulons ramener l'âge de la retraite à 65 ans. Nous voulons une pension anticipée à 60 ans. Et nous voulons une prépension à 58 ans pour les personnes qui ont travaillé pendant 40 ans dans un métier pénible, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Voilà pourquoi nous serons à Bruxelles.

Le gouvernement s’agenouille

Chers amis et camarades,

Tout peut changer dès le moment où ne fût-ce qu’une personne ose dire « non ». Non aux spécialistes de la magouille de notre pays, la N-VA. Aujourd'hui, les pacifistes autoproclamés de la Volksunie sont devenus les principaux hommes de main du complexe militaro-industriel américain.

Ils sont heureux de distribuer des drapeaux flamands, mais, entre-temps, ils ont vendu notre électricité à Gaz de France, vendu nos maisons de retraite à la multinationale française Medica, et notre armée à Lockheed Martin.

Aujourd'hui, nous sommes tous ceux de chez Lidl. Nous sommes ceux qui osent dire « non ».

Le chef adjoint du Cabinet du ministre de la Défense a même échangé son emploi au Cabinet contre un emploi chez Lockheed. Et il ne veut même pas venir témoigner à ce sujet. À la demande des fabricants d'armes américains, ce gouvernement veut acheter des F-35 hors de prix. « Les dindes volantes », voilà leur surnom. Trop gros et avec des ailes trop petites. Juste pour faire gagner de l'argent à Lockheed Martin.

Quinze milliards d'euros, voilà une blague qui coûte cher, ces dindes volantes. Un fonds avec les 15 milliards d’euros destinés aux avions de chasse permettrait de verser 415 euros supplémentaires par mois pendant dix ans aux 300 000 pensionnés qui vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. C'est un choix politique. Au service de qui est-on ?

Le choix de ce gouvernement est clair. Ils ne servent pas le peuple. Ils s'agenouillent devant les vœux de flexibilisation de Fernand Huts, ils s'agenouillent devant la dynastie des Frères, ils s'agenouillent devant le lobby nucléaire de Suez, et ils s'agenouillent devant l'industrie de guerre américaine. Et nous disons « non », parce qu'il est de notre devoir de dire « non » haut et fort à cette folie.

Gauche offensive

Chers amis et camarades,

Aujourd'hui, nous sommes tous ceux de chez Lidl. Nous sommes ceux qui osent dire « non ».

Nous sommes ici sur les épaules de tous ceux qui se sont levés avant nous, de tous ceux qui ont osé dire "non" aux capitalistes

Non, des services publics forts ne sont pas impayables. La politique de cadeaux aux grandes entreprises et aux millionnaires, aux lobbies du diamant et compagnie, ça, c’est impayable.

Non, de bons salaires ne sont pas impayables. Les salaires mirobolants des CEO des grandes entreprises, eux, sont impayables.

Non, les pensions ne sont pas impayables. La soif de profit de Lockheed Martin et de l'industrie de guerre américaine, ça, c’est impayable.

Et non, nous n'avons pas perdu. Ceux qui abandonnent ont perdu. Nous, nous relevons la tête, en ce 1er Mai, comme des générations de travailleurs l'ont fait avant nous. Nous sommes ici sur les épaules de tous ceux qui se sont levés avant nous, de tous ceux qui ont osé dire "non" aux capitalistes.

Et nous croyons en notre force. Nous sommes la gauche offensive. Offensive sur le terrain. Offensive dans les alternatives fiscales. Offensive dans la mobilisation. Offensive dans la solidarité. Avec ceux de Lidl dans le monde entier, et avec tous les Lidl à venir.

Merci camarades, je vous souhaite un Premier Mai combatif !

Le porte-parole national du PTB, Raoul Hedebouw, a quant à lui prononcé un discours tout aussi combatif à Liège. À regarder ici.