Sidérurgie : Aucune leçon n’est tirée de la catastrophe

Photo Solidaire, Rudy Mathieu (2011)

C’est aujourd’hui que seront probablement signées les conventions autour du dossier Mittal. L’heure est maintenant au bilan : noir et plombé comme ce ciel de février.

Un premier constat global s’impose. La sidérurgie intégrée, qui a fait la force de la sidérurgie liégeoise, est abandonnée. Malgré les études (Laplace et Syndex) qui, à différents degrés, défendaient la sidérurgie intégrée comme la stratégie industrielle la plus cohérente. Un savoir faire disparaît et au final, il n’est conservé que ce que Mittal avait annoncé, hormis une ligne de galvanisation.

Pourtant, le gouvernement et son ministre de l’économie ont évoqué pendant plus d’un an un portage, voire une nationalisation, sous la pression des travailleurs et des syndicats. Mais les déclarations de Jean-Claude Marcourt et de nombreux décideurs politiques sont restées sans suite. Le projet de loi sur l’expropriation, qui était la dernière promesse en date, est toujours à l'état de projet et risque probablement de ne pas aboutir.

De la même façon, avec une unanimité quasiment sans précédent, l’ensemble du monde politique s’était indigné des intérêts notionnels et des cadeaux fiscaux reçus par Mittal. Ils avaient promis d’en finir avec cette impunité. « Pourtant, les intérêts notionnels sont toujours là, sans être conditionnés à quoi que ce soit », constate Damien Robert, en charge du dossier sidérurgie pour le PTB. « Pire même, la politique des cadeaux fiscaux a continué puisque ce ne sont pas moins de 138 millions d’euros qui ont été prêtés à Mittal par la Région wallonne sans garantie de remboursement », rappelle Damien Robert.

Dans le même ordre d’idée, le monde politique a longtemps agité la menace du coût de la dépollution à Mittal pour le faire plier. « C’est le gouvernement qui a fini par céder », estime le conseiller communal sérésien qui constate qu’« aujourd’hui, il n’y a aucune garantie que c’est Mittal qui va payer les coûts liés à la dépollution ».

Une situation d’échec pour un gouvernement qui n’a pas arrêté de répéter qu’il « faisait tout ce qu’il pouvait ». Pourtant, malgré toutes ces défaites et ces humiliations, le gouvernement et le ministre de l’économie estiment que c’est un accord de raison car il n’y aurait qu’une centaine de licenciements.

« D’une part, ce serait oublier qu’on a fermé les outils et donc la pérennité de la sidérurgie, rappelle Damien Robert. Mais d’autre part, rajoute le conseiller communal sérésien, c’est mentir car on perd bien des centaines d’emplois à (très) court terme ».

Faisons le point. En dehors des 80 licenciés avec indemnité, que deviennent les travailleurs qui sont, selon le gouvernement wallon, sauvés du licenciement ? Il y a d’abord 700 travailleurs qui sont prépensionnés. Ils deviennent dorénavant des chômeurs avec complément d’entreprise et ils devront prouver à l’ONEm qu’ils recherchent bien de l’emploi. Il y a 200 travailleurs qui sont sortis de Mittal pour aller dans un « pool compétences », financé par la Région wallonne. Ces travailleurs sont sous contrat à durée déterminée pour deux ans maximum. Il y a 75 travailleurs qui, licenciés de chez Mittal, iront dans une société de démontage des outils. Il y a 137 travailleurs sortis de chez Arcelor Mittal qui vont intégrer une filiale d’emballage dont l’avenir n’est pas garanti car leur rentabilité sera évaluée dans un an. Enfin, il y a tous les contrats à durée déterminée et les intérimaires qui ont été licencié depuis l’annonce de fermeture de la phase liquide… Un constat amer donc.

Et puis, concernant l’avenir des lignes du froid, comment parler de garantie pour l’avenir de la sidérurgie alors que la sidérurgie intégrée a disparu et que les cinq lignes restantes devront, selon l’accord, être benchmark (les meilleures du groupe) dans les deux ans ? Et que dire de la cokerie dont l’avenir n’est toujours pas garanti ?

« En fait, constate Damien Robert, aucune leçon de cette catastrophe n’est tirée et aucune promesse n’a été tenue : la sidérurgie intégrée est abandonnée, les pertes d’emplois ont et auront bien lieu et les multinationales continuent d’agir en toute impunité. » Dommage d’avoir utilisé autant de salive pour en arriver là. Car au final, que ce soit aujourd’hui ou demain, ce sont les travailleurs et la collectivité qui payent la facture. Et pas Mittal.