Photo Solidaire, Karina Brys

Une Alliance gay-hétéro dans chaque école

Imaginez : une organisation d'élèves qui, dans chaque école, s'opposent à toute forme de discrimination. Les élèves de ces écoles se sentent mieux dans leur peau. Et cela ne s'arrête pas aux portes de l'école. Cette proposition du programme Arc-en-ciel, le programme pour les holebis et les transgenres du PTB à Anvers rencontre un gros succès.

Peter Mertens, président du PTB et tête de liste pour le conseil communal anversois, explique : « Nous voulons promouvoir le modèle des Alliances gay-hétéro (AGH). Les AGH sont des organisations dans lesquelles les jeunes conjuguent leurs efforts pour s'opposer à l’homophobie, à la transphobie, au sexisme et au racisme. » Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

Tu es jeune et tu te sens différent(e). Tu n'en es pas encore à utiliser le terme « homo » ou « lesbienne », car ce sont des mots d'insulte, chez toi, à l'école. Tu te sens désespérément seul(e), tu n'oses pas en parler. C'est une situation que connaissent des milliers de jeunes LGBT+ (LGBT désigne les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transgenres). Ce sentiment de « différence » peut provoquer toutes sortes de difficultés. Une étude de l'Université de Gand a révélé que, parmi les LGBT+, un sur quatre a entrepris une tentative de suicide. Pour les transgenres, ce chiffre est encore plus élevé.

 Les élèves mieux dans leur peau grâce à la solidarité

En 1998, aux États-Unis, la première Alliance gay-hétéro s’est créée à San Francisco. En 2005, l’initiative s'est étendue à d'autres États. En 2006, le COC (une organisation néerlandaise défendant les droits des LGBT+) s’est lancé dans la création d'AGH aux Pays-Bas. Avec succès. Dans une AGH, les jeunes LGBT+ trouvent du soutien auprès des jeunes hétérosexuels. La solidarité des jeunes hétérosexuels se manifeste et tous les jeunes deviennent plus forts pour faire accepter leurs identités.

 Des études récentes de l’association néerlandaise Movisie, de l'Université d'Amsterdam et de l'Université de l'Arizona confirment les effets positifs d'une AGH. Les élèves LGBT+ qui collaborent à une AGH se sentent mieux dans leur peau et peuvent mieux gérer les réactions négatives éventuelles venant des autres.

Une façon collective d'aborder la discrimination fonctionne nettement mieux qu'une approche individuelle, dans laquelle les LGBT+ ont souvent le sentiment qu'ils sont eux-mêmes le problème, et non pas la discrimination régnant dans la société.

Que fait une AGH ?

Quand les élèves lancent une AGH dans leur école (ou à l'université ou à la haute école), ils s'engagent alors, en même temps que leur école, à s'opposer à la discrimination, à l’exclusion et à la violence. Ils assurent un environnement sûr pour tous les élèves quel que soit leur genre ou leurs orientations sexuelles. Le but, en fait, est bel et bien que l'initiative soit vue et entendue. Une AGH invite des conférenciers, organise des excursions et des débats et donne à tout le monde la chance d'expliquer son propre cas.

Qui plus est, une AGH offre aux jeunes la possibilité de s'opposer à la discrimination au lieu que quelqu'un d'autre doive le faire pour eux. Ces expériences les aident également à lutter contre la discrimination en dehors du seul périmètre de l'école.

Alliance Gay-Hétéro+

En Belgique, on tente aussi les expériences d’AGH. Hélas, sans beaucoup de soutien actif des autorités. Le PTB veut faire de ce genre d'initiatives une lutte afin qu’elles soient estimées à leur juste valeur. L'État doit stimuler et soutenir dans toutes les écoles la création d'organisations d'élèves selon l'exemple des AGH. Pour Anvers, il suffirait de désigner un coordinateur qui, à l'aide de l'expertise des organisations LGBT+, pourrait soutenir les jeunes et les écoles. On peut en effet appliquer plus largement la formule AGH.

C'est ce que pense également Jos D’Haese, de RedFox, l'organisation des jeunes du PTB : « Une discussion avec vos amis est bien des fois plus forte que ce qu'un adulte essaie de vous raconter. Quand les jeunes, quel que soit leur contexte, se réunissent pour faire quelque chose contre le racisme et la discrimination, ils dépassent tous les préjugés. Nous le remarquons nous-mêmes chaque année, lorsque nous organisons DiverCity, notre festival de la diversité, à  Anvers. En incitant les jeunes à s'organiser dans les écoles, nous pouvons les renforcer. »

Lors de la présentation du programme Arc-en-ciel pour la ville d’Anvers, Maggy Doumen a pris la parole. Elle est cofondatrice de l'organisation des ambassadeurs Arc-en-ciel qui aborde les problèmes de l'homophobie et de la transphobie dans les maisons de repos et de soins. Un tout autre terrain. Mais Maggy va également parler dans les écoles. Dans une classe, elle a reçu une réaction intéressante d'un élève belge d’origine marocaine. Il trouvait vraiment positif qu'on parle de la discrimination envers les LGBT+, mais il se demandait quand on allait parler de la discrimination subie par les élèves issus de l'immigration. Une AGH peut réunir les élèves, leurs enseignants, les directions et les parents contre toutes les formes de discrimination. En effet, dans une école, on peut difficilement demander de l'attention pour la situation difficile des LGBT+ tout en niant les problèmes des autres élèves issus des minorités. Une AGH peut constituer un environnement sécurisant pour découvrir les expériences des uns et des autres et développer la collaboration et la solidarité. Un mélange de cultures et de styles de vie représente un enrichissement et une source d’amusement.

Cela ne s'arrête pas aux portes de l'école

Pouvoir s'opposer à la discrimination est une leçon importante que les jeunes peuvent tirer d'une AGH. Car c’est grâce à de longues années d'engagement de la part de nombreuses organisations LGBT+ que nous avons pu progresser au niveau de l'acceptation de tout le monde. Les expériences que vivent les jeunes dans une AGH les aident à continuer à mener la lutte une fois qu’ils sont sortis de l'école.

Il faut continuer le combat, c'est malheureusement ce que prouvent les récents cas d'agressions homophobes à Bruxelles, Gand et Anvers. C'est pourquoi le PTB veut une AGH dans chaque école.

 

Ben Van Duppen est candidat sur la liste PTB à Anvers et porte-parole de Mix, le groupe LGBT+ du parti.

 

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