Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB : « Le seul vrai remède contre la pauvreté est un emploi durable et correctement payé » (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Wallonie : « sous l’emploi la pauvreté »

Cette après-midi, dans son discours des fêtes de Wallonie, Willy Borsus s’est étonné d’une « contradiction » wallonne : la pauvreté augmente alors que le chômage diminue. Si cette situation peut surprendre au premier regard, elle en dit surtout long sur la politique du gouvernement MR-CDh. Germain Mugemangango, porte-parole du PTB, réagit.

Effectivement, la situation sur le plan de la pauvreté est réellement catastrophique en Wallonie. D’après les CPAS de Wallonie, 26,2 % des Wallonnes et des Wallons risquent bel et bien de tomber dans la pauvreté. 19,4 % de la population vit déjà maintenant avec des revenus qui se situent en dessous du seuil de pauvreté. À l’échelle européenne, la Wallonie fait aussi bien… que la Pologne, le Portugal ou la Lettonie.

La Wallonie fait aussi bien… que la Pologne, le Portugal ou la Lettonie.

« Le seul vrai remède contre la pauvreté est un emploi durable et correctement payé », rétorque Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB. « On ne peut plus croire les chiffres en la matière mentionnés par le gouvernement wallon. Trop de Wallonnes et de Wallons sortent des statistiques sans pour autant avoir un emploi correct. » C’est, par exemple, le cas des personnes qui travaillent 6 mois par an dans un contrat d’intérim, des personnes qui sont sanctionnées par l’ONEM ou des personnes qui suivent une formation. En 2017, il y avait tout de même 38.000 personnes dans ces différents cas de figure.

Si le ministre président s’est réjoui d’une hausse du taux d’emploi, non seulement celle-ci ne rend pas compte de la qualité de l’emploi mais les nouvelles politiques wallonnes comme la réforme des point APE pourrait ternir les discours euphoriques.

4.000 et 5.000 emplois sont menacés dans des bibliothèques, des structures provinciales ou des crèches

La réforme du gouvernement MR-CDh, est surtout l’occasion de faire des économies sur des services essentiels pour la population. Les 5 % d’économies sur le budget des points APE menacent entre 4.000 et 5.000 emplois dans des bibliothèques, des structures provinciales ou des crèches. « Au lieu de soutenir un secteur qui travaille souvent avec un public fragilisé, ils le définancent. S’il est évident que de la transparence et une meilleure gestion sont nécessaires au niveau des points APE, elle doit aller de pair avec plus de concertation avec les acteurs syndicaux, associatifs et culturels. Mais le gouvernement semble ne pas vouloir “s’encombrer” d’avis contraires… Vu cette situation, on comprend mieux que le ministre Borsus ait tant insisté sur l’augmentation du nombre d’indépendants car, dans le non marchand et le service public, on peut s’attendre à la dynamique inverse », observe le porte-parole francophone.

Le logement est également une matière très liée à la lutte contre la pauvreté mais il n’a quasiment pas été évoqué. « Il ne s’agit certainement pas d’un oubli mais d’une réalité : le gouvernement a visiblement décidé de ne pas répondre à ce besoin », poursuit Germain Mugemangango. 40.000 personnes attendent un logement social en Wallonie. En attendant, 2.000 logements sociaux ont disparu depuis 2007. « Les gouvernements précédents n’avaient déjà pas fait grand-chose et le gouvernement actuel aggrave encore la situation. La ministre De Bue (MR) a décidé de supprimer l’obligation pour les communes d’atteindre 10 % de logements sociaux sur leur territoire. »

L’obligation pour les communes d’atteindre 10 % de logements sociaux a été supprimée

Enfin, on pourrait se réjouir de la belle place laissée à l’environnement, tant dans l’allocution du Président du Parlement que dans celle du Ministre-président. Malheureusement, le manque d’ambition wallonne en la matière reste flagrant. Le gouvernement reste empêtré dans le dossier photovoltaïque au lieu de développer un plan ambitieux pour la transition de notre Région vers l’énergie verte. « Aujourd’hui, c’est surtout à force de revoir ses objectifs à la baisse que la Wallonie réussi à les atteindre. Mais la COP24 sera un moment essentiel pour l’avenir de notre planète que notre Région risque de manquer si elle ne prend pas d’engagement à la hauteur de ce défi », conclu le porte-parole francophone du PTB.

 

 

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