Union européenne : « Repartons d’une feuille blanche pour garantir une Europe des peuples »

« Il est temps de dire que les droits sociaux et démocratiques des peuples sont supérieurs à la libre circulation des capitaux. » Le 30 juin dernier, le député fédéral PTB Raoul Hedebouw a pris la parole lors du débat sur les suites du Brexit au Parlement. « Nous devons repartir d'une feuille blanche qui garantit une Europe des peuples et une Europe sociale », a-t-il ajouté.

Il s’est ensuite également adressé depuis l’hémicycle à l'ensemble des travailleurs européens : « Amigos y compañeros, comrades and friends, vrienden en kameraden, mes amis et camarades, l'élite européenne est en train de vous diviser les uns et les autres. Elle est en train de distiller, avec les partis populistes de droite, du racisme qui vous divise. Ce diviser pour régner, nous le connaissons depuis longtemps. Pour pouvoir changer cette Europe, nous avons besoin d'unité entre travailleurs, que ce soit en France, en Pologne, en Roumanie, en Grande-Bretagne. Ensemble, nous devons oser changer cette Europe. C'est la raison pour laquelle, ensemble, nous devons mener la lutte contre le racisme qui nous divise, contre les populistes de droite qui nous divisent, pour une Europe qui doit aujourd'hui repartir d'une page blanche avec une Constitution qui respectera les peuples européens. »

Voici le texte complet de son intervention :

« Monsieur le Premier ministre, la semaine dernière, le peuple britannique a voté à 52 % ce Brexit. Dès le départ, il y a eu un grand débat ici sur l'interprétation de ce résultat. Très vite, vous avez dit, comme d'ailleurs beaucoup de vos collègues européens, je vous lis : « La perception fait actuellement défaut parmi les citoyens que l'Union européenne a une valeur ajoutée. C'est pourtant bien le cas. » Dès le départ, et vous n’êtes pas le seul à défendre cette idée, tout est remis sur la perception qu'ont les gens de l'Europe. Donc, l'Union européenne fonctionne bien, elle fait avancer socialement la vie des gens mais le problème, c'est la perception. Les gens ne « comprennent pas la plus-value de l'Union européenne ». C'est vraiment incroyable!

En Europe, c'est comme ça : on continue de vous faire voter jusqu'à ce que vous soyez d'accord avec la sacro-sainte Europe

On va même plus loin. On en a fait un conflit de générations. Ce sont les Britanniques âgés qui ont voté pour le Brexit. La jeunesse, elle, veut cette Union européenne qui l'enchante. Or, que voit-on ? Parmi les jeunes, 65 % des Britanniques âgés de 18 à 24 ans ne sont pas allés voter. Cela veut dire que la jeunesse en Grande-Bretagne n'est pas plus enthousiaste pour ce projet. La question qui nous est posée aujourd'hui est la suivante : pourquoi les peuples d'Europe ne sont-ils pas enthousiastes pour cette Europe ?

Ce n'est pas la première fois que l'Union européenne prend une claque. En 2005, le peuple français votait contre la Constitution européenne. Quelle a été la réaction ? Les Français n'ont pas compris. Qu'a-t-on fait deux ans plus tard ? On a fait adopter le Traité de Lisbonne par la voie parlementaire! En 2005, un nouveau référendum s'est tenu aux Pays-Bas. Le pays a voté contre. En 2008, le peuple irlandais a été appelé à voter sur le Traité de Lisbonne. Il a voté contre. Que fait-on dans la démocratie européenne ? On le fait revoter un an plus tard. En Europe, c'est comme ça : on continue de vous faire voter jusqu'à ce que vous soyez d'accord avec la sacro-sainte Europe.

Il est temps aujourd'hui de se poser les bonnes questions. Pourquoi, aujourd'hui, les gens sont contre cette Union européenne? (Brouhaha) Laissez-moi terminer ! On n'aime pas entendre cela ! Continuez à mettre votre tête dans le sable ! Il faut pouvoir ouvrir les oreilles.

Les gens en ont marre.

Monsieur le président, je peux quand même parler !

(Brouhaha) Ce n'est pas parce que ce que les peuples d'Europe votent vous dérange que vous ne devez pas me laisser parler. Je vais continuer à parler, c'est clair !

