Un mouvement social peut prendre de l’ampleur dans les prochaines semaines avec le plan d’action syndical prévu pour la deuxième moitié d’avril. Un mouvement qui peut rendre confiance à la démocratie du nombre face à la dictature du chiffre. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Un saucisson à ne pas avaler

David Pestieau

Imaginez : une Loi unique ou un Plan global. Avec au menu : 23 milliards d’économies1, baisse des salaires réels de 0,4 %2, préavis réduits pour plus de la moitié des travailleurs3, 5 000 pertes d’emplois dans la fonction publique4, forte baisse de la dotation à la Poste et à la SNCB, hausse des heures sup’ permettant des semaines de travail de 41 heures, allongement des carrières de 2 à 4 ans, baisse, jusqu’à 42 %, des allocations de chômage, quasi-gel des dépenses en soins de santé à l’heure du papy-boom, hausse des prix dans les transports publics urbains et fermeture de lignes, restrictions dans les communes avec milliers de pertes d’emplois et diminution du budget  aux CPAS, vente des participations publiques.

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait-elle que pure coïncidence ? Non, ceci pourrait être la réalité de la Belgique d’ici juillet 2013.

Sauf que le gouvernement Di Rupo n’a pas déposé en une fois cette Loi unique. Mais l’a étalé sur 15 mois, à travers 5 conclaves budgétaires. « Saucissonnage », appelle-t-on ça en français de Belgique. Pernicieux, car une bonne partie de l’application sera sous-traitée à d’autres institutions et entités.

Bien sûr, il y en a toujours qui trouvent qu’on n’a pas été assez loin. Comme Herman Van Rompuy qui affirme que « ce que la Belgique a économisé n’est pas très impressionnant »5. Mais ces discours ne doivent pas nous endormir pour nous faire avaler qu’« on a échappé au pire ».

Car ce gouvernement a déjà été loin, très loin. Si l’on regarde leur impact, ces mesures vont profondément changer la physionomie de notre pays. Dans un sens antisocial. Sans nous faire sortir de l’ornière de la crise, au contraire. Car l’austérité alimente la récession. Et tout ceci sans nous mettre à l’abri d’un scénario à la chypriote : la « bad bank » Dexia peut déraper au premier coup de vent de crise financière.

Inverser cette politique ne viendra que d’un large mouvement social : dans les entreprises, dans les services publics, dans les communes, dans la jeunesse. Un mouvement qui exige que ceux qui ont causé la crise paient les pots cassés. Car ceux-ci en ont les moyens : « Dividendes record pour les actionnaires », titraient les journaux financiers de ce week-end, pointant une hausse moyenne de 10 % pour les sociétés belges6.

Le gouvernement ne nous a pas mis à l’abri d’un scénario à la chypriote : la « bad bank » Dexia peut déraper au premier coup de vent de crise financière.

Un mouvement social qui peut prendre de l’ampleur dans les prochaines semaines avec le plan d’action syndical prévu pour la deuxième moitié d’avril. Un mouvement qui peut rendre confiance à la démocratie du nombre face à la dictature du chiffre.

Ainsi, Time Magazine titre « Comment la lutte de classe est en train de façonner le monde ». Et précise : « Il y a des signes qui montrent que les travailleurs du monde entier sont de plus en plus impatients. Si les politiciens ne sont pas suffisamment inventifs pour garantir l’équité économique au plus grand nombre, les travailleurs du monde entier ne pourront que ressentir le besoin de s’unir. Et Marx pourrait obtenir sa revanche. »7.

1.19,4 milliards d’économies réalisés depuis décembre 2011, à quoi devrait s’ajouter 4 milliards en juillet 2013 lors de la confection du budget 2014 • 2. Par un gel salarial et une manipulation de l’index • 3. C’est l’intention du gouvernement d’harmoniser les statuts employé-ouvrier • 4. Par un gel des engagements dans tous les départements sauf ceux liés à la sécurité • 5. De Zondag, 31 mars 2013 • 6. L’Echo et De Tijd, 30 mars 2013 • 7. Marx’s Revenge: How Class Struggle Is Shaping the World, business.time.com, 25 mars 2013

Étiquettes