Limiter le droit de grève pour désarmer la résistance sociale

Grève à Lanxess, 14 mars 2014. (Photo Solidaire)

La future coalition de droite a annoncé s'être mise d'accord pour introduire un service minimum dans les transports en commun en cas de grève. En plus de faire payer la facture de la crise au monde du travail, le futur gouvernement essaie de désarmer la résistance sociale et syndicale en s'attaquant au droit de grève.

"Le gouvernement s'affirme de plus en plus comme 100% pro-patronal. Il donne des cadeaux en milliards aux entreprises, fait peser l'austérité sur les travailleurs et aujourd'hui, il voudrait dépouiller le monde du travail de ses instruments d'expression collective et de défense", dénonce Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB.

Le droit de grève – plein et entier – fait partie des droits fondamentaux de toute société qui se prétend démocratique. "On commence avec le droit de grève. Et demain, le gouvernement proposera-t-il une liberté d'expression minimale ? Un droit de réunion et d'association minimal ?", questionne le porte-parole. 

Pour le parti de gauche, le droit de grève devrait au contraire être protégé et renforcé en période de crise. "C'est justement en période de crise qu'on a le plus besoin de nos droits démocratiques tel que le droit de grève", explique Raoul Hedebouw. Et d'ajouter : "Partout dans les entreprises – tant privées que publiques –, les travailleurs sont sous pression (salaires, pression au travail, flexibilité...). Leur seule forme de résistance est l'action collective et en particulier, le droit de grève. S'attaquer au droit de grève, c'est désarmer le monde du travail et le réduire au silence. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la plus haute Cour du Travail en Allemagne, lors d'un arrêt de 1970, avait déclaré que les négociations collectives sans véritables droits de grève s'apparentent à de la mendicité.”

Le PTB dénonce aussi la stratégie qui vise à limiter le droit de grève dans les services publics pour ouvrir la boite de pandore d'une limitation généralisée du droit de grève. "Le gouvernement tente de s'appuyer sur le mécontentement que peut créer une action collective dans les services publics pour créer un climat de remise en cause d'un droit démocratique fondamental. Mais en agissant de la sorte, il crée le cadre législatif et politique pour justifier un 'service' minimum partout."

Le mouvement social s'est mobilisé inlassablement au cours du siècle passé pour faire abroger la loi Le Chapelier et ensuite l'article 310 du droit pénal qui interdisaient tous deux le droit de grève. Il obtint gain de cause juste après la première guerre mondiale. Le droit fut approfondi et renforcé en 1967 et 1981 par deux arrêts de la Cour de cassation. "C'est cet édifice social et démocratique construit par des mobilisations successives et de nombreux sacrifices au cours des 150 dernières années que le gouvernement de droite voudrait démanteler", dénonce Raoul Hedebouw. Et de conclure : "Les ingrédients qui ont permis de construire dans le passé cet édifice, face à d'autres gouvernements de droite, devront être ressortis dans les semaines, mois et années à venir."

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Commentaires

Si j'ai bien compris, c'est un service minimum en cas de grève sauvage (donc sans préavis qui permettrait aux usagers de prendre leurs dispositions). Si c'est bien dans ce cadre, je trouve normal et logique que cela soit interdit. Ce n'est pas le droit de grève en soi qui me semble visé, mais plutôt le manque de considération pour les autres travailleurs pris au piège au dépourvu car les transports ont débrayé.