Photo Solidaire, Karina Brys.

Trois ans plus tard, où en sont les engagements des élus anversois du PTB ?

auteur: 

Irina Meeusen

auteur: 

Steven Boers

Que sont devenus les engagements et les promesses du PTB, trois ans après avoir obtenu ses premiers élus locaux à Anvers ? Les candidats avaient promis d’œuvrer à être la voix de l’opposition qui vient d’en bas, à une gestion politique en faveur des 99%, à réunir au lieu de diviser. Les élus ont rendu des comptes à mi-mandat à la population anversoise lors de quatre soirées de rencontre.

Lors des élections communales de 2012, le PTB avait obtenu quatre élus au conseil communal d’Anvers, un conseiller CPAS à Anvers, ainsi que 17 conseillers de district. En outre, le PTB a mis sur pied une majorité progressiste dans le district de Borgerhout avec le s.pa et Groen. Zohra Othman devenait ainsi la première échevine du PTB au niveau national.

Cependant, pour le PTB, qui entend être le mégaphone du mouvement social et des 99 %, il n’était pas question d’en rester aux belles paroles. Pendant quatre soirées d’un « Tour Progressiste d’Anvers » à Deurne, Anvers, Wilrijk et Borgerhout, les élus ont donc rendu des comptes, établi un bilan et abordé les perspectives pour l’avenir avec les habitants.

Anecdotes hallucinantes

Des centaines de personnes sont venues écouter les aventures parfois hallucinantes que Peter Mertens, Mohamed Cheeba et Mie Branders vivent sur les bancs de l’opposition au conseil communal d’Anvers, en face du bourgmestre Bart De Wever lui-même. Les amendes de centaines de millions d’euros dues par les entreprises portuaires qui ont été effacées en un clin d’œil ; les voyages d’agrément à Singapour et à Dubaï que Peter Mertens s’est vu offrir – et qu’il a évidemment refusés – pour le convaincre de ne pas trop s’opposer aux décisions en faveur des comptes en banque des gros bonnets du port ; l’attitude carrément grossière de la majorité envers l’opposition et les citoyens qui interpellent le collège…

Photo Solidaire, Karina Brys

Lors de ces soirées, on a aussi appris comment les partis d’opposition ont subitement été exclus du conseil de direction du port parce qu’ils se montraient trop critiques et, surtout, parce qu’on ne voulait pas que les arrangements convenus entre les autorités communales et les CEO soient rendus publics. La démocratie ne fait pas toujours bon ménage avec le business.

Mohamed Cheeba a raconté comment une entreprise portuaire faisait porter du matériel très lourd par les travailleurs à travers les escaliers parce qu’elle trouvait trop cher de faire réparer l’ascenseur. Le comble de son anecdote était que la même entreprise offrait en même temps un ascenseur d’une valeur de 300 000 euros au MAS, le nouveau grand musée d’Anvers, pour avoir un pied dans le pouvoir communal.

Heureusement, depuis l’opposition, le PTB a aussi pu décrocher quelques victoires, comme les nouveaux vêtements de protection qui ont finalement été accordés aux pompiers. Une victoire très appréciée des pompiers, profession où l’on meurt sept ans plus tôt que la moyenne de la population.

Le PTB fait aussi en sorte que les dossiers sensibles aboutissent dans les médias au lieu d’être discrètement balayés de la table. Il œuvre à ce que les demandes et revendications des citoyens ordinaires soient exposées au conseil communal.

Rue-conseil-rue

Qu’il s’agisse de l’augmentation des taxes sur l’énergie dans toute la Belgique, de la violence policière à Anvers ou de la privatisation des crèches, le changement ne s’obtient pas dans l’isoloir ou avec une simple interpellation au conseil communal. Le changement social se conquiert ensemble, et le PTB applique donc son principe de rue-conseil-rue tant là où il est dans l’opposition que là où il siège dans la majorité. Ses élus amènent devant le conseil ce qui se vit dans la rue et reviennent ensuite vers les gens pour rendre des comptes. Cela fait déjà trois ans qu’ils font cela, et les sondages – même s’ils ne sont jamais que des sondages – montrent que le PTB est sur la bonne voie.

De la rue au conseil communal : le PTB sort ses antennes, regarde, écoute et discute avec les gens pour savoir ce qui les préoccupe. Ce qui se passe dans la pratique, les élus l’emmènent dans leur conseil. Mohamed Chebaa, par exemple, travaille lui-même dans une entreprise portuaire et connaît les soucis quotidiens des ouvriers qui travaillent dur bien mieux que n’importe quel autre conseiller communal. Ils font enquêtes auprès des gens, collectent des signatures pour des pétitions et discutent avec leurs concitoyens de l’austérité, des taxes locales ou encore de la privatisation du ramassage des déchets. C’est avec ces histoires et témoignages qu’ils se rendent aux séances.

