L’État va emprunter à une partie de sa population et il va creuser sa dette. Cet emprunt se fera via des obligations qui seront vendues par des banques privées qui toucheront une commission. Ces mêmes banques qui sont elles-mêmes frileuses à prêter de l’argent aux PME et aux particuliers. (Photo Kris Krug/Flickr)

Votre épargne sera-t-elle épargnée ?

David Pestieau

230 milliards d’euros. Tel est le montant placé sur les comptes d’épargne belges. Inégalement réparti, évidemment1.

N’empêche, certains d’entre nous réussissent encore à mettre de l’argent de côté. Car personne n’est à l’abri d’un licenciement, d’impôts à repayer.

Alors, on place sur le compte d’épargne. Jusqu’à 1 880 euros d’intérêt, il n’y a pas d’impôt à payer. Notre ministre des Finances, Koen Geens, veut supprimer cette exonération fiscale : « L’épargne qui est maintenant placée dans les banques sur un compte d’épargne est fiscalement trop subsidiée. »2 Vous avez bien lu : le petit épargnant est trop subsidié ! Pas le gros actionnaire qui bénéficie d’une exonération fiscale sur les plus-values sur actions, comme AB Inbev qui, sur 15 milliards de plus-values en 2011, n’a pas payé un centime d’euro3.

Les partis gouvernementaux ont poussé des hauts cris pour dénoncer la proposition de Geens.

Mais tout ce petit monde sait que la Cour de Justice de l’Union européenne va probablement déclarer illégale cette exonération ce 6 juin. Car elle « violerait la libre circulation des capitaux » de l’Union européenne. Celui qui a une épargne de 20 000 euros avec un intérêt de 1 %, touche 200 euros par an, mais paierait désormais 15 % de précompte, soit 30 euros. Soit 0,85 % de taux réel. Autant dire rien.

Aussi prépare-t-on les esprits à placer son épargne ailleurs. Le gouvernement s’apprête à lancer un « emprunt populaire ». Un remake du bon d’État avantageux fiscalement pour financer des « projets à plus-value sociale » et des PME.

Le comble : le privé choisit la sécurité, et l’État – nous donc –, le risque

L’État va ainsi emprunter à une partie de sa population et il va creuser sa dette. Cet emprunt se fera via des obligations qui seront vendues par des banques privées qui toucheront une commission. Ces mêmes banques qui sont elles-mêmes frileuses à prêter de l’argent aux PME et aux particuliers. Car elles veulent des rendements sûrs. Avec ces obligations, elles refilent une fois de plus le risque à... l’État. Le comble : le privé choisit la sécurité, et l’État – nous donc –, le risque ! Et cela, en sachant que ces mêmes banques privées qui baissent les taux d’intérêt sur l’épargne n’ont pas baissé les taux pour les emprunts hypothécaires car elles veulent regagner des « marges bénéficiaires ». Le monde à l’envers.

Oui, nous voulons mobiliser le capital dormant qui n’est pas investi par ceux qui n’en ont pas besoin. Mais commençons alors par ces grandes sociétés européennes qui sont assises sur une montagne de cash : 2 000 milliards d’euros4. Elles n’investissent pas en temps de crise. Elles attendent une reprise hypothétique et réservent le profit à leur actionnariat. Aussi, pour mobiliser une partie de ces fonds, nous pouvons utiliser des outils fiscaux comme la taxe des millionnaires et mettre fin aux cadeaux fiscaux du type intérêts notionnels.

Et les banques doivent être mises au pas. Comme elles ne font pas leur travail,  un secteur public bancaire est nécessaire, pour faire des investissements publics permanents et permettre aux particuliers d’épargner  de manière sûre et d’emprunter à un taux raisonnable.

1. Le 1% des plus riches possèdent autant de fortunes que les 60% les plus pauvres, cité dans Marco Van Hees, « Les riches aussi ont le droit de payer des impôts » (Aden, mai 2013) • 2. De Standaard, 11 mai 2013 • 3. Top 50 des ristournes fiscales 2012, service d’études du PTB, décembre 2012 • 4. De Tijd, 2 mars 2013

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