Aujourd’hui, cette élite qui gagne 10 000 euros par mois pointe du doigt les peuples.

Le problème évident est que l’élite européenne monte les peuples d’Europe les uns contre les autres. L’Europe est elle-même vecteur de nationalisme, car les peuples de tous les pays d’Europe sont mis en concurrence : sur les salaires, à travers le saut d’index, sur le fait de travailler jusqu’à 67 ans… Cette concurrence est organisée par l’Union européenne elle-même. Notre Union européenne pose les fondements du nationalisme. Aujourd’hui, cette élite qui gagne 10 000 euros par mois pointe du doigt les peuples. Cette élite qui est enlisée dans les conflits d’intérêts… Quelqu’un a-t-il évoqué aujourd’hui Neelie Kroes ? Que dit Neelie Kroes, commissaire européenne ? Je lis : « Après mon mandat à la Commission, je ne prendre aucune responsabilité dans le monde de l’entreprise, même pas dans un bed & breakfast. Mais où siège Neelie Kroes ? Chez Uber, et avant chez Macdonald, etc. La Commission européenne, ce son les scandales comme Optima au carré. Et vous voulez que la population aie confiance en l’Europe ?

Je vous le dis, Monsieur le Premier ministre, il est aujourd'hui temps de repartir d'une feuille blanche. Il est temps de dire que les droits sociaux et démocratiques des peuples sont supérieurs à la libre circulation des capitaux, à la libre circulation des biens et des services. Il est temps de dire que le traité d'austérité européen doit être aboli. Il faut repartir d'une feuille blanche. Il est temps de dire que les États ont le droit de maintenir des monopoles publics. Il est temps de dire qu'il est interdit d'avoir des régressions sociales dans les pays sous les législations nationales au nom de l'Union européenne. Si nous voulons fonder une Union européenne aujourd'hui, et je crois en cette solidarité entre les peuples, nous devons repartir d'une feuille blanche et abolir tous ces traités qui organisent la concurrence à outrance entre les peuples. Nous devons repartir d'une feuille blanche qui garantit une Europe des peuples et une Europe sociale. »

Après une réponse agressive des partis du gouvernement, Raoul Hedebouw a pu reprendre la parole.

Amigos y compañeros, comrades and friends, vrienden en kameraden, mes amis et camarades, l'élite européenne est en train de vous diviser les uns et les autres.

« Monsieur le président, chers collègues, voici un an jour pour jour, 85 % de la jeunesse grecque votait contre l'austérité européenne. Cela n'a pas donné lieu à de grands débats. On s'en foutait. La Commission avait décidé; on allait écraser le peuple grec. C'était comme cela et la vie allait continuer.

Aujourd'hui, quand on ose me comparer, comme M. Miller l'a dit, avec ce que dit le populisme de droite, j'ai envie de dire que, vraiment, vous n'avez rien compris du tout. Vous n'avez pas compris à quel point cette Union européenne, elle-même, est créatrice de nationalismes en Europe, à quel point la mise en concurrence des travailleurs les uns avec les autres dans l'espace européen aujourd'hui est un vecteur de ce nationalisme qui va chercher les problèmes chez les autres.

Je ne vais pas vous convaincre mais je vais plutôt profiter de mes trente dernières secondes pour m'adresser à l'ensemble des travailleurs européens: amigos y compañeros, comrades and friends, vrienden en kameraden, mes amis et camarades, l'élite européenne est en train de vous diviser les uns et les autres. Elle est en train de distiller, avec les partis populistes de droite, du racisme qui vous divise. Ce diviser pour régner, nous le connaissons depuis longtemps. Pour pouvoir changer cette Europe, nous avons besoin d'unité entre travailleurs, que ce soit en France, en Pologne, en Roumanie, en Grande-Bretagne. Ensemble, nous devons oser changer cette Europe. C'est la raison pour laquelle, ensemble, nous devons mener la lutte contre le racisme qui nous divise, contre les populistes de droite qui nous divisent, pour une Europe qui doit aujourd'hui repartir d'une page blanche avec des principes qui respecteront les peuples européens. »