Et ensuite, retour du conseil vers la rue. C’est d’en bas que la pression est mise sur la politique antisociale. C’est là que se trouve la force du PTB. Ainsi, après l’interpellation de Peter Mertens au conseil communal sur les investissements d’une entreprise saoudienne dans le port d’Anvers, le PTB a renforcé sa question en menant une action juste avant le conseil d’administration du port d’Anvers. Avec des initiatives comme le festival Diversity in Antwerp City, organisé par les jeunes du PTB anversois en mai 2016, un signal est donné de manière positive, ludique et massive pour une ville sans racisme ni violence policière.

Une politique positive face à la politique de casse

La majorité anversoise mène une politique de casse sociale : la taxe « égouts » a augmenté de 73 %, une taxe sur les magasins « qui donnent une mauvaise image » a été introduite, les coûts de parking ont augmenté de 17 %, les frais des démarches pour un mariage ont augmenté de 800 %, etc. La Ville mène en outre une politique de l’autruche et serre encore davantage les cordons de la bourse pour tout ce qui est social et public : cela va de la crise du logement et du manque de volonté d’investir dans les logements sociaux à la privatisation des crèches, en passant par le désinvestissement dans les espaces et les services publics. En bref : les 99 % doivent plus que jamais payer pour le 1 %.

S’opposer à cette politique est important, mais pas suffisant. Il faut également pouvoir avancer des alternatives constructives et réalisables. Cela fait déjà 40 ans que le PTB peut se qualifier de « fier parent » de Médecine Pour le Peuple, un réseau de maisons médicales où se pratique la médecine de première ligne gratuite pour tous. Ces trois dernières années, le PTB a investi dans des bonnes pratiques et des expériences positives.

Photo Solidaire, Karina Brys

Depuis que Zohra Othman, par exemple, est devenue en 2013 échevine de la Jeunesse à Borgerhout, un des districts les plus jeunes et les plus densément peuplés de l’agglomération anversoise, ce district s’est révélé un modèle en matière de politique de la jeunesse. « Alors que le district ne touchait que 500 jeunes en 2012, ce chiffre a été multiplié par dix en trois ans. Nous atteignons 5 000 jeunes. La politique de la jeunesse a aussi fait un énorme bond en avant au plan qualitatif : grâce à l’implication des jeunes dans la gesiton des places publiques, la sécurité a été renforcée, de même qu’une offre d’activités de temps libre active, ouverte et gratuite, explique Zohra Othman. D’autres districts ont même montré de l’intérêt pour adapter le modèle de Borgerhout dans leurs quartiers. Nous sommes donc fiers de notre projet-modèle qui réunit, qui est fait à la mesure des gens, quelles que soient leur origine, religion ou âge. Il s’agit de projets qui, avec peu d’argent et d’efforts, peuvent atteindre un maximum de gens et montrent qu’on peut faire autrement. Nous donnons aux jeunes une responsabilité, nous nous basons sur les gens et recherchons ensemble des solutions. »

Un travail de prévention durable

Les conseillers communaux Peter Mertens et Mie Branders travaillent également sur des questions d’actualité brûlantes comme la violence policière, l’embrigadement djihadiste et le terrorisme. Au conseil communal, ils plaident pour une stratégie préventive à long terme au lieu de simplement combattre les symptômes en mettant encore davantage de policiers et de militaires dans les rues. « Fermer une école, c’est ouvrir une prison. »

Comment s’attaquer au racisme et à la violence disproportionnée de la police ?1 Il faut qu’il y ait un changement de culture au sein de la police, réaliser des audits externes et créer un point de contact très facilement accessible. Et qu’en est-il de la radicalisation et du travail le plus efficace possible pour empêcher de nouveaux actes terroristes ? « Le problème est notamment qu’il y a trop peu de personnel pour des enquêtes approfondies, répondent les élus PTB. D’après le ministre de l’Intérieur Jan Jambon lui-même, les services ont trop d’informations à traiter. Les attentats de Bruxelles auraient peut-être pu être évités en mettant suffisamment de personnel pour analyser ces informations. Et, nous le voyons, même la présence de l’armée à l’aéroport n’a pas pu empêcher un attentat. »

Le travail ne manque donc pas. Pas plus que les prochains rendez-vous : en mai, un festival pour la diversité est prévu à Anvers, des actions collectives contre les taxes injustes sont prévues, etc.

1. Alors même que les soirées avaient lieu, on a appris que quatre policiers anversois ont volé, battu et racketté des personnes sans papiers.